lundi 26 mai 2014

Kidal : Une visite désespérée aux conséquences désastreuses - maliweb.net

Kidal : Une visite désespérée aux conséquences désastreuses - maliweb.net

Kidal : Une visite désespérée aux conséquences désastreuses

4 réactions



[-] Texte [+]EmailImprimer

Mali : Scènes de guerre à Kidal
L’entrée de la ville de Kidal
Les mots manquent pour évoquer la tragédie de Kidal. En dépit de tout bon sens, les plus hautes autorités du Mali ont décidé de se rendre à Kidal sans une réelle anticipation des possibles conséquences de cette visite. Pire, le PM s’est déclaré surpris par la riposte meurtrière des groupes armés.



Une telle violence était bel et bien prévisible compte tenu du précédent de Aguelhok et de la nature criminelle de ces groupes. Ce qui est surprenant, c’est que les autorités maliennes, elles, ne l’ont pas prévue et ne se sont pas préparées en conséquence. Cela démontre l’inexpérience, l’absence de vision et de stratégie au sommet de l’Etat pour gérer les défis nationaux. Passe encore que le PM ne dispose pas du recul nécessaire à sa fonction compte tenu de son jeune âge et de son inexpérience dans la gestion des affaires de l’Etat. Mais qu’en est-il du Ministre de la Défense dont la longévité aux gouvernements successifs à des postes clés est reconnue.

En effet, c’est un expert et un grand connaisseur de la sécurité de la bande sahélo sahélienne. Il connait le fonctionnement des groupes terroristes. Il connait la réalité des capacités de l’armée malienne.



Alors, on peut se poser la question de savoir si lui n’était pas en mesure de prévoir que cette visite aurait les conséquences désastreuses que l’on a vues.

Le Mali a beaucoup perdu en allant à Kidal de manière précipitée

Le Mali n’a rien gagné et a beaucoup perdu à Kidal le 18 mai 2014.

La Mali a d’abord perdu des vies humaines, innocentes, d’administrateurs qui travaillent dans des conditions difficiles. Des vies militaires de soldats loin de leur famille. Que leur âme repose en paix.



Le Mali a perdu de son honneur en ce jour à Kidal. Il est temps que les maliens prennent leurs responsabilités et regardent la réalité en face en se défaussant de toute fierté mal placée. Il est temps d’accepter la réalité de dénouement de faiblesse du pays. Ceci permettrait de se préparer à durablement sortir de cette crise.



Le paradoxe malien : la souveraineté du Mali et ses engagements internationaux

Selon le Larousse, la souveraineté est le « Pouvoir suprême reconnu à l’Etat, qui implique l’exclusivité de sa compétence sur le territoire national (souveraineté interne) et son indépendance absolue dans l’ordre international ou il n’est limité que par ses propres engagements (souveraineté externe) ».



Le Mali est donc souverain sur son territoire national (en théorie). Kidal étant une partie du territoire national, le PM peut, en théorie, librement s’y rendre. Mais, dans les faits, Kidal est occupé par des groupes terroristes sans que le Mali ne soit actuellement en mesure de récupérer cette partie du territoire par la force. Aussi, la présence de Serval et de la Minusma (du fait donc des engagements internationaux du Mali) limite l’autonomie des forces armées maliennes a Kidal.



Il ne sert à rien de s’insurger contre cette situation, qui au demeurant heurte la dignité de tout patriote malien. Mais en raisonnant, il faut se projeter dans la constitution des capacités nécessaires, militairement et de la reconstruction de l’Etat en vue de la récupération de cette partie du territoire national. Il s’agit là d’un processus de longue haleine, qui se planifie et surtout se met en place dans la durée par la force du travail et de la réflexion.

Au lieu de ce travail de projection à long terme, on assiste à des annonces démagogiques uniquement destinées à ménager l’opinion nationale.



Le PM a voyagé à bord d’un avion des Nations Unies. Sa sécurité était en partie assurée par les casques bleus et les militaires de Serval, donc par des forces étrangères. Le Représentant de la France auprès de l’ONU a même affirmé dans un tweet que les forces françaises avaient fait sortir le PM de Kidal. Dans ces conditions, on peut dire que la souveraineté du Mali est réduite à sa plus simple expression à Kidal.



Le Mali est aujourd’hui un pays assisté économiquement, militairement, politiquement et socialement.

Nombreux diront que ceci ne veut pas dire un renoncement à la dignité nationale.



Certainement pas, le Mali gagnera ou regagnera sa dignité si les efforts sont entrepris dans ce sens afin de faire cesser cette assistance. C’est tout le Mali qui doit faire un repli stratégique les 5 ou 10 prochaines années pour faire en sorte que la génération future ne soit plus assistée, ou encore des candidats à l’émigration ou à l’exil.



Les autorités actuelles sont inconséquentes.

Un Etat dépendant des autres pour sa survie ne peut pas en même temps opposer sa souveraineté à ces Etats qui l’assistent. Les autorités doivent éviter de surfer sur le populisme afin d’éviter de plonger le pays durablement dans une crise aux conséquences imprévisibles. Jusqu’à présent, le pays a miraculeusement échappé à des dérives ethniques et communautaires trop grandes, même si on en a noté des soubresauts. Il faut aller vers la négociation, le dialogue politique tout en reconstruisant l’armée. Ceci va prendre au moins 10 ans. Dans ce contexte, des moyens conséquents doivent être alloués à l’armée. Néanmoins, quand le Chef d’Etat-major de l’armée déclare que les primes d’opération sont appelées à disparaitre, on doit se faire du souci. Il faut apprendre des erreurs passées. Eviter les frustrations au sein de l‘armée pour ne pas encore fabriquer d’autres Sanogos. Il faut lutter contre la corruption au sein des forces armées. Mettre les hommes dans les conditions idoines, restaurer la discipline et sévèrement sanctionner tout manquement.

La Politique générale du Gouvernement a également démontré une absence de priorisation des défis actuels. Le Mali est un pays en crise et devrait être géré comme tel. Il faut un plan d’action de sortie de crise et non une gestion de business as usual. Ce plan de sortie de crise doit avoir un chronogramme précis avec les objectifs clés limités au maximum.



Quelles seront les probables conséquences de la visite de Kidal ?

La visite à Kidal était un acte désespéré d’un gouvernement aux abois. Dans un premier temps, les autorités voulaient sans doute étouffer les polémiques sur l’affaire de l’avion présidentiel acquis à 20 milliards de FCA en dehors de toute mise en concurrence, en détournant l’attention des maliens vers une priorité chère à leur coeur : la reconquête de Kidal, une promesse électorale du Président.



Le nouveau PM cherchait aussi, à travers cet acte hautement symbolique à toucher l’imaginaire populaire du malien, sa fierté et sa dignité mise à mal par la récente crise.



On peut dire que le dernier objectif a été atteint. Le PM apparait dorénavant comme un héros national qui brave Serval, l’ONU et les groupes terroristes.



Cependant, au regard des évènements, la visite était un mauvais calcul politique, stratégique et militaire.



Sur le plan politique, l’insuffisante concertation préalable a été une erreur. Une telle visite se prépare. Le Représentant spécial venant d’être nommé aurait pu jouer un rôle important dans ce contexte en initiant effectivement le processus de dialogue avec les groupes armés et en impliquant les communautés. Si ce préalable n’était pas atteint, cette visite aurait pu être reportée en en expliquant les raisons aux citoyens.



L’erreur stratégique a constitué dans le fait que les autorités maliennes ont sans doute voulu bousculer les évènements en voulant mettre l’ONU et Serval devant leurs responsabilités. En agissant ainsi, les autorités pensaient sans doute que la Communauté internationale allait les soutenir activement dans la reconquête de Kidal. Cette lecture ne tient pas compte de la realpolitik internationale. Bien sûr, les assassinats ont été condamnés avec fermeté, mais les pressions externes qui ont sans doute conduit au discours raisonnable du Président démontrent une jurisprudence internationale que les autorités maliennes feraient bien de faire leurs : ils n’auront pas l’aval de la communauté internationale pour lutter contre une minorité. Le Mnla étant associé à la minorité touarègue. Même si cette lecture, associer le Mnla à la minorité touarègue est fausse, elle est malheureusement largement véhiculée par les medias internationales, notamment française. A titre d’illustration, le Journal Le Monde a mentionné des rebelles au lieu de parler de groupes terroristes (la nuance est de taille).

Il appartient au Mali d’utiliser les codes internationaux pour déconstruire cette idée reçue. Pour cela, il faut faire appel aux Touarègues républicains et leur donner la parole au nom de l’Etat malien sur les medias internationales. Il faut une campagne de communication agressive avec des éléments de langages clairs.



En termes de communication, il faut noter des progrès dans la dernière adresse à la Nation du Président de la République. Celui-ci doit s’ériger au-dessus de la mêlée et parler avec retenue et raison.



Sur le plan militaire l’erreur a été de mettre l’accent sur la protection de la délégation officielle, abandonnant ainsi les pauvres administrateurs à leur triste sort. Ils ont ainsi été sacrifiés pour des calculs politiciens.



Il faut sortir du pilotage à vue. Constituer des groupes de réflexion qui élaborent des plans de contingence avec des options claires basées sur une analyse objective et réelle des capacités. Le Mali ne peut pas récupérer Kidal par la force ? Quelles autres options s’offrent au pays ? Basé sur ces réflexions analytiques, il faut faire des propositions concrètes pour sortir du statu quo en éliminant l’option militaire pour l’instant car il est évident que l’armée malienne n’est pas à mesure de prendre et surtout de s’établir durablement à Kidal par la force. IL faut sensibiliser l’opinion sur la réalité de la situation et éviter ainsi tout espoir erroné.



De même, une stratégie claire et lisible est nécessaire pour le processus de stabilisation du pays et des institutions. Une feuille de route avec une chronologie précise doit être élaborée. C’est à prix que le Mali peut négocier la fin de la mission de l’ONU. La récente déclaration de politique générale est trop vague. Il convient de se fixer des priorités de sortie de crise.

L’Etat étant une continuité, les autorités se doivent de respecter les accords de Ouaga. A défaut, elles pouvaient renégocier ces accords. Ce qui sous-entend encore un retour à la table des négociations.

Le Mali dans le concert des Nations :

Les autorités maliennes se prévalent partout du retour du Mali dans le concert des Nations. Ce qui est à saluer. Un tel retour a des exigences. Le Mali doit respecter ses engagements. D’abord la Résolution du Conseil de Sécurité à laquelle le pays a librement adhéré. Pour une quelconque raison, si le Mali estime que la Mission de l’ONU n’agit pas efficacement en vertu de son mandat, il y a des voies autorisées pour demander l’application effective de ce mandat ou même la fermeture de la mission. L’armée Malienne est encore dans un état de faiblesse qui ne lui permet pas de combattre les groupes terroristes. Les différents programmes de formations n’ont fait qu’atténuer l’état de déliquescence avancée de la grande muette. Le travail est loin d’être terminé. Dans ces conditions, il est illusoire de mener une guerre aux issues incertaines.



Il n’y a pas de solution purement militaire. La problématique du Nord un problème complexe de sécurité qu’il faut régler avec finesse et réflexion en mettant de côté les abus de toutes sortes et les précipitations. Les évolutions récentes en Libye montrent malheureusement que la crise est loin d’être terminée. Le Nord du Mali sera l’arrière base de toutes sortes de groupuscules terroristes. Le Mali a besoin de la coopération internationale pour en venir à bout. Mais, il faut savoir que cette coopération n’est pas homogène et est loin d’être désintéressée. Il faut savoir choisir ses alliés. Un Etat n’ayant pas d’amis, il faut négocier les amitiés au gré des intérêts nationaux. Dans ce contexte, les hésitations entre Alger et Rabat sont déconcertantes. Le Mali doit aller vers l’un ou l’autre sans état d’âme en pesant ce que l’un ou l’autre peut lui apporter de plus.



Eviter l’escalade

En face, ce sont des criminels. L’Etat malien doit utiliser les moyens légaux et ne pas se laisser entrainer dans la surenchère de violences dont les plus grands perdants seront les populations et l’Etat malien déjà affaibli.



Le Mali seul n’a pas les moyens de combattre ces groupes armés. Le plutôt ceci est reconnu, le mieux ce sera et on cherchera les moyens idoines. C’est une lutte de longue haleine qui se gagne à coup d’analyse et de prospection.



Les autorités maliennes devraient faire preuve de mesure. Des instructions strictes doivent être données pour éviter l’escalade. Les déclarations à l’emporte pièces irresponsables doivent être refrénées de même que les tendances populistes. Il faut agir avec responsabilité en ayant à l’éprit la sécurité des populations en sachant que celles-ci seraient les premières victimes.



Personne ne conteste la légitimité du PM de se rendre à Kidal. Le problème c’est que cette visite n’avait que de mauvaises raisons. Il faut agir dans la durée, mais les moyens d’action sont actuellement très limités.



Il faut éviter de surfer sur le nationalisme de populations déjà en détresse. Il est important que les maliens sachent qu’ils sont les premiers responsables de cette situation. C’est leur faiblesse initiale qui a mis le pays dans cette situation. Les islamistes se sont installés dans la durée et ont proliféré durant une décennie au Nord Mali sans qu’il ait d’actions concrètes de l’Etat malien pour empêcher ceci. Pire, ils ont même bénéficiés de complicités des autorités maliennes qui déclaraient à tout vent que ces terroristes n’étaient pas des ennemis.

Il est important d’avoir une lecture dépassionnée des évènements. Dans le monde actuel, chacun défend ses intérêts avec ses moyens. Tous les moyens sont bons pour ceci. C’est au Mali de défendre les siens avec ses moyens limités pour l’instant tout en renforçant ses capacités.



Il faut sensibiliser la population sur le fait que le Mali est un Etat affaibli avec une armée affaiblie qui n’est pas à mesure de défendre le territoire national. Il faut expliquer que la reconstruction prendra du temps et pendant ce temps des efforts sont nécessaires de toutes parts. De la part des autorités qui doivent réduire leur train de vie pour allouer les rares ressources vers des secteurs stratégiques et prioritaires. Malheureusement, l’épisode de l’avion semble démontrer le contraire.



Il faut publier la loi de finances avec tous les postes de dépense, que les citoyens sachent quelle est la réalité des ressources de l’Etat et ce qu’elles financent.

Enfin, il faut surtout éviter l’escalade des discours va t en guerre pour éviter de plonger le pays dans le chaos.



Le Mali est considéré comme une menace mondiale. En effet, le terrorisme larvé qui y sévit sera contenu dans ses frontières pour éviter tout débordement. Les pays voisins, l’Algérie principalement veille à cela. Les grandes puissances aussi.



Ces faits doivent être analysés avec froideur et distance en tenant compte des moyens et agir en conséquence au mieux des intérêts nationaux.



Mamadou Yacine KONATE , malien de la diaspora

Aucun commentaire: