lundi 25 mars 2013

Une année après le coup d’Etat du 22 mars : Le bilan d’un désastre - maliweb.net

Une année après le coup d’Etat du 22 mars : Le bilan d’un désastre - maliweb.net
Le 22 mars 2012, le président Amadou Toumani Touré, qui était à cinq semaines de la fin de son second mandat, était contraint par l’armée à démissionner et à s’exiler à Dakar. Après des semaines de négociation avec la Cédéao pour trouver un consensus avec la junte, présidée par le capitaine Amadou Aya Sanogo, des accords ont été conclus et le gouvernement de transition a été mis en place. Une année après, quel bilan pouvons-nous retenir ? Quelles sont les perspectives pour le Mali ?
Junte de Kati
Junte de Kati
Depuis un an, le Mali est un bateau à la dérive qui a du mal à trouver son cap. L’accord-cadre d’avril 2012 a placé le pays sous un régime transitoire instable avec un exécutif civil sous surveillance des putschistes.
Le putsch du 22 mars 2012 n’a fait qu’accentuer la crise sécuritaire, politique et économique du Mali en dépit des ressources naturelles et culturelles que le pays regorge. Les perspectives sont des plus sombres et Dieu seul sait quand les élections auront-elles lieu.
Gestion institutionnelle
Douze mois après le putsch, les responsables en charge de la gestion de la transition, de par leur pilotage à vue, ont tous démontré leur incapacité à rétablir l’ordre constitutionnel et à redonner l’espoir au peuple malien. De sorte que le pays se trouve plongé dans l’anarchie totale.
Le Mali n’a toujours pas de président démocratiquement élu, pendant que plusieurs de nos villes sont livrées à l’insécurité et à la violence. A preuve, en mai 2012, le Président de la transition a été agressé et laissé pour mort jusque dans son bureau. Quelque mois plus tard, son Premier ministre, Cheikh Modibo Diarra, était contraint à la démission.
La population aspire à la paix et à la bonne gouvernance. En lieu et place, les droits élémentaires des citoyens sont bafoués, la presse est muselée, les arrestations arbitraires sont quotidiennes. La pauvreté prend de l’ampleur. De plus en plus, le pays s’enfonce dans la misère, l’insalubrité, la paralysie avec son cortège d’isolement et de règlements de compte. Des policiers n’obéissent plus à leur hiérarchie dans la mesure où les subalternes séquestrent les officiers.
Le capitaine a démontré son incapacité à rétablir l’ordre. L’économie est dans un état calamiteux. La flambée des prix n’est plus à démontrer. Nous en voulons pour preuve la hausse sauvage, la semaine dernière, des prix du transport public à Bamako. Le secteur touristique, qui était promis à un bel avenir, est sinistré. Car les visiteurs ont mis une croix sur la destination Mali. Guerre oblige !
Bilan de la crise sécuritaire du nord Mali
Les groupes islamistes avaient occupé le Nord pendant dix mois avant l’intervention des forces françaises. Pour la gestion de la crise de l’occupation du Nord, nombreux étaient les observateurs qui croyaient fermement que l’on pourrait aboutir à la résolution de la crise du Nord par la seule voie politique. La médiation et les propositions de sortie de crise ont commencé sous la supervision du Président Burkinabè, Blaise Compaoré, désigné par ses pairs de la Cédéao comme médiateur dans la crise malienne.
Visiblement, la gestion et la résolution de cette crise était entachée d’autant de confusions que d’incertitudes. Au centre de toutes les rencontres nationales, sous-régionales et même internationales, la résolution du malaise malien se trouvait bloquée entre les mains des autorités du pays qui semblaient manquer de logique et d’approches adéquates pour parvenir à un compromis. Ce qui revient à dire que le Mali, dans le cadre de la Cédéao, a passé dix mois à faire des rencontres qui n’ont permis aucune solution favorable. Rien que du dilatoire.
Sur le plan militaire, le Capitaine a déclaré en son temps que «toute ingérence étrangère serait contre-productive pour la récupération du nord Mali». Car, disait-il, notre armée, si elle est dotée en moyens logistiques et en armement, peut récupérer les zones occupées. La suite, on la connaît : le Mali aurait bien cessé d’exister si la France n’était pas intervenue un certain 11 janvier 2013 pour stopper l’avancée terroriste vers le Sud.
Il importe aussi de souligner l’aide salvatrice de la communauté internationale, notamment les forces de la Cédéao (Misma) et surtout l’intervention de l’armée tchadienne.
Il faut dire que ce sombre bilan est le fruit d’un coup d’Etat improvisé par le capitaine Amadou Aya Sanogo et sa clique qui avaient pourtant ronflé partout vouloir redresser la démocratie et restaurer l’autorité de l’Etat. Malheureusement, le principe de soumission des militaires au pouvoir politique civil n’a jamais été respecté dans la mesure où ils se sont permis d’interpeler des parlementaires, des ministres, des journalistes, les retenant dans des conditions parfois inhumaines.
Quant au président Dioncounda Traoré, qui se prenait pour le messie et le sauveur après son retour en France, il ne fait que cautionner les bourdes de son faiseur de roi. Et jusqu’à présent, aucune certitude quant à la tenue des élections fiables et transparentes à seulement quatre mois de l’échéance de fin juillet 2013. Car, il reste à déterminer avec quel fichier y aller. Aussi, l’Administration peine toujours à se redéployer dans les zones libérées. Tout porte à croire que les conditions ne sont pas, pour le moment, réunies pour organiser les élections crédibles aux dates indiquées par les autorités.
Ivres de pouvoir et aveuglés par l’orgueil, les deux hommes ont lamentablement échoué dans leur mission de stabilisation du pays.
Le peuple malien est fatigué de la médiocrité de ses dirigeants et est avide d’un changement profond vers un Etat véritablement démocratique. Car, une année après le forfait des kakis de Kati, le bilan est lamentablement triste, sauf pour «Président fondateur» et son clan. Le Mali se résumant désormais à eux, et à eux seuls.
Ibrahim M.GUEYE
SOURCE: du 25 mar 2013.

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