mardi 19 mars 2013

Interview: Général Lecointre : "Il faut que l'armée devienne l'un des piliers de l'État malien" Général François Lecointre Commandant de la mission EUTM Mali | Jeuneafrique.com - le premier site d'information et d'actualité sur l'Afrique

Interview: Général Lecointre : "Il faut que l'armée devienne l'un des piliers de l'État malien" Général François Lecointre Commandant de la mission EUTM Mali | Jeuneafrique.com - le premier site d'information et d'actualité sur l'Afrique
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Le général François Lecointre.Le général François Lecointre.© http://www.consilium.europa.eu
L'Union européenne (UE) a officiellement lancé, le 18 février, la mission EUTM Mali (European Union Training Mission, mission de formation de l'Union européenne), dont l'objectif est de remettre sur pied l'armée malienne. Prévue pour un mandat initial de 15 mois, cette mission vise à former les soldats maliens pour leur permettre de défendre l'intégrité territoriale de leur pays. Interview du commandant d'EUTM Mali, le général français François Lecointre.
Jeune Afrique : quel est l’objectif global de la mission EUTM ?
Général François Lecointre : Nous avons un objectif assez ambitieux de régénération, de refondation et de reconstruction de l’armée malienne, pour qu’elle soit à la fois efficace opérationnellement et respectueuse de l’État de droit. Pour cela, notre mission repose sur deux piliers : d'une part, une mission d'audit, d'expertise et de conseil auprès des autorités militaires maliennes ; d'autre part, une mission de formation. Il faut que cette armée devienne l'un des piliers de l’État malien moderne.
Combien de formateurs européens participent à la mission ?
Celle-ci est composée d'environ 550 personnes, issus de 22 pays européens. Un peu plus de 10% font partie de l’état-major de la mission, 45% sont des formateurs et conseillers au contact direct de l’armée malienne, et les 45% restants sont des éléments d’environnement indispensables au déploiement de notre force, assurant notamment sa protection et son soutien médical.
Quand commence la formation sur le terrain ?
Il y avait urgence et nous souhaitions aller très vite. Le plus compliqué et le plus long était de réaliser les infrastructures afin d'accueillir les instructeurs à Koulikouro. Il a également fallu réunir le premier bataillon malien, dont la formation débutera le 2 avril. Globalement, je considère que nous avons été assez rapide. On a commencé notre premier audit de l’armée malienne une semaine avant le lancement de la mission. Nous avons d’ailleurs débriefé le rapport de cette première expertise hier [jeudi 14 mars, NDLR], lors d’une séance de travail avec le secrétaire général du ministre de la Défense et les autorités militaires maliennes. Cette partie audit est essentielle pour la suite de notre mission.
C’est un vaste chantier, sur le long terme, et il n’est pas question de se contenter d’un pansement sur une jambe de bois.
Quel sont les effectifs précis de l’armée malienne ?
Je ne peux pas vraiment vous le dire, nous sommes en cours de travail sur ce sujet-là. Ce dont je suis certain, c’est que les effectifs opérationnels (c’est-à-dire hors soutien, administration générale, etc…) seront de l’ordre de 6 000 hommes, capables de s’engager au combat. On peut donc estimer qu’on arrivera à une force de 10 000 hommes une fois qu’on aura terminé la réorganisation de l’armée malienne.
Combien de soldats maliens seront formés dans le cadre de la mission EUTM ?
Dans un premier temps, nous allons former quatre bataillons, soit environ 3 000 hommes. C’est l’objectif fixé par l’UE. Cela représente la moitié des effectifs opérationnels de l’armée malienne, car celle ci est capable de fournir huit bataillons.
Combien de temps va durer cette mission ?
La mission EUTM est prévue sur quinze mois. Elle devrait donc se terminer en 2014. La partie initiale d’audit et de mise en place d’un plan d’action va être très dense et devrait finir vers le mois de juin. À partir de là, on apportera notre expertise technique dans les secteurs qui ont été ciblés jusqu’à la fin de la mission. La procédure européenne prévoit un point d’étape au bout de six mois, au mois de juillet. Soit on termine la mission comme prévue, soit on la prolonge pour former quatre autres bataillons. C’est un vaste chantier, sur le long terme, et il n’est pas question de se contenter d’un pansement sur une jambe de bois. À ce sujet, j’ai d’ailleurs récemment rencontré une délégation de l’ONU à Bamako pour préparer l’engagement d’une mission onusienne sur le territoire malien.
Quelle va être la nature de cette mission onusienne ?
Elle est en cours de définition. L’ONU va collaborer avec EUTM et vice-versa. Nous avons une vision très ambitieuse de reconstruction générale de l’État malien. Sur le plan militaire, je pense, sans m’engager pour autant, que l’ONU va décider d’une mission de stabilisation sous casques bleus, en attendant que l’armée malienne soit à sa capacité maximum d’engagement.
Quel regard portez-vous sur l’état actuel de l’armée malienne ?
L’armée malienne est aujourd’hui profondément délabrée et désorganisée. Elle est aussi très appauvrie par vingt ans de sous-dotation budgétaire systématique. Au-delà des problèmes généraux de corruption au Mali, on n’a pas donné à cette armée les moyens de s’entraîner et de s’équiper pendant vingt ans. Les gens ont alors perdu l'envie de s'investir, ont perdu confiance en leurs capacités à remplir leurs missions et ne se croyaient plus capables de vaincre.
Je n’ai pas de relations avec le capitaine Sanogo.
Quelles sont vos relations avec les responsables de l’armée malienne ?
Elles sont très bonnes. Ce qui me frappe aussi dans l’armée malienne, c’est la présence d’une génération de jeunes officiers de 40-45 ans, formés dans des écoles européennes ou occidentales, qui sont excédés par ce qu’ils ont vécu pendant vingt ans. Ils ont une conscience politique très élevée et le sentiment intime qu’ils sont passés au bord du gouffre. Aujourd’hui, ils sont résolus à saisir ce qu’ils considèrent comme une opportunité historique de balayer le passé et de construire une armée moderne, pilier d'un État de droit restauré. Ils ont une volonté, une énergie et un enthousiasme qui nous obligent à ne pas les décevoir.
Quels rapports entretenez-vous avec le capitaine Hamadou Haya Sanogo ?
Je n’ai pas de relations avec le capitaine Sanogo.
Aucune ?
Mon objectif est de travailler avec les hommes qui ont des responsabilités, qui donnent des ordres et qui vont mener la modernisation de l’armée. Je traite avec le ministre, le chef d’état-major général des armées et les officiers qui sont en place : colonels, officiers généraux et autres responsables des ressources humaines de l’armée malienne.
Jugez-vous raisonnable un retrait des troupes françaises à partir du mois d’avril ?
Oui, c’est raisonnable et cela me semble logique que les responsables politiques fassent cette annonce maintenant. Une partie du boulot est finie et les objectifs principaux ont été atteints, mais ça ne veut pas pour autant dire qu’on renvoie tout le monde à la maison.
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Propos recueillis par Benjamin Roger


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