lundi 1 décembre 2014

maliweb.net :: Rebellions, chantages, pression économique, refus de coopérer contre le terrorisme, torpillage diplomatique… La guerre secrète de l'Algérie contre le Mali

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La guerre secrète de l'Algérie contre le Mali



L'Indépendant, 08/03/2010 Commentaires [ 16 ] E-mail Imprimer




Deux
pays ont apporté une contribution inestimable au FLN dans sa lutte pour libérer
l'Algérie du joug colonial français : le Maroc et le Mali. Affranchi du
protectorat français, le premier, sous le haut commandement de Sa Majesté le Roi
Mohammed V, lui fournissait des armes et son territoire pour permettre aux
fellaghas de se replier après leurs attaques ou actes de sabotages perpétrés
contre les positions de l'occupant. Le second, qui venait d'accéder fraîchement
à l'indépendance, n'avait pas d'armes à offrir aux combattants algériens, mais
son territoire leur servait également de base de repli. Qui plus est, c'est par
là que transitait, depuis le port de Conakry, l'armement généreusement octroyé
par l'Union soviétique et convoyé par l'armée malienne jusqu'aux maquis
algériens. L'actuel président de l'Algérie, Abdelaziz Bouteflika, portait le nom
de guerre de "Abdelaziz le Malien " parce que chef de la zone de commandement
sud, il avait son QG (quartier général) à Gao et c'est ce bâtiment, où il a vécu
sept ans, qui abrite le consulat d'Algérie.
Seulement voilà : leur pays libéré en
juillet 1962, les fellaghas eurent tôt fait de retourner leurs armes contre
leurs bienfaiteurs. Presque concomitamment, la toute première rébellion
touarègue dans la région de Kidal, derrière laquelle se profilait l'ombre des
nouveaux maîtres de l'Algérie et la guerre des sables opposant l'Algérie et le
Maroc éclatent. C'est pourtant le président Modibo Kéita qui, tout en
s’efforçant de mâter le soulèvement touareg, fera la paix entre l'Algérie et le
Maroc, à la faveur de la conférence de Bamako de
1963.
Un officier supérieur de l'armée
malienne à la retraite, qui a fait le front lors de la première rébellion
touarègue et est resté, depuis, un observateur vigilant de la situation au
Nord-Mali, confie : " Sous les dehors d'une amitié irréprochable, d'une entente
sans faille avec le Mali, l'Algérie a été constamment derrière toutes les
rébellions dans la région de Kidal, depuis la première République, sous Modibo
Kéita, à la troisième sous Alpha Oumar Konaré d'abord, ATT ensuite, en passant
par la deuxième sous Moussa Traoré. Tous les stratèges militaires vous diront
qu'une rébellion dans cette partie du pays est impossible sans l'appui de
l'Algérie. C'est elle qui conçoit, finance, organise toutes les attaques armées
dirigées contre le Mali pour se poser après comme médiateur ou réconciliateur.
Plus faux et hypocrites que les Algériens, tu meurs "
La meilleure illustration est donnée
par la double mutinerie qui s’est produite dans les garnisons de Kidal et
Ménaka, le 23 mai 2006. Immédiatement après les attaques, l'état-major de Bamako
a tenté de joindre celui d'Alger, conformément à des accords liant les deux pays, pour verrouiller
la frontière algérienne afin d'accroître les chances des troupes maliennes de
pourchasser et neutraliser les mutins. Pendant toute une semaine, silence radio.
Durant cette période et bien plus tard, les insurgés des camps militaires de
Kidal et de Ménaka, auxquels s'étaient joints des dizaines de jeunes gens
désoeuvrés, recrutés par Ibrahima Ag Bahanga, se rendaient librement dans le sud
algérien pour refaire leurs stocks de vivres, de carburant, d'armes de guerre et
de munitions ou se faire tout simplement soigner dans les hôpitaux avec la
générosité incommensurable des autorités algériennes. Conséquence de cette
collusion entre l'Algérie et les insurgés, la signature de l'humiliant Accord
d'Alger du 4 juillet 2006, ressentie comme une blessure profonde par tous les
patriotes attachés à l'unité nationale, à l'intégrité du territoire et la
souveraineté de la nation. Et pour cause : voici l'Algérie qui, après avoir mis
à genou l'armée malienne face à une poignée de renégats, s'attribue la
prérogative de participer directement et pleinement à la gestion d'une région du
Mali sur tous les plans et dans tous les domaines : politique, militaire,
économique, financier, social, culturel, etc.
L'Accord d'Alger fut pour le Mali ce
que fut Canossa pour l'empereur Henri IV

Chantage
L'Algérie s'est toujours servie de la
question kidaloise pour faire chanter les autorités maliennes. On ne sait pas
avec exactitude si celle-ci a joué un rôle quelconque dans la reconnaissance par
le Mali de la fantomatique " république arabe sahraouie démocratique " dans les
années 80. Ce qui est certain, c'est que l'Algérie a entrepris, depuis un
certain temps, d'utiliser le dossier de Kidal pour obliger le Mali à maintenir cette reconnaissance. L'observateur
peu averti ne s'en est peut-être pas rendu compte ; mais la position du Mali a
sensiblement évolué par rapport au Sahara dit occidental. Sous la deuxième
République traoréenne, les émissaires du polisario et de la fameuse " RASD "
défilaient régulièrement à Bamako, étaient reçus avec tapis rouge au palais et
dans les ministères, se répandaient en déclarations interminables à la
télévision. En somme, ils se sentaient aussi bien à l'aise à Bamako qu'à Alger, leur capitale
d'adoption. Aux Nations Unies, à l'OUA, dans les fora tiers-mondistes, le vote
du Mali s’alignait automatiquement sur celui de l'Algérie : en faveur de la "
RASD " et contre le Maroc.
Les choses ont bien changé depuis
l'effondrement de la dictature militaro-udépémiste et l'avènement de la
démocratie. Le Mali, qui a résolu de pratiquer une politique d'ouverture sans
exclusive, se veut ouvert à tous les vents fécondants pour sortir son économie
du marasme et sa population de la misère. Il veut coopérer dans la paix, la
bonne entente, la solidarité et l'intérêt réciproque avec tous les pays, à
commencer par ceux de son espace naturel, la région sahélo-saharienne. Le Maroc
fait partie de ces pays et la reconnaissance par le Mali de Moussa Traoré de la
prétendue " RASD " a été une insulte aux liens séculaires entre les deux pays.
C'est pourquoi Alpha Oumar Konaré d'abord, ATT ensuite, ont entrepris de
corriger cette faute historique en normalisant les relations entre Bamako et
Rabat. Une normalisation qui passe par l'abandon de la reconnaissance de la "
RASD " par le Mali.
Pour le moment, nous n'en sommes pas
là mais, déjà, le Mali a adopté une position de neutralité sur la question. Il
ne vote plus dans les rencontres internationales ni pour le Maroc, ni pour la "
RASD ". Il ne reçoit plus les représentants du polisario et/ou de la soi-disant
" RASD " dans un cadre officiel. Voilà qui met Alger dans une fureur noire au
point d’oser proposer ce chantage sordide à un haut dirigeant malien : "
Ecoutez, nous, nous pouvons vous débarrasser en quelques heures de la rébellion
à Kidal. Mais en contrepartie, le Mali doit revenir à sa position initiale par
rapport à la
RASD
".
Le dirigeant malien a vu dans cette
proposition la preuve que l'Algérie manipule la «rébellion touarègue». Et n'a
pas manqué de le dire à son
interlocuteur algérien. Depuis, tout va de travers entre Alger et
Bamako.

Pression
économique
Le Nord du Mali est une immense région
désertique enclavée entre le Niger, l'Algérie et la Mauritanie, où
l'activité économique est marginale. La région de Kidal, en particulier, respire
par le sud algérien, principalement Tamanrasset. C'est par là qu'arrivent les
produits vivriers et toutes sortes de marchandises. Périodiquement, l'Algérie
s’évertue à rappeler au gouvernement malien que la survie de la région de Kidal
dépend d'elle et d'elle exclusivement.
Quand une décision se fait trop
attendre de Bamako, elle ferme la frontière, mettant les Kidalois au bord de
l'asphyxie. Dès que Bamako se montre compréhensif, elle rouvre la voie à la
circulation des marchandises. Ainsi va la vie au quotidien à la frontière entre
l'Algérie et le Mali dans la région de Kidal.

Refus de coopérer
contre le terrorisme
Régulièrement les journaux algériens
aux ordres de Bouteflika dénoncent la passivité, voire la complicité du
gouvernement du Mali et du président ATT avec le terrorisme et les réseaux
criminels, en particulier les trafiquants de drogues. Par ces accusations, ils
montrent le très peu de respect qu'ils éprouvent pour leurs
lecteurs.
S'il y a un pays qui manifeste un
manque total d'intérêt dans la lutte contre le terrorisme et les réseaux
criminels, c'est bien l'Algérie.
C'est une évidence que seule la
coopération sécuritaire entre les Etats se partageant la bande sahélo-saharienne
peut venir à bout de ces fléaux. L'ayant compris, le Mali a autorisé ses
voisins, y compris l'Algérie, à poursuivre sur son sol tous les terroristes,
narco-trafiquants et preneurs d'otages ayant commis des actes répréhensibles sur
le leur. Seul le Niger, à ce jour, a exercé ce droit de poursuite qui lui a été
concédé par Bamako. Alger n'en a eu cure. Il avait accepté également la
proposition malienne de créer des patrouilles mixtes pour sécuriser leur bande
frontalière commune pour se rétracter ensuite au nom de sa " souveraineté
nationale "
Le drame d'Abéïbara donne une idée de
ce qu'est la coopération militaire algérienne. Ragaillardie par une première
victoire sur les bandits armés, l'armée malienne s'était lancée à leurs
trousses. Mais s'étant trop éloignée de sa base, elle se trouva en manque de
nourriture. Elle sollicita l'aide de l'armée algérienne et, pour toute réponse,
ne reçut que quelques bidons d'huile, boîtes de sardines et miches de pain.
C'est l'ancien président des Etats-Unis, George Bush, qui sauvera les militaires
maliens en leur faisant parvenir des vivres à bord d'un Hercule C 130 qui
essuiera du reste les tirs des bandits armés.

Torpillage
diplomatique
Le Mali s'échine pour organiser, depuis deux ans, une "conférence
sur la paix, la sécurité et le développement dans la bande sahélo-saharienne".
Elle n'aboutit pas pour une raison bien simple : Alger n'en veut pas. Dans un
premier temps, il a exigé et, hélas, obtenu du Mali que le Maroc, pourtant Etat
sahélo-saharien s'il en est, n'y prenne pas part. Dans un deuxième temps, il a
demandé que la
CEDEAO
, la famille naturelle du Mali, ne participe pas au
sommet, sauf à se contenter d'un statut d'observateur muet.
Pour une fois Bamako a dit non à son puissant voisin. Trop, c'est trop ! Et,
au final, on semble s'acheminer vers une conférence internationale où il y aura
tous ceux que les Algériens ne veulent pas voir : le Maroc, bien sûr, mais aussi
la CEDEAO,
l'Union africaine, l'Union Européenne, les Etats Unis d'Amérique. L'Algérie en
sera-t-elle la grande absente ? Ce n'est pas à écarter.
Saouti Labass HAIDARA

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