jeudi 6 mars 2014

Lettre ouverte au Président de la République: Il faut sauver le Dr Almehdi

Lettre ouverte au Président de la République: Il faut sauver le Dr Almehdi

Il faut sauver le Dr Almehdi




Adam Thiam
Adam Thiam
Le 2 février 2012, des biens appartenant à des Kel Tamasheq ont été vandalisés. La folie destructrice de manifestants, prenant prétexte de la mauvaise gestion de la guerre du Nord par le pouvoir, a incendié partiellement la maison de Ibrahim Ag Youssouf à Kati Sananfara avant de démolir et piller la pharmacie à Kati du Dr Almehdi Ag Hamahady. Le très respecté Almehdi. Un Kel Tamasheq qui n’a connu que Kati, fréquenté que les populations de Kati dont un grand nombre de familles de militaires. Personne ne se sentait mieux au Sud que lui. Personne n’avait autant de relations avec sa ville que lui. Personne ne s’est autant soucié des démunis, en particulier les parents des militaires, que lui. Ce pharmacien agréable et prévenant, homme de foi et de cœur, mettait la vie des clients avant tout. Il vendait cash, c’est vrai. Mais il a donné beaucoup de médicaments à crédit, pour que les patients recouvrent la santé. Patients Kel Tamasheq ? Non : les habitants de la ville garnison, Bamanan, Malinké, Senoufo, Bobos et tous ces visages qui faisaient de Kati, la vitrine ethnique du Mali.

Monsieur le Président, le jour où sa pharmacie partait en morceaux, pillée sans vergogne, la clientèle lui devait une dizaine de millions Cfa que Almehdi ne réclamait jamais et dont une grande partie passait par pertes et profits. Car c’est ainsi qu’il entendait le vivre ensemble. C’est ainsi qu’il vivait son humanité. C’est ainsi qu’il pouvait se regarder dans le miroir. C’est ainsi enfin qu’il entendait partager la souffrance de ses voisins. La solidarité était sa loi, tout le monde le savait. Le 2 février fatidique, il n’avait plus que ses yeux pour mesurer le dégât, son cœur pour regretter le déchaînement de la bête humaine. Il ne restait de l’empire patiemment érigé –pharmacie et clinique- qu’un vestige. Celui que seules la haine et l’ignorance pouvaient occasionner. Et pour le pharmacien, ce fut l’exil, dans sa cruauté et ses privations. Cet exil continue hélas mais nous savons que ne vit que pour le jour où il retournera dans sa ville de Kati. Or rien ne dit que tout sera comme avant. L’affaire de Elmehdi Ag Hamahady est en train d’être saisie par la banque à laquelle il doit. Comme tout bon businessman, il avait contracté un emprunt qu’il a sans doute eu du mal à repayer.

Monsieur le Président, nous savons à quel point vous tenez à l’honneur. Nous savons le prix que vous attachez aux hommes et aux femmes de mérite. Nous savons que vous comprenez qu’au-delà des échéances non respectées peut-être, il s’agit ici d’un cas qui n’est pas une banale histore d’impayés. La République doit être debout pour ce pharmacien. Vous incarnez la République, faites en sorte qu’à la blessure ne s’ajoute pas l’injure.

Respectueusement

Adam Thiam

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