lundi 23 février 2015

Malijet « Timbuktu », le film d’Abderrahmane Sissako, loin de la réalité...Pas de trace du MNLA dans le film Mali Bamako

Malijet « Timbuktu », le film d’Abderrahmane Sissako, loin de la réalité...Pas de trace du MNLA dans le film Mali Bamako

Pas de trace du MNLA dans le film

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« Timbuktu », le film d’Abderrahmane Sissako, loin de la réalité...Pas de trace du MNLA dans le film
Un déluge d’éloges a accueilli la sortie en salles de « Timbuktu », le 10 décembre. Gros consensus, donc, autour du propos « universel » revendiqué dans sa dernière œuvre par le réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako.

Aussi éblouissant que soit le film, on reste gêné aux entournures après l’avoir vu. Cette oeuvre de fiction assume certes une grande liberté dans son langage poétique et son usage de la métaphore.

Le problème, c’est qu’elle entend dénoncer une réalité sur laquelle elle s’est largement basée, au stade de l’écriture du scénario, et dont elle a été très proche dans son tournage, sur le plan géographique et chronologique.

Le film a été réalisé courant 2013, en pleine opération militaire étrangère au nord du Mali, dans la ville de Oualata, près de la frontière malienne. En grand secret, dans le désert de Mauritanie, pour ne pas attirer les terroristes d’Al Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi), et sous protection de l’armée mauritanienne. 

Le peuple touareg idéalisé

Au moins trois grandes questions sont posées par cette fiction. La première commence avec son affiche : une belle enfant sourit entre ses parents heureux, sous une tente, au pied d’une dune. 

Tout au long du film, cette famille nucléaire (père-mère-enfant), hautement improbable dans le Sahel, renvoie une image de carte postale du peuple touareg. Comme pour mieux coller à ce fantasme très répandu en France, où l’homme bleu, épris de grands espaces et de liberté, en dépit de ses contradictions et complexités, ne peut être qu’un « gentil ». Un ami. 

L’ethnologue français Paul Pandolfi, directeur de la Maison des sciences humaines de Montpellier, avance cette explication sur la « construction du mythe touareg » : 

« Le stéréotype touareg s’est construit dans le cadre d’une relation triangulaire. La schématique opposition Nous/Eux est insuffisante pour en rendre compte car le second terme n’est jamais unique ni homogène [il y a des Touaregs blancs et des Touaregs noirs, NDLR].

La figure du Touareg ne peut se comprendre sans référence à ces seconds autres (souvent dévalorisés) que sont les populations dites “arabes” ou “noires”. Le stéréotype s’appuie sur deux discours préexistants : la vulgate coloniale avec ses divers couples antinomiques (Arabes/Berbères, nomades/sédentaires, dominants/dominés), mais aussi le discours qui depuis le XVIIIe siècle valorise le bédouin nomade à partir de l’exemple moyen-oriental. »
La figure du « bon » Touareg est l’une de ces projections dont l’inconscient collectif français a le secret, et que les Maliens regrettent amèrement. Beaucoup d’entre eux ont dénoncé pendant et après l’opération Serval une collusion qui leur paraît plus que contre-nature entre l’armée française et les rebelles touaregs du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA)... 

Pas de trace du MNLA dans le film

Plus grave, aucune allusion n’est faite dans « Timbuktu » à cette rébellion touarègue, qui a mis le feu aux poudres en janvier 2012, avec le massacre de plus de 70 militaires maliens, égorgés ou tués d’une balle dans la nuque dans leur caserne d’Aguelhok. Massacre suivi par une conquête fulgurante, en mars, des trois régions administratives du nord du Mali (Tombouctou, Gao et Kidal). 

Pas de traces non plus de l’association qui s’est faite entre le MNLA et les islamistes d’Aqmi pour faire cette conquête. Zéro mention du mouvement armé islamiste et touareg Ansar Dine, mené depuis mars 2012 par Iyad Ag Ghali, ancien chef de la rébellion touarègue de 1990, qui n’a pas réussi à prendre le contrôle des laïcs du MNLA.

Cet homme s’est opportunément reconverti dans le salafisme, et sert de passerelle entre le gros business d’Aqmi (rançons des otages et passage de la cocaïne latino-américaine vers l’Algérie) et les chefs touaregs de Kidal, aux alliances changeantes et aux stratégies à géométrie variable.

Toutes ces données, trop peut-être pour un seul film, sont gommées du tableau cinématographique esquissé par « Timbuktu ». Le long métrage n’a pas encore été projeté au Mali, au regret des principaux concernés, impatients de le voir.

Et, comme le relève le site Maliactu, sous la plume de son correspondant à Paris, il n’est pas question non plus dans le film des destructions du patrimoine de Tombouctou, manuscrits brûlés et mausolées détruits. Le viol des jeunes filles et des femmes n’est que suggéré, dans une production qui oublie aussi le trafic de drogue auquel participent activement les islamistes d’Aqmi. Pas de mains ou de pieds coupés dans cette fiction qui ne voulait pas forcer le trait côté violences, mais reste du coup en deçà des faits.

Abdelkrim, un chic type ?

Le troisième problème découle directement des deux premiers : Abdelkrim. Le choix de ce prénom n’est pas anodin pour l’un des personnages principaux de « Timbuktu », incarné par l’acteur français Abel Jafri.

Sous ses traits, Abdelkrim apparaît comme un type sympathique. Ce chef islamiste veille à ce qu’on donne ses médicaments à un otage occidental, sort sans moufter d’une mosquée où il est entré avec ses Pataugas et sa Kalachnikov, quand l’imam le lui demande... Il se cache derrière une dune pour fumer et se détourne d’une scène de femme fouettée en public, punie pour avoir chanté. Trop de violence pour lui !

Dans la vraie vie, Abdelkrim Taleb, alias Abdelkrim al Targui (« le Touareg »), fait peur. Ce sont les surnoms de Hamada Ag Hama, neveu de Iyad Ag Ghali et seul émir malien d’Aqmi. Toutes les autres katibas (phalanges) du groupe terroriste sont dirigées par d’anciens salafistes algériens. Or, Abdelkrim est dépeint dans le film comme un étranger qui parle arabe, comme tous les autres chefs d’Aqmi...

Ce criminel très dangereux est soupçonné d’avoir fait abattre un douanier algérien, retenu en otage après une embuscade qui a coûté la vie à 11 policiers algériens en 2010. Il aurait exécuté d’une balle dans la tête, de sa propre main, les otages français Michel Germaneau en 2010 et Philippe Verdon en mars 2013. Il serait aussi derrière l’enlèvement puis le double meurtre des journalistes de RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon, le 2 novembre 2013. 

C’est encore lui qui aurait fait libérer le dernier otage français détenu dans le nord du Mali, Serge Lazarevic, le 9 décembre, en échange de la libération de quatre de ses hommes emprisonnés à Bamako. 

Rapport vache entre un éleveur touareg et un pêcheur noir 

Enfin, une partie du film tourne autour d’un imbroglio concernant une vache appartenant à un gentil éleveur touareg. L’animal va s’empêtrer dans les filets d’un pêcheur noir plutôt énervé, sur les rives du fleuve Niger.


Capture d’écran du film « Timbuktu (2014) d »Abderrahmane Sissako (Le Pacte)
Symbole du ressentiment accumulé au fil des rébellions touarègues, exactions et répressions successives, entre les minorités touarègues nomades et la majorité noire, songhaï, peule et bozo, sédentarisée, qui vit au nord du Mali ? On a beau manier la métaphore dans tous les sens, on ne voit pas bien où ce conflit éleveur-pêcheur veut en venir... Est-ce la méfiance dans les rapports des populations du nord du Mali qui a fait le lit des islamistes ? Mystère. 

Seule certitude : le cœur du film est tiré d’une histoire vraie. Une exécution d’un éleveur touareg qu’avait relatée en novembre 2012 le journaliste mauritanien Lemine Ould Salem dans un reportage pour Libération. Le contexte était un peu différent : l’éleveur faisait lui-même partie du groupe Ansar Dine... La blogueuse Faty, une Malienne de Tombouctou, affirme ceci : 

« Ce Touareg qui a été la seule personne exécutée par Ansar Dine à Tombouctou était un membre du mouvement, il n’était pas un habitant de la région et c’était une personne qui persécutait la population des villages des alentours de Tombouctou. Son acte était prémédité et il a déclaré au pêcheur qui refusait d’exécuter ses ordres qu’il était venu spécialement pour lui avant de le tuer froidement de plusieurs coups de fusil. »
Voilà aussi ce que ressent Faty, citoyenne irritée par les nombreuses inexactitudes qu’elle relève déjà, via la grosse couverture presse accordée au film qu’elle n’a pas vu :

« Il illustre parfaitement le hold-up dont nous faisons l’objet au nord du Mali : les Touaregs se révoltent, invitent tous les bandits du Sahara sur nos terres, des cheiks du Qatar prennent leur pied en regardant des obscurantistes torturer d’innocentes populations, fouetter des femmes, en enlever pour des viols collectifs, détruire des mausolées millénaires (...), et ce sont eux qui deviennent les victimes de l’oppression, du racisme. »

Un « conte pour Occidentaux » ? 

On reste perplexe, face au contenu de cette œuvre accomplie sur le plan esthétique. Soit on s’est fait prendre pour un gogo suffisamment mal informé pour gober une partie très tronquée de la réalité. Même en restant positif, très difficile de retenir l’essentiel : la dénonciation, toute en poésie et petites touches ironiques, de ces barbus si humains, incroyablement humains. Et même « fragiles » selon le réalisateur, qui ne risque pas de voir Aqmi lancer une fatwa contre lui.

Soit on n’a rien compris au film, pourtant assez didactique et bourré de bonnes intentions. « Timbuktu » aide notamment le spectateur moyen à bien faire la différence entre l’islam normal, religion de tolérance, et l’islam dévoyé, religion manipulée par des radicaux (qui peuvent quand même péter un câble et se mettre à danser façon Maurice Béjart, dans le film, sur fond de lapidation).

Cette fable est-elle un « conte pour Occidentaux » ? C’est la très bonne question que pose dans ce lien vidéo l’anthropologue André Bourgeot, spécialiste du Mali au CNRS. L’expert français critique l’accumulation de « poncifs » dans Timbuktu et souligne une « approche manichéenne qui présente les djihadistes sous un jour qui n’est pas particulièrement néfaste ni barbare ». Son explication :

« Il y a trois mythes dans ce film : le mythe du désert, celui du nomadisme identifié à la liberté et le mythe touareg. Ca ne peut que toucher la sensibilité des Occidentaux : ce sont des clichés que l’on a complètement intériorisés et le film nous confirme leur bien-fondé. De facto, il nous empêche de réfléchir aux réalités. »
Bref, on se prend les pieds dans le tapis de « Timbuktu ». Bien joli, peut-être, du point de vue du public auquel il est destiné (180 000 entrées en France la première semaine d’exploitation, sixième film au box office). Mais très loin de la situation nettement plus compliquée qui prévaut toujours à Tombouctou et au nord du Mali.



Publié par blogs.rue89.nouvelobs



Sabine Cessou
journaliste

jeudi 19 février 2015

«Le mouvement social dans le Sud semble revendiquer la centralité du sahara» « Tamoudre: Touaregs, vie et survie

«Le mouvement social dans le Sud semble revendiquer la centralité du sahara» « Tamoudre: Touaregs, vie et survie

El Watan -Dida Badi,anthropologue

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- Le gaz de schiste prend des allures de parfait alibi. Serait-ce donc le prétexte qu’ont trouvé les populations du Sud, naguère ostracisées, effacées de la représentation nationale pour affirmer leur existence sur l’échiquier national ? Autrement dit, qu’est-ce que ne dit pas — ou n’arrive pas à dire — cette mobilisation ?

Le mouvement social qui agite le Sud, sa nature citoyenne et pacifique ont suscité commentaires et interrogations quant à ses raisons profondes. Ces commentaires sont souvent teintés de craintes et d’appréhensions étant donné le caractère stratégique de la région qui recèle l’essentiel des richesses minières et hydriques du pays.

Totalisant près de 80% de la superficie du territoire national et fief depuis toujours du parti au pouvoir, le FLN, les régions du Sud où l’on enregistre le taux de participation le plus élevé aux échéances électorales n’ont pas été gagnées par la vague de l’islamisme politique qu’ont connue les autres régions du pays.

Cette situation a contribué à conférer à cette région et à ses habitants l’image d’une contrée paisible et apparemment «hors du temps». Cependant, beaucoup pensent que derrière le mouvement social se cachent des raisons profondes qui ne disent pas leur nom. Pour notre part, l’une des directions dans lesquelles nous pensons qu’il est possible d’orienter le débat est celle en rapport au modèle de développement préconisé jusque-là pour ces régions.

Celui-ci devrait tenir compte du rapport qu’entretiennent ces communautés ancrées dans le local à leur espace traditionnel et la symbolique de l’eau, chez elles, en tant que ressource essentielle ayant permis l’installation de l’Homme dans le désert. La considération de cet élément est capitale. Il faut rappeler que les habitants des régions du Sud algérien sont les représentants actuels de différentes populations humaines qui ont habité ces contrées, et ce, depuis la nuit des temps.

Leur mode de vie traditionnel est un exemple frappant d’une adaptation ingénieuse et ininterrompue aux dures conditions du climat désertique et d’une exploitation savante des ressources naturelles que leur offre leur milieu. Leur droit coutumier en matière de gestion des ressources est basé sur le respect de l’équilibre fragile des écosystèmes sahariens. Leur savoir-faire traditionnel actuel est l’aboutissement des expériences culturelles accumulées à travers les âges et qui leur confèrent une profondeur historique inégalée.

Ces contrées sont loin d’être isolées, puisqu’elles furent un passage obligé des populations ou simplement des caravanes, des marchandises et des idées remontant du Sahel africain pour se diriger vers le nord et l’est du Sahara et vice-versa, et ce, depuis la plus haute antiquité. En cela, elles constituent une plaque tournante dans les échanges entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne.

Ces caractéristiques géographiques et climatiques donnent à cette région l’aspect d’un creuset où s’est développée une culture ancrée dans le local, comme en témoignent les nombreux vestiges archéologiques ainsi que l’art rupestre de l’Atlas saharien et des massifs centraux au contact de l’ancienne Egypte et du monde méditerranéen d’une part, et du Bilad es Soudan, d’autre part. La civilisation, la culture matérielle et symbolique de ces régions sont basées sur la gestion de l’eau. D’ailleurs, un adage targui dit : «Aman, Iman !» (L’eau, c’est la vie !) Ou encore, «Tizawt in aman in», un autre dicton des Oasiens du Tassili qui résume bien l’importance de l’eau dans l’agriculture saharienne.

On pourrait le traduire par : «Mon champ est mon eau». Autrement dit, l’importance de mon champ est fonction de la quantité d’eau dont je dispose. Ou, à quoi pourrait bien servir un lopin de terre sèche si l’on ne dispose pas de l’eau pour l’irriguer ? C’est, en effet, l’argument que semblent opposer les habitants d’In Salah. Un exemple tiré du fonds culturel commun aux hommes du désert. C’est en tenant compte de cette réalité simple mais profonde que les habitants des oasis sahariennes ont mis au point tout un savoir empirique complexe pour la gestion de l’eau, à l’exemple des foggaras, ces ouvrages ingénieux dédiés à l’irrigation et à la mise en valeur de la terre.

Au sahara, l’irrigation par l’eau des sources ou les foggaras fait que l’importance d’une parcelle se mesure par le nombre des parts d’eau qui reviennent à chaque jardin. Aussi, au-delà du fait que les sources, comme celle de Hannou à Tamantit, ou Talmezhayes à Djanet, sont un moyen qui permet d’irriguer et de mettre en valeur une terre sèche ; elles jouent également un rôle important dans l’histoire de fondation des groupes.

La propriété de l’eau, qui se transmet par le biais des femmes sous forme d’un bien indivis (habous), est collective chez les Touareg de l’Ajjer. A ce propos, l’histoire des sources et des foggaras se confond avec celle des groupes qui les possèdent à travers les rôles déterminants qu’ont dû jouer leurs ancêtres fondatrices dans leur découverte et leur aménagement. En effet, le droit de propriété sur l’eau est un argument que font avancer les lignages qui la détiennent pour justifier leur autochtonie.

Ainsi, le rapport est évident entre la terre qui enfante la source des entrailles de laquelle l’eau jaillit, et la mère qui engendre et fonde le groupe de parenté qui s’en réclame. En plus d’être une ressource dont dépend leur vie, l’eau revêt des dimensions culturelles et symboliques. Elle renvoie à une vision du monde et à un modèle de développement ancré dans le local et respectueux des ressources naturelles.

Ce modèle de développement est aux antipodes d’un autre basé sur l’extraction illimitée des ressources naturelles et leur transformation. Ce dernier modèle, qui semble être transposé sur une réalité millénaire, vient perturber une harmonie qui a mis des millénaires à s’accomplir. C’est cette perturbation et les horizons obscurs qu’ils entrouvrent qui semblent faire réagir les gens du désert.

- L’eau est au cœur aussi bien des imaginaires, du modèle de développement, des culture et civilisation propres aux populations du Sud. Mais n’y a-t-il que cela ? Cette région et ses habitants ont, de naguère, cultivé cette image d’une contrée paisible «hors du temps». Désormais, ce n’est plus le cas. Qu’en est-il de ces «autres raisons profondes» qui «ne disent pas leur nom» et qui sont à l’origine de ce fulgurant mouvement social ?

Il y a deux niveaux d’analyse : le premier niveau est micro et concerne l’épicentre qui est la localité d’In Salah en relation avec les régions avoisinantes dans leur rapport à l’Etat central. Le deuxième niveau est macro et se situe à l’échelle du sahara dans son ensemble en relation avec ses connexions au Sud (le Sahel africain) et le Nord (le Maghreb et la Méditerranée). Au niveau micro, il faut se rappeler que la population de cette localité a pâti des clivages sociaux marqués par l’opposition entre les anciens khemmas à leurs anciens contremaîtres (Haratines vs Arabes ou Mrabatin).

Cette situation, qui a été instrumentalisée par certains partis politiques à des fins électoralistes, a porté atteinte à la cohésion sociale au niveau de la région du Tidikelt en général et d’In Salah en particulier. Le mouvement social actuel où sont impliquées toutes les catégories sociales est une occasion pour la communauté locale de retrouver son unité et sa cohésion autour d’un problème fédérateur qui concerne tout le monde.

Ceci explique d’ailleurs la non-politisation du mouvement tirant ainsi sa force des référents identitaires puisés de la conception traditionnelle de l’islam malikite et de la culture locale. L’autre élément qui a aidé au niveau local à la cristallisation du mouvement social dans le Sud au niveau de la ville d’In Salah est le niveau d’instruction très élevé de ses habitants.

Ceux-ci, en effet, à l’instar des autres régions du Sud du pays n’ayant pas bénéficié des bienfaits de l’école coloniale, ont investi massivement dans la scolarisation de leurs enfants, et ce, dès les premières années de l’indépendance à tel point que c’est dans cette ville que l’on enregistre le taux le plus faible d’analphabètes au niveau de tout le sahara, si ce n’est au niveau national.

Ayant suffisamment de cadres pour porter la revendication sociale et la démarquer des partis politiques, les habitants d’In Salah ont investi dans les réseaux des solidarités traditionnelles au niveau des autres régions du sahara pour étendre leur mouvement et lui donner plus d’audience en insistant sur les problèmes partagés entre ces régions que sont l’isolement par rapport aux centres de décision et le refus du modèle de développement suivi jusque-là dans ces régions.

A l’échelle macro, là le sahara est le maillon entre le Maghreb au nord et le Sahel africain au sud. Il est non seulement un espace de passage et de transit, mais également d’installation où se mettent en interaction les cultures des peuples berbères et arabes du Nord avec celles de l’Afrique noire. De ce fait, le sahara était un espace central et de jonction.

Cependant, depuis la mise en place des frontières étatiques modernes, cet espace, jadis central, se retrouve soudain relégué à la périphérie du fait de sa position éloignée par rapport aux centres de décision dont il relève : le Nord du Mali, bien que constituant 2/3 du territoire national, le sud algérien avec 80% de la superficie du pays, le Nord du Niger avec plus de la moitié du pays, et enfin le Sud de la Libye avec un plus de 70% de la superficie globale du pays. Dans tous ces exemples énumérés, la capitale se trouve dans l’autre extrémité du pays. Le mouvement social dans le sud du pays semble revendiquer cette centralité du Sahara.
Mohand Aziri?http://www.elwatan.com/actualite/le-mouvement-social-dans-le-sud-semble-revendiquer-la-centralite-du-sahara-10-02-2015-287180_109.php

Tamoudre: Touaregs, vie et survie

Tamoudre: Touaregs, vie et survie

Crise malienne | Nord du Mali : de l'irrédentisme touareg à la guerre tribale ? | Jeuneafrique.com - le premier site d'information et d'actualité sur l'Afrique

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16/02/2015 à 16:35
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Le général El Hadj Ag Gamou et Alghabass Ag Intalla (HCUA).Le général El Hadj Ag Gamou et Alghabass Ag Intalla (HCUA).© Émilie Régnier pour J.A. et Ahmed Ouoba/AFP/Montage J.A.
Alors que les combats entre groupes rebelles et milices loyalistes se multiplient dans le nord du Mali, c'est tout le processus de paix engagé à Alger qui se trouve menacé. Avec le risque que les affrontements intercommunautaires ne se généralisent, reléguant la question de l'irrédentisme touareg au second plan.
Depuis janvier à Tabankort, de violents combats ont éclaté entre d'un côté la plateforme du 14-Juillet, qui fédère le Groupe d’auto-défense touareg Imghad et alliés (Gatia) avec le Mouvement arabe d’auto-défense et, de l'autre, la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), qui regroupe le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), le Haut conseil pour l'unité de l'Azawad (HCUA) et le Mouvement arabe de l’Azawad (MAA). Au cours des derniers mois, ce genre d'affrontements entre groupes armés se multiplient au nord du Mali. Le 29 décembre dernier, le MNLA a notamment perdu 5 de ses membres à Bamba. Deux mois plus tôt, en octobre, le Gatia chassait les indépendantistes des localités de Tessit et In Tellit.

Mais au-delà de leur côté loyaliste ou rebelle, ces groupes recoupent également des réalités tribales assez homogènes. Le Gatia, comme son nom l’indique, est un groupe composé majoritairement d'Imghad, la plus grande tribu touarègue en nombre dans le nord du Mali. Son fondateur, El Hadj Ag Gamou, est le seul général touareg de l’armée malienne.

En face, les Ifoghas, alliés traditionnels de Bamako de 1960 à 2002, sont à nouveau entrés en rébellion contre le gouvernement depuis 2012, avec des tribus alliées comme les Idnan, les Chamanamasse… En mai 2014, lorsque les soldats de Bamako ont subit une lourde défaite face aux indépendantistes lors de la visite à Kidal du Premier ministre Moussa Mara, les leaders imghad ont créé le Gatia pour protéger leur communauté des autres groupes armés.

1. Quels sont les rapports entre le Gatia et Bamako ?

Difficile d'avoir des certitudes sur ce sujet. Officiellement, le général Ag Gamou est conseillé au chef d’état-major général des armées du Mali. "Il est aussi à l’origine de la création du Gatia", affirme un élu local du nord, bon connaisseur du dossier. D'autres sources indépendantes vont même jusqu'à faire un rapprochement entre le Gatia et l’armée malienne. "Les habitants de Tessite, dans la région de Gao, qui ont vu les hommes du Gatia, nous ont dit que les combattants de ce groupe sont composés de l’ancienne milice Delta de Ag Gamou et d'éléments du Groupe technique inter armes, (GTIA) de l’armée malienne", affirme une source militaire occidentale à Bamako.

Mais selon le ministère malien de la Défense, ces allégations "relèvent d’une pure intox visant à jeter le discrédit sur l'armée malienne". Dans le nord, les rumeurs sur les connexions entre Bamako et Gatia vont pourtant bon train. "Une seule chose est sûre, tranche un diplomate à Bamako : le gouvernement malien a affiché clairement son souhait de voir des représentants du Gatia au sein de la Commission mixte de sécurité (CMS), composée d’une part par les groupes armés, et d’autre part de la Mission de l'ONU (Minusma) et de l’État malien".

Si le Mali et la communauté internationale veulent ramener la paix au nord, ils doivent ramener la paix entre les tribus d’abord, explique un intellectuel touareg.
2. Pour les indépendantistes, le Gatia est le bras armé de Bamako

"Le Gatia est l’avant-garde de l’armée malienne dans le nord", assure la même source militaire occidentale à Bamako. Qui ajoute que "le nom d'Ag Gamou revient chaque fois qu'on parle des groupes d’auto-défense du Nord. Il faut comprendre que les États n’ont que des intérêts. Et qu'aujourd’hui, le Gatia fait l’intérêt du Mali".

Une communauté d'intérêt confirmée par un leader touareg proche de Bamako. Selon lui, le Gatia, a deux objectifs. "Le premier est de défendre la tribu Imghad accusée par les rebelles d’être l'alliée de Bamako, d'autant qu’une grande partie de ses membres ont livré bataille aux côtés de l’armée malienne contre les indépendantistes. Ainsi, après le désastre de Kidal en mai 2014, Ag Gamou a estimé que les militaires maliens originaires du sud ne pouvaient pas protéger sa tribu contre les autres mouvements armés. Et deuxièmement, il se trouve que le général Ag Gamou a les mêmes ennemis que l’État malien : les Ifoghas qui constituent la majorité du HCUA et les Idnan, qui constituent la plus grande partie du MNLA".

3. Guerre pour l’Azawad ou pour le leadership dans le nord ?

Au nord du Mali, les tensions entre les tribus sont donc très profondes, mais elles ne datent pas d'hier. À partir de l’indépendance du Mali en 1960, Bamako s’est appuyée sur une tribu, celle des Ifoghas, pour gérer la question touarègue. Conséquence : lorsque cette dernière s'est rebellée en 2002, les tensions latentes avec les autres tribus "loyalistes" se sont exacerbées. "Et à ce stade de la crise malienne, les masques sont tombés pour ceux qui veulent les voir. La crise malienne a germé sur la rivalité tribale entre Ifoghas et Imghad, et cette fracture est plus que jamais visible", résume le même notable du nord.

"La tribu Imghad est persuadée que cette guerre n’est pas une guerre pour l’indépendance de l’Azawad, mais plutôt une guerre pour conserver le leadership au nord du Mali. De leur côté, les Ifoghas et leurs alliés Idnan veulent montrer à Bamako que, sans eux, il ne peut pas y avoir de paix", explique de son côté un intellectuel touareg à Bamako. "Si le Mali et la communauté internationale veulent ramener la paix au nord, ils doivent ramener la paix entre les tribus d’abord".

4. Quel impact sur les négociations d'Alger qui vont bientôt reprendre ?

Avec la multiplication des acteurs sur le terrain, le processus d’Alger est visiblement dans l’impasse. Chaque partie veut tirer la couverture à elle. "D’abord, pour Bamako, c’est important de mettre un partenaire supplémentaire dans le processus, explique un diplomate ouest-africain à Bamako, qui participe aux rencontres d’Alger. Cependant, la création du Gatia constitue un point de blocage, un grain de sable de plus dans le mécanisme d’Alger".

5. Quel est le rôle de la mission de l’ONU ?

"Si jamais la Minusma se retire du Nord, il pourrait y avoir une sorte de génocide intercommunautaire, s'alarme notre leader touareg proche de Bamako. La communauté qui prendra le dessus exterminera l’autre. Heureusement qu'en janvier, la mission de l'ONU a empêché la CMA de rentrer à Tabankort et au Gatia de prendre Ber. Si elle ne l'avait pas fait, ça allait être un massacre".

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Baba Ahmed, à Bamako


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17/02/2015 à 13:32



Le général Gamou, fondateur du Gatia, en février 2013, à Gao.
Le général Gamou, fondateur du Gatia, en février 2013, à Gao.© Émilie Régnier pour J.A.
En quelques mois, le Groupe autodéfense touareg imghad et alliés (Gatia) est devenu incontournable dans le nord du Mali. Au point que certains veulent l'inviter à la table des pourparlers d'Alger.
Pour la première fois depuis son élection, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) s'est rendu dans le nord du pays. Le 29 janvier, le président s'est envolé pour Gao, où il a affiché son soutien à la population locale et à la Mission des Nations unies au Mali (Minusma) après les violentes manifestations contre cette dernière, qui ont fait quatre morts le 27 janvier.

Sur place, le chef de l'État a salué le courage des "patriotes" restés fidèles au Mali. Plutôt que de milices, IBK préfère parler de "forces patriotiques", réunies au sein de la Plateforme des mouvements d'autodéfense. Parmi eux, le Groupe autodéfense touareg imghad et alliés (Gatia), créé dans les semaines qui ont suivi la débâcle de l'armée à Kidal, en mai 2014. Les troupes, vaincues, avaient alors fui les principales casernes du Nord. À cette retraite précipitée se sont ajoutées la réduction progressive du dispositif militaire français et les faiblesses opérationnelles de la Minusma. Résultat : le Nord est rapidement redevenu une zone de non-droit contrôlée par les groupes rebelles.

>> Lire aussi "Nord du Mali : de l'irrédentisme touareg à la guerre tribale ?"

Conscientes de leurs faiblesses et désireuses de reprendre pied dans le septentrion après la "claque" de Kidal, les autorités de Bamako ont l'idée de sous-traiter la guerre à des milices. Discrètement, le gouvernement charge le général imghad El Hadj Ag Gamou de lancer le Gatia contre le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), dirigé par ses ennemis jurés, les Ifoghas. Depuis lors, en collaboration avec le Mouvement arabe de l'Azawad pro-Bamako (MAA-Bamako), la milice tient en joue les mouvements armés opposés au principe d'un Mali unifié.

Le jeune secrétaire général du Gatia, Fahad Ag Almahmoud, se présente avant tout comme un patriote. "On n'a jamais voulu prendre les armes, on aurait préféré que tout cela prenne fin", soupire-t-il ce 4 février, avant de se réjouir de la saisie de munitions et d'armes lors des combats qui ont opposé son groupe au MNLA le matin même.

Le Gatia auréolé de gloire

Fahad est aussi, depuis des années, le secrétaire particulier du général Gamou, qu'il avait suivi dans son exil au Niger en 2012. À l'époque à la tête de la milice Delta, prise en étau par les groupes qui envahissaient le Nord, Gamou avait fait mine de rejoindre les rangs du MNLA, sauvant ainsi sa peau et celle de ses hommes. Un an après, lors de l'opération Serval, il était encore en première ligne dans les combats contre les hommes du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao). Autant d'épisodes qui ont valu au chef de guerre la reconnaissance du gouvernement et des Maliens.

Convaincus que le Gatia n'agit pas sans consignes de supérieurs hiérarchiques, des diplomates occidentaux ont demandé fin janvier des explications à IBK.
Bien qu'auréolé de gloire, le Gatia fait usage de méthodes peu compatibles avec les attentes des forces de maintien de la paix présentes dans le Nord, et ce en période de négociations de cessez-le-feu. Les partenaires étrangers des autorités maliennes se sont donc inquiétés à plusieurs reprises, ces derniers mois, de la présence de ce nouveau groupe armé.

Convaincus que les hommes du Gatia n'agissent pas sans consignes de supérieurs hiérarchiques - soit au sein de l'armée, soit directement au coeur du gouvernement ou à la présidence -, diplomates français, américains et britanniques ont demandé fin janvier des explications à IBK et à Abdoulaye Diop, son ministre des Affaires étrangères, les exhortant à mieux "contrôler" le mouvement. À chaque fois, les intéressés ont éludé la question.

Pas seulement des patriotes

Le mouvement ne semble guère manquer de ressources. Pourtant, "personne ne nous paie, assure Fahad. On le fait pour l'honneur, et pas pour l'unité du Mali. Des parents sont venus d'Algérie et de Libye avec leur matériel. Des officiers de l'armée libyenne et d'ex-combattants du MNLA nous ont rejoints". Le Gatia est soutenu par la population. Mais laisser entendre qu'il s'agit d'un mouvement spontané de citoyens relève de la fable. Ces combattants ne sont pas (seulement) des patriotes. Des militaires assurent la coordination sur le terrain. Fahad, lui, affirme que leur mouvement répond aux ordres de la "hiérarchie", sans pour autant s'attarder sur l'identité de ses chefs.

Du point de vue des médiateurs algériens, il n'est pas question d'intégrer une délégation du Groupe dans les pourparlers. "Le Gatia s'est associé à la Plateforme et compte déjà des représentants dans cette tendance", explique Ramtane Lamamra, ministre algérien des Affaires étrangères et médiateur en chef. Il serait selon lui improductif de convier de nouveaux acteurs à la table, déjà bien fournie, des négociations.

>> À lire : Au nord du Mali, la mosaïque des acteurs complique les négociations

Les diplomates français chargés du dossier ne sont visiblement pas du même avis. Ils souhaitent au contraire qu'une délégation de ces miliciens pro-Bamako participe dès que possible aux pourparlers. Leur raisonnement est simple : de plus en plus puissant sur le terrain, le Gatia doit prendre part aux discussions pour que le futur accord de paix soit le plus large et inclusif possible.

Iyad et Gamou, ennemis jurés

Entre El Hadj Ag Gamou, le vrai chef du Groupe autodéfense touareg imghad et alliés (Gatia), et Iyad Ag Ghali, le leader d'Ansar Eddine, c'est une vieille histoire de rancoeurs. Les deux Touaregs ont d'abord combattu ensemble dans les années 1980, au sein de la Légion verte de Kadhafi, puis lors de la rébellion de 1990. Mais, en 1994, l'Imghad et l'Ifogha se sont déchirés. Depuis, ils se vouent une haine tenace. Le premier, fidèle à Bamako, s'est juré d'en finir avec le second, dont la dérive salafiste semble sans limites

JournalDuMali.com: Faut-il se méfier du GATIA?

JournalDuMali.com: Faut-il se méfier du GATIA?

7ème groupe armé touareg créé en l’espace de trois ans, le GATIA accumule les victoires et un capital sympathie au sein de la population. Est-il un allié ou une menace pour la paix ?

Depuis un peu plus de six mois, il ne se passe une journée sans que l’on ne parle d’eux. Sur le terrain, ils accumulent les victoires et repoussent toujours plus loin le MNLA et ses alliés de la Coordination des Mouvements de l’Azawad. Eux, c’est le GATIA, Groupe autodéfense touareg imghad et alliés. Créé en aout 2014, ce groupe armé touareg a décidé de se battre contre les séparatistes pour restaurer l’intégrité territoriale du Mali. Mais pas seulement. « Nous venons de créer le Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés (Gatia) pour défendre les intérêts de notre communauté dans le nord du Mali, notamment contre le MNLA », le Mouvement national de libération de l’Azawad, déclarait alors son secrétaire général Fahad Ag Almahmoud. Une sortie qui avait fait craindre des revendications à caractère ethnique.

La Plateforme des cadres et leaders touaregs, association qui regroupe les Touaregs des trois régions du nord du Mali, avait ainsi condamné la naissance du Gatia, « créé sur une base tribale ». Inquiétude injustifiée selon le journaliste Sidy Elmehdy Albarka qui rappelle qu’il y a des représentants d’autres communautés que les Imghad(tribu majoritaire au sein des Touareg, environ 500 00 personnes) dans le GATIA. « Plusieurs autres communautés de Kidal, qui avaient été chassées de la ville par le MNLA, ont pris les armes et rejoint le groupe. L’objectif commun est de rétablir l’intégrité du territoire et la stabilité ». Il s’agit de protéger les populations qui se retrouvent prises en otages, et régulièrement pillées, par les divers groupes armés opérant dans ce qui est devenu un no-man’s land : la large zone entre Gao et Kidal.
« Forces patriotiques » ou « milice gouvernementale » ?
De partout dans le Mali, on applaudit, en privé comme en public, la création et les succès de ces « patriotes ». Sur les réseaux sociaux la sympathie pour ces « défenseurs du Mali »s’accroit chaque jour, il suffit pour s’en rendre compte de visiter leur page facebook , où les commentaires de soutien se succèdent. A Tabankort, Teninkou ou Ntilit, ils reprennent du terrain aux séparatistes et vont là où l’armée malienne est absente depuis 2012, voire bien avant. Avec, en ligne de mire, Kidal, dernier bastion du MNLA. Des succès militaires et un soutien à l’armée qui leur vaut le nom de « milice pro-gouvernementale », une appellation rejetée et par Bamako, et par le GATIA. Le 29 janvier dernier, lors de sa première visite au nord du pays depuis son élection, le Président IBK salue le courage des "patriotes" restés fidèles au Mali. Une quasi-reconnaissance officielle. Qui vient « légitimer » le combat que le GATIA qui est, il convient de le rappeler, né à l’initiative d’un haut gradé de l’armée malienne, le général El hadj Ag Gamou, héros de guerre que ses faits d’armes auréolent de gloire aux yeux de Maliens.

Les succès militaires qui s’enchaînent n’ont cependant pas encore permis au GATIA d’atteindre l’un, sinon son objectif majeur : se faire invité, comme acteur à part entière, à la table de négociations. Les pourparlers inter-maliens qui en sont à leur cinquième round ont en effet démarré avec une délégation du groupe armé. Inclus dans celle de la Plate-forme d'Alger, qui regroupe d’autres groupes « loyalistes ». Pas assez représentative de la force du GATIA sur le terrain, chuchote-t-on dans les rangs du groupe, où l’on espérait être traité au moins aussi bien que le MNLA. Car c’est bien pour cela que ces hommes avaient pris les armes. «Il fallait nécessairement avoir un groupe armé, comme tous les autres, afin de participer au processus de paix », avait affirmé Fahad Ag Almahmoud. Qu’à cela ne tienne, les représentants du GATIA sont à Alger.
Le danger de la sous-traitance sécuritaire
Pourtant, dans cet élan général, des voix se font entendre pour appeler à la prudence face à la montée en puissance du GATIA. Déjà, lors de la création du mouvement, l’ancien Premier ministre, Ahmed Mohamed ag Hamani, président de la Plateforme des cadres et leaders touareg, s’inquiétait. Parlant de la création de « milices ethniques armées », il affirmait qu’elles risquaient« de nous conduire infailliblement, si des dispositions ne sont pas prises - c'est-à-dire leur démantèlement et leur désarmement-, vers une guerre civile dans ce pays. » Préoccupation partagée par Me Mamadou Ismaïla Konaté qui pense que « cette situation de sous –traitance de la sécurité d’un pays est compromettant car elle peut donner lieu à des dérapages que l’Etat ne pourra pas maitriser ».

Car comme le note à propos le journaliste Sidy Elmehdy Albarka, « ce sont les hommes du GATIA qui meurent à Téninkou, pas l’armée malienne ». Des dizaines de localités leur doivent aujourd’hui survie et protection, car les militaires maliens en sont absents et la MINUSMA semble ne pas parvenir à prendre efficacement le relais sécuritaire. Un internaute se veut encore plus alarmiste : « si le gouvernement du Mali se montre faible et incapable d'assurer sa propre sécurité, le GATIA deviendra bientôt le prochain groupe armé à abattre pour l'unité du pays» assure-t-il. Une inquiétude qui n’est pas la chose la plus partagée en ce moment mais qui existe. Les diplomates occidentaux montrent du doigt des méthodes peu compatibles avec les attentes des forces de maintien de la paix présentes dans le nord, et ce en période de négociations de cessez-le-feu. Ils ont d’ailleurs exhorté les autorités maliennes à mieux "contrôler" le mouvement.

Du côté du GATIA, on se défend d’avoir des intentions inavouées. « On n'a jamais voulu prendre les armes, on aurait préféré que tout cela prenne fin", affirmait encore récemment le secrétaire général du groupe armé. Aucune velléité de rébellion à l’horizon… Du moins pour l’instant. Au Mali, l’histoire enseigne que les différentes insurrections sont nées de groupes renforcés à l’issue des accords signés qui les mettaient en position de force par rapport aux autres communautés. Une autre déclaration récente du secrétaire général du GATIA a d’ailleurs ajouté de l’eau au moulin des alarmistes. « On le fait pour l'honneur, et pas pour l'unité du Mali » assure Fahad. Quid de la défense du territoire et des populations ? Pour l’instant, seules semblent compter les belles œuvres du GATIA sur le terrain. Et tous, des plus optimistes aux sceptiques, veulent continuer à croire à la bonne volonté du Groupe autodéfense touareg imghad et alliés.

Le mémorandum du gouvernement sur la notion Azawad

Le mémorandum du gouvernement sur la notion Azawad

notion Azawad

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Communiqué du conseil des ministres du mercredi 14 janvier 2015
Premier conseil des ministres du gouvernement Modibo KEITA
Préambule
1. Des motifs avancés pour justifier les rébellions cycliques (Paragraphe 3)
Dans son préambule, le projet d’accord motive la récurrence de la violence cyclique dans les régions du Nord par « une mauvaise gouvernance qui n’a pas permis aux populations locales de participer effectivement à la gestion de leurs propres affaires et qui a engendré un exode massif des communautés ainsi qu’un retard considérable en terme de développement socio-économique ……. ».
De telles assertions méritent d’être fortement nuancées au vu de l’expérience de décentralisation qui a permis à toutes les collectivités territoriales, y compris au Nord de gérer leurs propres affaires et des efforts de développement en cours dans le Nord , entravés en partie par la récurrence des conflits armés.
2. A propos de l’appellation « Azawad »
S’agissant du nom « Azawad » que certains groupes armés utilisent pour désigner les régions de Tombouctou, Gao, et Kidal, il y’a lieu de rappeler que :
Géographiquement l’« Azawad » désigne une zone bien localisée au Nord de Tombouctou, et certainement pas l’ensemble des régions du Nord dont chaque aire géographique a son appellation propre (Adagh, Azawagh, Tilemsi, Gourma, Dendi, etc..).
Le terme « Azawad » n’est donc ni l’émanation des communautés des régions concernées, ni un vocable du lexique de l’Administration coloniale ou de l’Administration malienne dans l’acception à lui conférée par l’une des parties.
Lors des auditions des membres de la société civile invités par la médiation sur proposition des parties au processus d’Alger, les représentants des régions de Gao et Tombouctou ont d’ailleurs fait part de ce que les populations, notamment sédentaires ne se retrouvaient pas dans cette appellation et la rejetaient.
De plus, quand bien même la loi leur en donnait la possibilité, aucune commune des régions du nord du Mali n’a proposé le nom « Azawad » pour se désigner.
Au cours des restitutions du projet d’accord soumis par la Médiation aux forces vives maliennes, l’utilisation de ce terme dans le futur accord de paix a été considérée de façon unanime comme relevant de l’arbitraire absolu, source de conflits entre communautés.
En conséquence, nous proposons que l’expression « Azawad » ne soit pas retenue dans l’accord pour désigner les trois régions du nord du Mali.
3. Eléments à prendre en compte dans la gouvernance
Parmi les éléments à prendre en compte dans la gouvernance (Paragraphe 5), mentionner l’Etat de droit et les principes démocratiques
4. Constitution du Mali
Ajouter la constitution du Mali dans les textes de références cités au paragraphe 6

mardi 17 février 2015

Des djihadistes français aux côtés du Mnla - alliés et de Boko Haram : Le jeu trouble de Paris

Des djihadistes français aux côtés du Mnla - alliés et de Boko Haram : Le jeu trouble de Paris

S’il est désormais de notoriété qu’autant, il existe des Djihadistes français en Syrie, Irak et Libye, autant, ils sont présents dans les rangs de Boko Haram ainsi que parmi les narcojihadistes au Nord du Mali

Mais l’on ignorait jusqu’à ce jour, que certains sont d’anciens militaires français et surtout que d’autres, à leur retour de la guerre, ont perçu des allocations dévolues aux blessés de guerre de la part du gouvernement français.

On le sait désormais: 08 européens, dont au moins cinq français, au service de Boko haram, ont été capturés par les forces de défense Camerounaises dans le nord Cameroun, à l’issue des récents combats dans la zone.

Il nous revient que le ministre français chargé des affaires étrangères, Mr. Laurent Fabius a demandé l’extradition de ses compatriotes afin qu’ils soient jugés en France. Un détail qui ne manque pas de relents (on y reviendra plus loin).

D’après des données compilées par The Economist début septembre, un tiers des djihadistes occidentaux partis faire le djihad proviennent de France. Avec plus de 900 individus impliqués, la France fournit le plus gros bataillon de djihadistes occidentaux, loin devant le Royaume-Uni (400 djihadistes), l’Allemagne (270), la Belgique (250) ainsi que des Pays-Bas, la Suède, le Danemark, l’Espagne, l’Italie, l’Irlande et l’Autriche (Source : Par lefigaro.fr).

Ces djihadistes surtout français ont une histoire. Parmi eux figurent d’anciens militaires, de véritables professionnels et appartenant (jadis ou encore toujours) aux unités spéciales de l’armée française (Lire encadré : «Soldats français, ils sont devenus djihadistes».) En clair, tous n’ont pas été tenté par les réseaux sociaux ou par les prêches de prédicateurs dans les mosquées.

En tout état de cause, nombre d’entre eux ont été aperçus un peu partout en Irak, en Syrie, en Libye et très récemment au Cameroun aux côtés de Boko Haram.

Au Mali et plus particulièrement à Kidal, à la faveur de l’offensive suivie de la débâcle de l’armée malienne au mois de mai 2014, de nombreux témoins ont évoqué la présence de combattants français dans les rangs du MNLA et alliés dont ansar-dine d’Iyad Aghali. Et pis, des projectiles extraits du corps de soldats maliens portaient bien la marque de l’armée française (il est avéré que les anciens militaires dont il est question ont débarqué avec armes et bagages de leurs corps et unités d’origines dans les rangs des groupes terroristes). Tout s’explique donc. Il y a un hic cependant.

Des révélations à la suite de Charlie Hebdo

Le journal français «Le point» a fait une révélation au mois de janvier dernier, à la faveur des événements liés à «Charlie Hebdo». Le journal brossait ainsi le portrait frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly, les auteurs des attentats de «Charlie Hebdo», de Montrouge et du supermarché casher de la Porte de Vincennes à Paris. Et l’article a évoqué au passage le cas d’un certain Mohamed el-Ayouni, proche des auteurs des différents attentats.

L’article révèle que cet individu s’est rendu en Irak en juillet 2004. Et «dans les combats de Falloujah, il avait perdu son bras et son œil gauches. De retour en France, il avait demandé une allocation handicapé… et l’avait obtenue des services sociaux lesquels ne pouvaient ignorer dans quelles circonstances il avait perdu son œil et son bras gauches».

En clair, la prise en charge de Mohamed el-Ayouni ainsi que d’autres combattants français, de retour de mission, était quasi officielle. Des sources révèlent en effet beaucoup d’autres cas. Une contribuable française a même adressé une correspondance au ministre français de la Santé et des Affaires sociales, Marisol Touraine pour lui demander des comptes et des réponses aux questions suivantes : «Y a-t-il d’autres cas analogues à celui de Mohamed el-Ayouni ? Vos services sont-ils en mesure d’établir une liste de tous les cas similaires à celui-là, et d’agir pour arrêter ce scandale?». Bien entendu, la correspondance est toujours dans l’attente d’une suite favorable.

C’est dans cette attente justement que survint la capture d’au moins cinq Djihadistes français et cette précipitation du Ministre Laurent Fabuis de demander leur extradition sur la France afin d’y être jugés et ce, comme si le Cameroun sur le sol duquel ils ont été capturés, ne disposait pas de juridiction appropriée ou point de souveraineté.

Au Mali, et plus précisément à Kidal, la présence de Jihadistes français ne fait le moindre doute. Et l’Armée française sur place n’est pas indifférente à leur sort. Elle s’applique de manière régulière et constante à empêcher toute offensive d’où qu’elle vienne (des groupes d’auto-défense, ou de l’armée régulière malienne). Et au même moment, des terroristes par elle recherchés, à l’image d’Iyad Aghaly y circulent librement. Et notons au passage, que ce même Iyad a été mis à contribution par la France en vue de la libération de ses derniers ressortissants au mois de Décembre dernier.

En clair, tout indique que les Djihadistes français, censés être d’anciens militaires, s’avèrent bel et bien des soldats en mission et toujours en activité. Autrement, que le Ministre français réponde aux questions de sa compatriote : «Y a-t-il d’autres cas analogues à celui de Mohamed el-Ayouni ? Vos services sont-ils en mesure d’établir une liste de tous les cas similaires à celui-là, et d’agir pour arrêter ce scandale?».

B.S. Diarra

Encadré

Soldats français, ils sont devenus djihadistes

Une dizaine d’anciens militaires français ont rejoint des réseaux djihadistes, notamment les rangs de l’Etat islamique, a confirmé le ministère de la Défense. L’armée française s’inquiète aussi des risques de radicalisation en son sein.

La menace inquiète. D’anciens militaires français ont rejoint les rangs des djihadistes, a confirmé le ministère de la Défense. Mercredi, la radio RFI précisait qu’une dizaine d’anciens militaires français combattent actuellement sous une bannière djihadiste en Syrie et en Irak. La plupart ont rejoint les rangs du groupe État islamique. La station évoque particulièrement le cas de l’un d’entre eux qui a « mis ses compétences militaires acquises sous le drapeau français au service d’un encadrement de jeunes djihadistes français ». Cet ancien militaire, devenu émir, commande ainsi dans la région de Deir Ezzor un groupe d’une dizaine de combattants français qu’il a formé au combat. « D’autres sont experts en explosifs, il s’agit de jeunes d’une vingtaine d’années. Certains sont convertis, d’autres issus de culture arabo-musulmane. Et parmi eux, il y a des anciens de la Légion étrangère ou d’anciens parachutistes », ajoute encore RFI.

Selon L’Opinion, l’un d’eux a servi au 1er Régiment de parachutistes d’infanterie de marine (RPIMa) de Bayonne, un régiment d’élite de l’armée française rattaché au Commandement des opérations spéciales, et y a suivi une formation de commando en techniques de combat, tir et survie. A l’issue d’un engagement de cinq ans, cet ancien des forces spéciales, issu d’une famille originaire du Maghreb, a rejoint une société de sécurité privée pour laquelle il a travaillé sur des sites pétroliers dans la Péninsule arabique, poursuit L’Opinion sur son site Internet. « C’est alors qu’il s’est progressivement radicalisé, se laissant pousser la barbe et adhérant à l’idéologie islamiste », écrit le quotidien, ajoutant, de sources proches du dossier, qu’il aurait ensuite été licencié et aurait rejoint la Syrie. Europe 1 ajoute que cet ancien militaire, aujourd’hui âgé d’une quarantaine d’années, a quitté l’armée française en 1998.

Anciens militaires et « anciens professionnels d’autres disciplines »

Jean-Yves Le Drian a souligné mercredi que ces cas restaient d’une « extrême rareté ». Sur RTL jeudi, il a confirmé que « certains de nos militaires sont surveillés » mais s’est refusé à donner un chiffre précis. « Il y a (parmi les djihadistes) des anciens militaires comme il y a des anciens professionnels d’autres disciplines (…) Je ne crois pas qu’il soit nécessaire d’identifier des listes d’appartenance à tel ou tel corps d’activité sociale pour dire que le terrorisme vient de là », a-t-il déclaré.

Si le cas de ces ex-militaires inquiète, l’une des principales préoccupations reste de « prévenir les phénomènes de radicalisation dans nos armées », a indiqué une source au ministère de la Défense. En conséquence, les effectifs de la DPSD (Direction de la protection et de la sécurité de la défense) – qui mène des enquêtes en interne en liaison avec le renseignement intérieur (DGSI) – vont être augmentés avec le recrutement de 65 personnes. Le service compte déjà près de 1.000 personnels chargés d’examiner notamment les dossiers de recrutement. « Il existe des zones grises (..) des postures moins simples entre un simple croyant et un djihadiste. Il y a celui qui peut être tenté par réseau familial, par rencontre, par amitié ici ou là, par capillarité », explique-t-on de même source. « On a pu repérer ici ou là, dans des lieux biens particuliers, ce type de liens, absolument pas démontrés mais qui exigent de la part de la DPSD un travail extrêmement sérieux et pointu », a-t-on souligné.

Formés en France, ces anciens militaires ou ceux radicalisés au sein de l’armée pourraient s’avérer être de redoutables djihadistes, au courant de l’organisation et des secrets de l’armée. Ils pourraient aussi apporter leur expertise en maniement des armes et explosifs à d’autres candidats potentiels au djihad. Comme le rappelle RFI, ces nouvelles recrues font aussi craindre un attentat du type de Fort Hood aux Etats Unis. Cette fusillade dans une base militaire du Texas, perpétrée par Malik Nadal Hasan un américain d’origine palestinienne, psychiatre dans l’armée de terre, avait fait treize morts et une trentaine de blessés en novembre 2009.

Emilie Cabot (avec AFP) – leJDD.fr

jeudi 22 janvier 2015

Insécurité dans les régions de Mopti et de Ségou : Quand la rébellion prend un visage noir

Insécurité dans les régions de Mopti et de Ségou : Quand la rébellion prend un visage noir

Djihadisme ou rébellion touarègue qui se métamorphose en rébellion des peaux noires ? La question a tout son sens, eu égard à la nouvelle situation sur le terrain

Mali: les rebelles touareg du MNLA affirment contrôler KidalDepuis un certain temps, le front des hostilités entre les militaires maliens et les groupes armés s’est déplacé de la région de Kidal vers la zone inondée du delta intérieur du fleuve Niger. Le spectre de la guérilla s’étend du côté du sahel oriental (Nampala, Djouara, Ténekoun, Léré, etc.) à la lisière de la forêt de Ouagadou.



Ici, la rébellion contre les militaires maliens a pris un visage local. Ce sont les jeunes des villages attaqués, qui sont en première ligne des affrontements. Certains ont été clairement identifiés par les militaires lors des face à face. Selon des sources militaires, lors d’une mission de patrouille, un des chefs de village de la commune de Djouara a reconnu le mal. « Ce sont nos enfants, qui sont dans cette rébellion. La preuve, un de mes neveux a tué son propre père dans un village environnant. Au motif, que celui-ci n’a pas une foi avérée à la religion. » a-t-il expliqué. La même source de préciser que l’arrestation d’un imam dans un village proche de Nampala, après l’attaque de cette localité n’est pas un acte isolé. Le conflit implique même certaines autorités coutumières. La preuve, au moins deux chefs de village de la commune de Diouara ont perdu des enfants dans les affrontements avec nos hommes.

Selon nos sources, la zone compte deux Quatibas djihadistes « tropicalisés ». Ils recrutent les jeunes locaux, gagnés par le désœuvrement avant de les miroiter des propositions alléchantes. Ils vont jusqu’à les proposer qu’en chassant l’armée malienne, ils pourront devenir maîtres de leur propre destinée. Pour y parvenir, ils leur forment dans la technique de maniement des armes de guerre. Mais, le nouvel adhérant doit prouver son degré de loyauté pour se faire accepté du groupe. L’avantage de cette nouvelle stratégie pour les djihadistes et/ou du MNLA, est de deux ordres.

Primo s’assurer d’une rapide diffusion des combattants dans la population aussi après l’attaque.

Secundo, disposé d’un relai fiable de source de renseignement sur les positions des militaires maliens. Jusqu’aux dernières attaques, la méthode marchait à merveille. Car, faire face à une rébellion noire, c’était le dernier souci des hommes sur le terrain. C’est pour cette raison que l’attaque du camp de Nampala a été meurtrière. Parce que nos hommes ont été surpris de se voir en face des frères noirs comme eux leur pointés des armes.

Selon une source indépendante basée à Ténèkoun, les assaillants qui connaissaient bien la ville on réussi à s’échapper de l’étau de l’armée en utilisant un passage d’autochtone, tenu par seulement trois gendarmes. Ils ont profité de l’obscurité de la nuit pour perpétrer leur forfait. C’étaient malheureusement les trois victimes de l’attaque. Un autre fait troublant a eu lieu le weekend passé sur la route de Niono. C’était à la faveur du transport des blessés de l’attaque du samedi dernier vers Niono. Sur la route, le convoi a essuyé des tirs dans une embuscade.

Rétablir le royaume de Macina !

C’est dire que le phénomène devient de plus en plus inquiétant. Car, selon nos sources, derrière ces attaques se cacheraient une nouvelle revendication territoriale et identitaire. Les assaillants et leurs mentors politiques ambitionneraient de rétablir les vestiges de l’ancien royaume du Macina dans tous ses compartiments (politiques, religieux et économique), d’où la tactique de harcèlement utilisée contre nos hommes en espérant que ces derniers, fatigués et découragés vont abdiquer en abandonnant les lieux.

S’agit-il d’une nouvelle tactique du MNLA et ses alliés djihadistes d’Ançar Dine, d’AQMI et du MUJAO ? A ce stade des informations, il n’y a pas de liens directs de subordination et/ou de complémentarité établis avec exactitude, mais tous les indices relevés tendent vers cette hypothèse. Car, pendant l’occupation, les Djihadistes d’Ançar Dine et d’AQMI ont enrôlé beaucoup de combattants noirs du Gourma pour former le MUJAO. Or, cette communauté a des liens historique, linguistique et sociologique avec celle du sahel oriental. Le MNLA et ses alliés djihadistes peuvent user de cette relation pour élargir le spectre des affrontements dans le seul but d’épuiser nos forces et parvenir à leur but, à savoir le fédéralisme. Car, ce ne serait plus une minorité d’une seule communauté qui se bat, mais un conglomérat de communautés aux velléités fédéralistes. Dans ce plan machiavélique, des leaders et les moindres religieux et politiques sont fortement soupçonnés de connivence. En tous les cas, la situation à Kidal peut donner des idées à n’importe quel opportuniste assoiffé de pouvoir. Surtout que les événements actuels ont mis à nu toute la faiblesse de notre capacité de défense. D’où des velléités sécessionnistes. Comme on le dit en bambara « ni san ye mcgc ye toko kolo kcnc, o te tike » c’est-à-dire que « celui qui s’abrite dans un endroit de fortune pendant qu’il pleut a l’impression que cette pluie ne s’arrêtera jamais ».

Il urge donc pour les Pouvoirs publics de se mobiliser pour mettre en œuvre une stratégie de communication très agressive pour extirper les jeunes désœuvrés des mains de la tentation dijhadiste pour ne pas se retrouver dans la même situation qu’au Nigéria avec Boko Haram. Du fait de la sous estimation, cette secte musulmane a fini par gangréner la société, au point que les autorités ne savent plus par où commencer pour le combattre. Pour cela, certains militaires réclament le retour effectif de l’appareil d’Etat dans tous ses compartiments dans cette partie de notre territoire, pendant qu’il est temps, notamment les Forces de sécurités, l’Administration (Préfets et sous préfets, Justice, Services financiers, etc.) et les Services sociaux (Ecole, Santé, Actions humanitaire). Cette cohorte d’agents publics permet à l’Etat de réaffirmer sa présence, mais surtout permet d’entretenir un relais de renseignement, permettant d’anticiper sur les événements.

Mohamed A. Diakité