mercredi 14 mars 2018

Terrorisme : « Pourquoi refuser obstinément de parler avec eux », se demande (...) - leFaso.net, l'actualité au Burkina Faso

Terrorisme : « Pourquoi refuser obstinément de parler avec eux », se demande (...) - leFaso.net, l'actualité au Burkina Faso

Terrorisme : « Pourquoi refuser obstinément de parler avec eux », se demande le chercheur Mathieu Pellerin
Un collectif de chercheurs estime qu’il faut mettre balle à terre dans la lutte contre le terrorisme. Ils s’adressent notamment à l’Etat français, car estiment-ils, la rhétorique martiale qui prévaut au Sahel où la France est engagée dans les opérations de lutte anti-terrorismes, a montré ses limites. L’un des signataires de la tribune a expliqué cette position sur les mondes de RFI. Il s’agit de Mathieu Pellerin, chercheur au Centre Afrique de l’Institut français pour les relations internationales.







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« La menace ne cesse de s’étendre géographiquement et d’être de plus en plus létale. Sans compter qu’au-delà de l’attaque de Ouagadougou (…), il faut aussi observer comment les groupes jihadistes évoluent, et actuellement ils étendent progressivement leur influence vers le Sud, l’est et l’ouest du Burkina Faso, le sud du Mali. Donc la stratégie en tout cas montre ses limites et peut-être qu’il serait bienvenu d’imaginer d’autres options », a expliqué Mathieu Pellerin interrogé par RFI.
Le chercheur note que la stratégie de la France qui tend à responsabiliser les forces armées et de police nationales dans le cadre du G5 Sahel est une bonne approche. Mais relativise-t-il, la France devrait laisser aux Etats africains « la possibilité de définir ce qu’est la stratégie à l’égard de ces groupes ».

Plus loin, celui qui est chercheur au Centre Afrique de l’Institut français pour les relations internationales avance que les actions perpétrées par ces groupes armés, ne relèvent pas forcément du djihadisme. Les questions sociales, économiques ou communautaires ne sont pas à éluder. Autrement dit, les questions de développement de certaines portions du territoire, la reconnaissance et la prise en compte de certaines communautés qui s’estiment oubliées, ne sont pas à négliger. De ce fait, il se demande bien pourquoi l’on refuse « obstinément de parler avec eux ».

Les pourparlers ne sont pas à exclure dans la lutte contre le terrorisme, tant les stratégies jusque-là mises en œuvre ont montré leurs limites. Les terroristes faisant preuve de résilience à toute épreuve. « Soit vous ciblez le plus haut niveau hiérarchique de l’organisation, et à ce moment-là, vous rentrez dans une discussion et un processus de négociation en vue de démobiliser tout le groupe, ou alors vous négociez simplement avec des branches de ce groupe afin de le diviser et ensuite de l’affaiblir militairement. Donc on peut négocier avec tout le monde, le tout c’est d’avoir la volonté politique à la base, de ne pas éprouver de blocage de la part éventuellement d’autres Etats. Mais voilà, cela relève de choix souverains des Etats », conseille Mathieu Pellerin.

Mais comment négocier avec des terroristes, se demandera-t-on. Pour le chercheur, il faut leur parler pour savoir. Des revendications du départ des forces internationales, des révisions touchant à la laïcité, à la charia ? Il faut parler pour savoir.
Pour ce qui est du corps combattant de ces groupes qui continuent d’endeuiller les Etats du Sahel qui sont plus que jamais engagés dans un cercle infernal de dépenses militaires, alors qu’ils doivent également consacrer leurs maigres ressources à la lutte contre la pauvreté, Mathieu Pellerin croit en des options classiques, comme la réintégration civile. « C’est quelque chose qui peut aussi être envisageable », estime-t-il.

En tout cas pour lui, il faut changer de fusils d’épaules. Explorer d’autres stratégies. La lutte contre le terrorisme ne saurait se limiter à la seule option militaire. Elle n’est pas à exclure certes, mais il n’y a pas que les kalachnikovs pour désarmer son adversaire.

Synthèse de Tiga Cheick Sawadogo
Lefaso.net


Mathieu Pellerin est chercheur associé au sein du programme Afrique subsaharienne de l’Ifri. Ses travaux de recherches portent depuis 2010 sur le Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso), le Lac Tchad et Madagascar. Il est également rédacteur en chef adjoint de la revue Sécurité & Stratégie.

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