mardi 2 juillet 2013

Mali: dates-clés depuis l'intervention de la France - La Libre.be

Rappel des événements depuis l'intervention lancée par la France, en soutien à l'armée malienne, et qui a permis depuis janvier de reprendre le nord du Mali aux groupes jihadistes liés à Al-Qaïda qui occupaient la région depuis 2012.

--JANVIER 2013--
- 11: Début de l'opération française Serval pour stopper la progression des islamistes armés et soutenir les troupes maliennes. La veille, des combattants islamistes se sont emparés d'une localité dans le centre du pays, menaçant de poursuivre leur offensive vers le Sud.
- 14: Les islamistes évacuent les grandes villes du Nord après des bombardements des forces françaises. Le 15, la France engage des troupes au sol.
- 16: La crise malienne prend une nouvelle dimension avec une prise d'otages de plusieurs centaines d'Algériens et étrangers sur un site gazier en Algérie en représailles à l'intervention. Le 19, assaut final des forces spéciales algériennes.
- 23: Des organisations des droits de l'Homme demandent une enquête sur des accusations d'exactions par des troupes maliennes à l'encontre des communautés arabe et touareg, majoritaires au sein des islamistes.
- 26: Prise de Gao (nord-est) lors d'une offensive des soldats français et maliens.
- 28: Soldats français et maliens entrent sans combat dans Tombouctou (nord-ouest).
- 30: Les forces françaises prennent le contrôle de l'aéroport de Kidal (extrême nord-est). Début février, les soldats tchadiens arrivent pour sécuriser la ville.

--FEVRIER--
- 8: Après Aguelhok (au nord de Kidal), soldats français et tchadiens s'emparent de Tessalit (plus au nord).
- 10: Un commando d'islamistes affronte des soldats maliens à Gao, déjà la cible d'attentats suicide.
- 18: Début d'une opération visant à déloger les islamistes dans l'Adrar des Ifoghas (nord-est). De violents combats vont opposer soldats français et tchadiens aux combattants jihadistes. Fin février, un des principaux chefs d'Aqmi, l'Algérien Abdelhamid Abou Zeïd, est tué par l'armée française.

--AVRIL--
- 8: Début d'une opération de l'armée française pour traquer les islamistes dans une vallée au nord de Gao.
- 25: Le Conseil de sécurité autorise une force de 12.600 Casques bleus chargés de stabiliser le Nord.

--JUIN--
- 2: Des habitants de Kidal affirment que des membres du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) s'en sont pris aux populations noires pour les "expulser" vers Gao. Le MNLA dément toute "chasse aux Noirs". Le gouvernement dénonce une "épuration raciale". La rébellion touareg du MNLA, qui fut en 2012 alliée aux islamistes dans la région avant d'en être évincée par eux, est revenue à Kidal fin janvier à la faveur de l'intervention française.
- 5: Des combats meurtriers opposent dans la zone d'Anefis, à une centaine de km au sud de Kidal, des rebelles touareg du MNLA à l'armée malienne. Le 6, l'armée renforce ses positions à Anefis.
- 7: Amnesty International et Human Rights Watch (HRW) dénoncent les crimes et exactions commis par l'armée et les groupes armés depuis janvier.
- 18: Le pouvoir et les rebelles touareg occupant Kidal signent à Ouagadougou un accord pour permettre la tenue de la présidentielle du 28 juillet. Le document prévoit un cessez-le-feu, un retour de l'armée malienne à Kidal et un cantonnement des combattants touareg sur des sites de regroupement.
- 29: 36 candidats, dont quatre ex-Premier ministres, pour le 1er tour de la présidentielle (officiel).
--JUILLET--
- 1er: La Mission intégrée de l'ONU pour la stabilisation au Mali (Minusma) est officiellement mise en place, prenant le relais de la Misma (force panafricaine).

Mali: dates-clés depuis l'intervention de la France - La Libre.be
BAMAKO (AFP)

dimanche 30 juin 2013

Aminata Dramane Traoré : « Le colonisateur n’est plus là, mais ses intérêts y sont toujours » - maliweb.net

Aminata Dramane Traoré : « Le colonisateur n’est plus là, mais ses intérêts y sont toujours » - maliweb.net
« Le système mondial est en crise et il devient violent parce que justement les puissances capitalistes ne peuvent plus réaliser de taux de croissance et lutter contre le chômage sans puiser dans les ressources de notre continent ».

L'ancienne Ministre de la Culture du Mali, Mme Aminata TRAORE
L’ancienne Ministre de la Culture du Mali, Mme Aminata TRAORE
Militante altermondialiste de la première heure, l’ancienne ministre malienne était présente à la conférence de la société civile des pays du Sahel en solidarité avec le peuple malien, qui s’est achevée hier à Alger. Durant cette rencontre, elle a réitéré son opposition à l’intervention

mardi 25 juin 2013

Editorial : Demain, quel Mali ? - maliweb.net

Editorial : Demain, quel Mali ? - maliweb.net
2 réactions [-] Texte [+]EmailImprimer
Dire la vérité en ces temps de clientélisme politique, c’est prendre beaucoup de risques. Nul doute que le Mali de 1960 a été celui du patriotisme, de l’engagement et du don de soi. Le Mali de 1969 a été celui des «pickpockets». Le Mali du 8 juin 1992 a été celui du grand enrichissement des dirigeants. Le Mali du 8 juin 2002, a été celui du «grand banditisme d’Etat». Le Mali de la transition- CEDEAO est tout simplement un Mali «sous tutelle française».
Quand tu assènes tes vérités en public, on voit en toi un militant du Parti SADI ou du MP22. Certains Maliens rejettent purement la réalité des faits au profit de la compromission. Depuis le 19 novembre 1968, notre pays a basculé dans une gouvernance de déperdition sociétale.
La preuve ? Les fonds trouvés au Trésor public ont été enlevés, partagés par les quatorze (14) membres du Comité militaire de libération nationale (CMLN). Dès lors, les observateurs avertis savaient ce qui attendait notre pays et son patrimoine. Si ce n’est pas le Malien d’aujourd’hui, le Mandenka et le Soudanais d’hier gardaient jalousement la chose publique.
Au temps de l’empire mandingue, l’or du Mandé transporté par Kankan Moussa à la Mecque, un patrimoine volé pour faire le mécène, n’a été apprécié à l’époque. C’est pourquoi les griots du Mandé ne font pas de louanges en l’endroit de ce grand empereur, Kankan Moussa.
Malgré ces quelques rares faits, les Mandenka demeurent des gens de confiance, le Mali était un pays des hommes honnêtes. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la France plaçait son or en lieu sûr à Kayes puis à Bamako.
Les vingt trois ans du pouvoir de Moussa Traoré ont façonné l’homme malien et plus particulièrement l’intellectuel. Avec des mois sans salaires, l’administration publique est devenue un business dans leurs mains. Des scandales financiers se succèdent. Du coup, toutes les sociétés et entreprises d’Etat sont mises au régime sec. Des services de contrôles existent, mais les rapports produits sont sans effet (Contrôle d’Etat, Inspection des finances).
Notre pays fonctionne depuis le 19 novembre jusqu’à nos jours avec le même système de gouvernance. Dans le Mali des démocrates, l’impunité est reine.
Pour bâtir un nouveau Mali, nous avons besoin d’une nouvelle race d’hommes et de femmes politiques qui ne traineraient pas de casseroles. Des hommes et des femmes neufs pour un Mali nouveau. Comment élire des hommes qui sont les vrais auteurs du chaos national ? Où étaient-ils pendant ces 20 ans de pouvoir ADEMA et ATT ?
Dans un pays responsable, les vrais auteurs du chaos national doivent répondre de leurs actes. Et pour cause, tous les Maliens épris de justice savent qui a fait quoi ! Aussi, certains conservateurs de nos us et coutumes affirment-ils que tant que le Mali n’aura pas un président noble de souche, il n’y aura pas la paix. A titre de rappel : lorsque l’esclave affranchi Sakoura s’est emparé du pouvoir au Mandé, il fut assassiné.
Si le nouveau président n’est pas un noble de souche, ce serait le déclin, témoignent certains conservateurs. Deux anciens présidents déchus du Mali (Moussa Traoré et Amadou Toumani Touré) très célèbres en Afrique et dans le monde demeurent sans origines dans le pays de Soundiata. Lors du jugement de Moussa Traoré, pour crimes de sang, Mme Manassa Danioko, alors Procureur de la République a eu l’outrecuidance de rappeler, lors du procès que celui-ci n’était pas Malien ? Le temps n’est pas loin encore dans les mémoires quand Alpha Oumar Konaré, fraîchement élu à la magistrature suprême, a réservé ses premières visites à l’intérieur du Mali dans le cercle de Tominian.
A Tominian, Alpha a laissé sa délégation pour se retrouver en brousse face à des forgerons. Les forgerons de cette localité n’ouvrent leur foyer qu’à un forgeron comme eux.
Concernant Amadou Toumani Touré, il y a des choses «tues» ou «cachées» qui sont énormes. Alpha avait nommé aux rênes de l’Etat un bonasse écuyer rompu dans les luttes clandestines. Le jugement de ceux qui connaissaient l’homme n’a pas tardé : «il ne peut pas être à la hauteur de la mission, non pas qu’il ne pouvait avoir une bonne intelligence des équations de développement, mais parce qu’il était un «homme de main», «un fils de corde», autrement dit un esclave qui durant toute sa vie n’a été conditionné que pour recevoir des ordres. Et l’histoire retient les conditions dans lesquelles il a été contraint de rendre le tablier.”
Dans un contexte de tiraillement entre conservateurs et contemporains, il y a lieu de bien réfléchir sur le choix du futur président. Pendant l’accession de notre pays à l’indépendance, des familles ont trahi le Mali pour s’allier à la France. Cette trahison fait encore vivre ces gens et leur famille. Le temps est venu de dénoncer ses familles.
Safounè KOUMBA

« Si le Mali est de bonne foi, on le verra », a lâché un responsable de la délégation touareg | Mali Actualités

« Si le Mali est de bonne foi, on le verra », a lâché un responsable de la délégation touareg | Mali Actualités

lundi 24 juin 2013

Malijet Edito : Le MNLA et le HCUA récusent le Colonel Gamou Mali Bamako

Malijet Edito : Le MNLA et le HCUA récusent le Colonel Gamou Mali Bamako
Après la signature de l’Accord préliminaire à l’élection présidentielle et aux pourparlers inclusifs de paix au Mali, signé le 18 juin dernier à Ouagadougou, entre d’une part le gouvernement du Mali et d’autre part par le MNLA et le HCUA, place à la Commission technique mixte de sécurité. Celle-ci est prévue à l’article 8 de l’Accord.
Elle est composée de 4 représentants des forces de défense et de sécurité du Mali, autant pour les groupes armés signataires, 1 de la MISMA / MINUSMA, 1 pour la Force Serval, 1 du Médiateur, 1 du Médiateur associé de la CEDEAO et, enfin, 1 pour l’Union Africaine. Sa mission est, entre autres, d’observer le cessez-le-feu, d’élaborer, dans les meilleurs délais possibles suivant la signature de l’Accord, les modalités du cessez-le-feu, incluant notamment les arrangements sécuritaires; le cantonnement et le désarmement des groupes armés du Nord du Mali ainsi que le redéploiement effectif des forces de défense et de sécurité du Mali.
Cette commission, présidée par la MISMA / MINUSMA, est déjà à pied d’œuvre pour permettre à l’armée de s’installer confortablement à Kidal et d’y faire flotter le drapeau malien. Seulement voilà: les groupes armés de Kidal récusent déjà la présence du Colonel Elhadj Gamou, qualifié de «traitre» par les bandits armés. Ils l’accusent également d’être l’un des mobiles du conflit qui a éclaté en janvier dernier.
En effet, les groupes terroristes de Kidal avaient, dans leur dessein criminel, réussi à faire muter tous ceux qui les dérangeaient à Kidal. C’est ainsi que, par naïveté, le régime défunt a accepté faire partir le Gouverneur d’alors, Alhamdou Ag Ilyène, récemment nommé Ambassadeur au Niger. Le Colonel Gamou avait quant à lui été muté à la Présidence de la République comme Chef d’Etat-major particulier adjoint.
Aujourd’hui encore, le MNLA et son jumeau du HCUA s’apprêtent à remettre ça. Il revient donc aux représentants maliens au sein de cette Commission mixte d’être fermes. Si une unité de l’armée malienne doit entrer à Kidal, cela ne pourra être que celle qui est basée à Anefis depuis le 8 juin. Il s’agit donc des hommes du Colonel Gamou et du Colonel Didier Dakco.
Il ne revient à personne au sein de la Commission de s’ingérer dans les affaires internes de l’armée pour récuser qui que ce soit. Pourquoi ont-ils peur de Gamou? Parce qu’il connait Kidal comme eux? Ils ont certainement peur de lui parce qu’ils ont caché des djihadistes dans leurs familles, lesquels ne sont ni MNLA ni HCUA. Il sera donc facile de les démasquer.
Le cessez-le feu ne signifie pas que l’armée nationale sera cantonnée comme les rebelles. Elle est sur son territoire et doit patrouiller normalement. Les personnes suspectes devront être arrêtées, à commencer par Alghabass Ag Intallah, signataire de cet Accord préliminaire, parce que concerné par un mandat d’arrêt international émis par la justice malienne.
Vivement donc que l’armée entre à Kidal pour terminer cette première phase des négociations.
Chahana Takiou
Source: 22 Septembre

Malijet Accord intermalien : Quels dividendes politiques Blaise peut-il en tirer ? Mali Bamako

Malijet Accord intermalien : Quels dividendes politiques Blaise peut-il en tirer ? Mali Bamako
Par 4 réactions
Taille de la police: Decrease font Enlarge font
Accord intermalien : Quels dividendes politiques Blaise peut-il en tirer ?
Trois jours après la dure opération obstétricale qui a donné naissance à l'Accord politique de Ouagadougou, le pouvoir malien est en train de se préparer sur les modalités du déploiement de l'armée à Kidal.Le président Dioncounda Traoré est, en effet, en conclave avec la hiérarchie militaire pour arrêter la matrice d'une cohabitation à risque entre 4 groupes dans cette localité septentrionale : le MNLA, l'armée française, les éléments de la MINUSMA et ceux de la MISMA.

Autant dire qu'après la signature du document dans la capitale burkinabè, on trace à présent, avec tact, les linéaments de la mise en œuvre de ce modus vivendi.

Mais comme on l'a déjà mentionné, il va de l'Accord de Ouaga comme de tout autre Accord : c'est à l'épreuve du terrain que l'on mesure la solidité du consensus et la volonté des protagonistes de s'y conformer. Autant dire qu'en l'espèce, le plus difficile reste à venir au regard de la ligne de feu et de haine qui sépare Bamako de Kidal.

En attendant de connaître ce qu'il adviendra de ce document, s'il y a bien une personne qui peut légitimement estimer qu'il a remporté une victoire, certes, d'étape, mais une victoire tout de même, c'est bien le médiateur attitré de la CEDEAO, Blaise Compaoré.

Après le Niger dans les années 90, le Togo en 2005, la Côte d'Ivoire en 2006, la Guinée en 2010, c'est au tour des Maliens d'aboutir à une solution médiane dont l'artisan principal est le président du Faso.

Un Blaise Compaoré qui, in petto, boit du petit lait quand il ressasse les péripéties qui ont jalonné l'avènement de cet accord, tel par exemple ce sommet extraordinaire de la CEDEAO à Yamoussoukro, au cours duquel ses homologues béninois et ivoirien étaient partisans de la politique du bâton alors que lui, sans doute instruit par son leg militaire, tempérait les ardeurs de ces va-t-en- guerre. Moralité de cette prudence décriée à l'époque par certains, dont des souverainistes maliens qui brûlaient d'envie de se revancher d'un des groupes armés : on ne combat pas "les hommes bleus" comme dans une guerre conventionnelle.

Il aura eu le nez creux, et quoi qu'on dise, sa stature de médiateur sous-régional est établie, même s'il faut attendre dans le cas malien, de voir si les jointures de cet accord tiendront la route, jalonnée d'obstacles de toute nature.

Alors, nimbé d'une nouvelle victoire diplomatique, à quels dividendes le maître de Kosyam peut-il s'attendre ? Sans doute il n'hésitera pas, et c'est de bonne guerre, à marchander toutes ces nuits sans sommeil dans les sables mouvants du Mali septentrional. Un retour sur investissement, comme on le dit dans le milieu des affaires. Mais à quelles fins?

A l'extérieur, Blaise Compaoré sort auréolé faiseur de paix, et fera sans doute peser la voix du Burkina dans certaines instances surtout en matière de sécurité sahélo-saharienne.

De façon institue personae, le chef de l'Etat burkinabè étoffe sa carapace de leader sous-régional, ce que jalousaient sans doute certains de ses pairs qui auraient préféré le voir ici en treillis militaire plutôt que dans la tunique d'apôtre de la paix.

Va-t-il captaliser tous ces acquis politiques et diplomatiques pour s'ouvrir davantage les portes de médiateur international estampillé "ONU" par exemple, au terme de son ultime mandat dont l'échéance est prévue pour 2015 ? Ou plutôt va-t-il, comme le suspectent d'aucuns, s'en servir auprès de la Communauté internationale, la France en particulier, à des desseins politiques au plan national ?

Car les victoires gagnées à l'extérieur valent également leur pesant d'or à l'interne. Elles peuvent naturellement servir des causes politiques, tout dépend dans quelle direction on veut aller.

Eligible, mais non encore élu, au prix Houphouët-Boigny, Blaise devrait être, selon certains, sur la liste des lauréats de cette distinction, mais pas sur ceux du suédois Alfred, "hors de sa portée à cause de son passé", selon ses contempteurs. Bref, cette médiation réussie semble être pain bénit pour "l'apôtre de la paix", qui savoure sa satisfaction face à ceux qui la qualifiait de la médiation de trop.

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana

Source: L’Observateur.bf

Le prochain président de la République du Mali « corseté » par la communauté internationale. - leFaso.net, l'actualité au Burkina Faso

Le prochain président de la République du Mali « corseté » par la communauté internationale. - leFaso.net, l'actualité au Burkina Faso
samedi 22 juin 2013

Il flotte dans l’atmosphère de Ouaga une ambiance de lendemain de résultats d’examen. Des jours de stress, puis vient l’épreuve et, enfin, l’annonce du résultat. Certes, les Ouagalais se soucient peu de ce qui s’est passé le mardi 18 juin 2013 à Ouaga 2000. Mais du côté des commentateurs, il y a une réelle satisfaction.

Réagissez à cet article Réagissez

Le prochain président de la République du Mali « corseté » par la communauté internationale.Le Pays, quotidien privé qui ne se prive pas d’être critique à l’égard du pouvoir, donne le ton dans son édito de ce matin (jeudi 20 juin 2013) : « Franchement, dans cet épineux dossier malien avec son faisceau de contradictions, on craignait que le Médiateur de la Cédéao, le président Blaise Compaoré, n’y perde son âme. Finalement, avec les Accords durement négociés et signés le 18 juin, à Ouagadougou […] on peut dire qu’il s’en tire bien. Reconnaissons-le, personne ne pariait sur la réussite de cette médiation burkinabè, car tout le monde pensait qu’elle tournerait rapidement à l’échec. Blaise Compaoré enregistre, avec ces Accords intermaliens, une victoire diplomatique personnelle ».
Reste que, comme l’affirme le titre de l’édito du Pays, « le plus dur commence ». D’autant que la situation que connaît désormais le Mali ne ressemble à aucune autre. Cet accord intervient 40 jours avant la tenue de la présidentielle du 28 juillet 2013. Si tout se déroule bien d’ici là, si l’élection peut avoir lieu sans drame, si un candidat est élu sans contestation, le vainqueur se trouvera dans une situation inédite : il aura à mettre en œuvre un accord à l’élaboration duquel il n’aura pas participé mais qui le contraint ; et il devra assurer, dans un délai de soixante jours, l’organisation de pourparlers de paix. Il aura hérité tout cela de son prédécesseur, en l’occurrence Dioncounda Traoré, qui, lui, n’aura été qu’un président de la République par intérim. On pourrait penser qu’une fois élu le nouveau chef de l’Etat veuille envoyer balader tout cela. Après tout, il aura une légitimité que Traoré n’a pas et pourrait ne pas se sentir engagé par « l’accord préliminaire ».
Ce n’est pas impensable mais impossible. Et on imagine mal, tout autant, qu’un candidat puisse faire campagne sans intégrer dans son programme cet accord ; on imagine mal, aussi, que cet accord puisse être contesté, dans son bien fondé, par quiconque. « L’accord préliminaire » est un corset qui va obliger le prochain président de la République à tenir la ligne qui a été fixée le 18 juin 2013 à Ouagadougou. La question se pose même de savoir comment l’opposition, qui va reprendre des couleurs dès les résultats de l’élection présidentielle dans la perspective des élections législatives, pourra se positionner vis-à-vis de cet accord.
Autrement dit, Traoré aura eu, finalement, le temps de son séjour à Koulouba, plus de marge de manœuvre que n’en aura son successeur. Non pas que « l’accord préliminaire » s’impose à tous à la façon d’un traité (ce n’est, après tout, que le résultat d’une médiation internationale) mais parce que les parrains en sont l’UA, l’UE et l’ONU. Et qu’à la clé il y a les 3,25 milliards d’euros promis par la « communauté internationale » et dont la mise en œuvre sera conditionnée par les actions politiques sur le terrain malien. Ceux qui ont un doute et pensent encore que le Mali sera un Etat pleinement souverain au lendemain de la présidentielle du 28 juillet 2013 auraient dû écouter la déclaration de François Hollande, depuis la réunion du G8 en Irlande du Nord, dès lors qu’il a appris la signature de « l’accord préliminaire » : après avoir noté que les puissances mondiales avaient salué « le succès de l’initiative de la France », il a déclaré : « C’est très important de réussir l’opération politique concernant le Mali ». Hollande n’a rien dit de ce qu’était, selon lui, cette « opération politique »*. Mais cinq mois après le lancement de « Serval », voilà Paris engagé dans l’imbroglio politique malien. Il ne faut pas s’en étonner. Blaise Compaoré, lors de la cérémonie du 18 juin (cf. LDD Burkina Faso 0367/Mardi 18 juin 2013) a rappelé la part de la « communauté internationale » dans l’aboutissement de « l’accord préliminaire ». A l’issue de la signature de cet accord, il n’a pas manqué de souligner : « Nous vivons dans le même espace et […] nous devons nous organiser pour vivre cet espace ensemble ». Autrement dit, pas question de « lâcher les baskets » du prochain président malien.
C’est d’ailleurs ce que dit l’accord. Il établit clairement qu’il y a un « avant » et un « après ». Et que le passage de l’un à l’autre se fera à l’issue de la présidentielle. « Avant », c’est tout mettre en œuvre pour réussir l’élection : arrêt des hostilités ; cessez-le-feu ; cantonnement ; désarmement. « Après », c’est l’organisation des pourparlers de paix et la participation à la lutte contre le terrorisme. Et pour encadrer tout cela, il y a « Serval » (on sait que Paris a décidé de ne pas retirer ses troupes aussi rapidement que prévu initialement), MISMA puis, prochainement, Minusma (le comité technique de sécurité MISMA/Minusma s’est réuni dès la signature de « l’accord préliminaire », le 18 juin 2013, à l’hôtel Laïco). C’est le « corset » militaire ; le bras armé de la « communauté internationale » ! Précisons que certains organes de l’accord seront implantés au Nord, notamment à Gao et Anefis (où l’armée malienne a affronté le MNLA le 5 juin 2013). Autrement dit : là où les choses se passent.
Pour le reste, le Comité de suivi et d’évaluation va permettre aux pays partenaires et aux institutions régionales, continentales et internationales de « mettre leur nez » dans les affaires maliennes. Ajoutons à cela que les 3,25 milliards d’euros sont accordés « sous condition » et avec un mécanisme qui permettra de juger du bien fondé de leur utilisation. C’est dire que le prochain président de la République sera sous tutelle. New York, Paris, Ouagadougou et les « 3 N » (Nouakchott, Niamey, N’Djamena) ont pris la mesure du risque de déstabilisation de l’Afrique de l’Ouest par les « islamistes » et les « terroristes ».
Blaise l’a dit clairement dans son discours du 18 juin 2013 : il s’agit que la « nation malienne [soit] mobilisée pour enrayer les fléaux de l’extrémisme religieux, du terrorisme, des trafics illicites et de la criminalité transfrontalière ». Il y a des années qu’on dénonce le laxisme de Bamako en la matière ; cela a été source de tensions entre Amadou Toumani Touré et ses pairs. Ce ne sera pas le cas avec le prochain président de la République qui va devoir faire la démonstration que son pays est apte à faire face aux menaces terroristes et mafieuses ; ce qui, du même coup, l’obligera à éradiquer les réseaux qui irriguent la classe politique malienne et le monde du business.
Un président sous tutelle face à une opposition qui aura les coudées libres (y compris de dénoncer un « gouvernement fantoche »), cela risque fort d’animer le débat « politique » à Bamako. Et le nouvel élu serait bien inspiré d’organiser une « conférence nationale » qui permette au pouvoir et à l’opposition de se mettre d’accord sur un « pacte de non-agression » concernant les fondamentaux républicains. Quoi qu’il en soit, cette situation ne décourage pas les candidats. Il est vrai que la présidentielle 2013 est une des plus ouvertes de l’histoire électorale malienne : pas de « sortant », pas d’homme providentiel, pas de candidat naturel…
Et dix-huit mois de crise n’auront pas permis l’émergence d’un homme politique nouveau. Parmi la bonne vingtaine de candidats annoncés, il y a donc une flopée de « vieux chevaux de retour » : Ibrahim Boubacar Keïta, Soumaïla Cissé, Modibo Sidibé, Soumeylou Boubeye Maïga…, Tiébilé Dramé bien sûr et quelques autres. C’est sans doute pourquoi l’ADEMA-PASJ, qui a illustré la vie politique du Mali depuis plus de vingt ans, a choisi un « quadra » qui veut être l’illustration d’un « passage des générations » : l’ingénieur des mines Dramane Dembélé. Un pari sur l’avenir !
* Deux éléments jouent en faveur d’une « opération politique » à la suite de l’opération militaire « Serval ». D’abord, en intervenant militairement du côté de Konna le 11 janvier 2013, Paris a changé la donne géopolitique et doit donc en assumer les conséquences. Ensuite, le bien fondé de cette intervention militaire – qui a fait, jusqu’à présent, la quasi unanimité en France – dépend du bon déroulement de la présidentielle du 28 juillet 2013 et de la mise en place des pourparlers de paix. Sinon, la France est condamnée à rester présente militairement au Mali pour de longues années ; et elle n’en n’a pas les moyens.
Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

Blaise Compaoré lance son « appel du 18 juin » à tous les Maliens pour construire la paix (1/2) - leFaso.net, l'actualité au Burkina Faso

Blaise Compaoré lance son « appel du 18 juin » à tous les Maliens pour construire la paix (1/2) - leFaso.net, l'actualité au Burkina Faso
samedi 22 juin 2013

Mardi 18 juin 2013. « Date mémorable » pour le représentant du gouvernement malien ; « geste historique » pour le représentant de l’UA. Blaise Compaoré ne pouvait pas ne pas y penser. Dans son allocution de conclusion de « la cérémonie de signature de l’accord préliminaire à l’élection présidentielle et aux pourparlers inclusifs de paix au Mali », à deux reprises, il a évoqué un « appel ».

Réagissez à cet article Réagissez (1)

Blaise Compaoré lance son « appel du 18 juin » à tous les Maliens pour construire la paix (1/2)Celui qui a été « entendu » par tous les acteurs et qui a permis d’aboutir à « un acte historique pour le Mali, la région et la communauté internationale ». Celui qu’il a lancé « à tous les Maliens pour construire la paix ». Ce discours était-il préparé ? Je ne le pense pas. L’officiel avait été prononcé un peu auparavant, à l’issue de la signature de l’accord avec le MNLA et le Haut Conseil de l’Azawad. Celui de « l’appel » est intervenu un peu plus tard, à la suite d’une seconde cérémonie, cette fois avec le Mouvement arabe de l’Azawad (MAA) et la Coordination des mouvements des forces patriotiques de résistance du Mali qui, conformément à l’article 24 de l’accord préliminaire, ont accepté, « sans condition », d’y adhérer. L’essentiel avait été fait auparavant.
Cette seconde étape, quelque peu bricolée et improvisée, pour ne pas dire instrumentalisée, a été l’expression d’un événement majeur : l’éviction de Tiébilé Dramé en tant que chef de la délégation du gouvernement de Bamako, remplacé par le ministre de l’Administration territoriale, une passation de pouvoir qui passera pourtant quasiment inaperçue. Mais pour comprendre ce qui s’est passé en ce jour de « l’appel du 18 juin », il faut reprendre la chronologie de cette journée historique.
Il apparaissait, d’emblée, que la situation avait évolué après les atermoiements qui avaient suivi le week-end du 8-9 juin 2013. Djibrill Y. Bassolé avait été dépêché à Bamako, où il avait été accueilli par son homologue, le ministre des Affaires étrangères qui, longtemps, avait été l’interlocuteur de Ouaga sur ce dossier : Tieman Coulibaly, avant de s’entretenir avec le président par intérim Dioncounda Traoré. A Vienne, où il séjournait alors, Blaise avait dit ce qu’il avait à dire : Bamako devait prendre conscience des réalités ; autrement dit : sans sa médiation, la junte serait toujours au pouvoir et Traoré n’aurait pas pu appeler au secours la France le 10 janvier 2013 face à l’offensive des « islamistes ».
Ceci étant rappelé avec fermeté (cf. LDD Burkina Faso 0366/Lundi 17 juin 2013), Dramé, qui avait rejoint Bamako au soir du 10 juin, était revenu à Ouaga dans de meilleures dispositions. Faisant amende honorable, étant dans les « meilleures dispositions », reconnaissant les « louables efforts » de la médiation. Le boulet n’était pas passé loin : lassé de ses tergiversations, Ouaga avait menacé de suspendre sa médiation. Rappelé à l’ordre, aux réalités politiques et militaires par la médiation et la « communauté internationale », Bamako s’est rendu à Ouaga comme on va à Canossa.
Dès ce matin du mardi 18 juin 2013, il était donc annoncé que la signature de l’accord aurait lieu officiellement à Ouaga 2000 à 16 h. La presse était en place à 15 h 30. Les représentants des organisations Touareg sont arrivés rapidement. Emmanuel Beth, l’ambassadeur de France, avait, lui, le sourire. Soulagé. « Ils sont tous très durs, me confie-t-il au passage. Notamment à Bamako. Mais ça va mieux ». Bassolé ne tarde pas non plus à arriver. « C’est maintenant que ça commence » me dit-il au passage. Autrement dit : le plus délicat sera la mise en œuvre effective de l’accord préliminaire.
Il règne dans la salle polyvalente de Ouaga 2000, située dans l’enceinte du palais présidentiel, une ambiance de fête de fin d’année scolaire à l’occasion de la remise des prix. Les hauts parleurs diffusent de la musique. Mohamed Sanné Topan, ambassadeur du Burkina Faso à Bamako, arrive avec dans les bras les parapheurs contenant le texte de l’accord préliminaire. Par rapport à la cérémonie du samedi 8 juin 2013, on note la présence de plusieurs officiers supérieurs de la MISMA/Minusma ainsi que du chargé de presse de la Minusma (qui me confond avec François Soudan, le directeur de la rédaction de Jeune Afrique, mais il n’est pas le premier). Il y a aussi bien plus de diplomates que pour le lancement de la négociation. A 16 h 10, il manque toujours la délégation malienne. « Mais comme certains sont là, on se dit que… », me glisse un des acteurs de la journée. Dramé arrive enfin. Il est déjà en campagne présidentielle et ne manque pas de saluer, un à un, les journalistes maliens qui ont fait le déplacement. La salle est pleine ; on rajoute des sièges.
Discrètement, le colonel Moussa Sinko Coulibaly a fait son entrée. Sans susciter de mouvement particulier parmi les nombreux photographes présents. Il est l’invité inattendu. L’homme de la vingt-cinquième heure. Ce quadra est membre du gouvernement depuis le 20 août 2012. Nommé par Cheick Modibo Diarra. Il était auparavant directeur de cabinet du président du CNRDRE, autrement dit du capitaine Amadou Haya Sanogo. Coulibaly a un parcours militaire exceptionnel pour ce qui est de la formation : Kati, La Fèche, Saint-Cyr, Angers, Accra, Yaoundé. Avant le coup de force de Sanogo, il était directeur de l’instruction à l’Ecole de maintien de la paix, poste auquel il avait été nommé en 2010. Paris le connaît bien. Il est, étant ministre de l’Administration territoriale, l’interface pour ce qui est de l’organisation de l’élection présidentielle ; et Laurent Fabius a eu plusieurs fois l’occasion de s’entretenir avec lui à Bamako et… ailleurs.
A 16 h 20, le président du Faso peut enfin faire son entrée. Tout va très vite. Les parapheurs circulent pour la signature : côté gouvernemental, côté MNLA/HCA. C’est enfin le tour des médiateurs et des témoins. Poignées de main entre les différents protagonistes. Les diplomates et les militaires se lèvent pour immortaliser la scène. Vingt minutes se sont écoulées. Bassolé peut entamer la lecture de l’accord préliminaire. Qui va durer une bonne demi-heure. Le président du Faso va alors donner la parole aux acteurs de cette opération. Coulibaly tout d’abord. Qui évoque un « Mali nouveau » et une « date mémorable » pour son pays et pour l’Afrique puisque ce texte doit être fondateur de « la réconciliation des Maliens entre eux et avec eux », ce qui laisse penser que la déchirure n’est pas seulement Nord/Sud mais également interne. Du côté des représentants des Touareg ont mettra l’accent sur « le vivre ensemble », la reconnaissance de « la diversité culturelle », la nécessité de « tourner la page de la haine ». Etonnamment, un appel « particulier » sera lancé aux Etats-Unis.
Le représentant du président nigérian (médiateur associé dans ce dossier) saluera cet accord qui doit déboucher sur une paix durable. Celui de l’ONU sera plus prolixe et plus concret. C’est une signature « importante et cruciale », une « avancée significative dans le processus de stabilisation » ; il évoque le « courage » et la « détermination » des acteurs de cet accord mais souligne que ce n’est « qu’un premier pas ». Il faut « donc se tourner vers l’avenir », autrement dit être fidèle « dans la lettre et dans l’esprit » au texte signé. Il rendra hommage à Pierre Buyoya, le représentant de l’UA, et à Bassolé ; et rappellera que le 25 juin se tiendra à New York une nouvelle réunion sur le Mali. « Cette fois, ça doit réussir », conclura-t-il.
Buyoya fera court : c’est un « geste historique » qui permet une « sortie de crise » ; reste à mettre en application l’accord signé, ce qui nécessitera « courage et volonté politiques ». Le représentant de l’UE notera que c’est « le Burkina Faso qui a créé les conditions pour déboucher sur ce processus » tandis que les Maliens ont été capables de « surmonter leurs divergences » ; mais, ajoute-t-il, « le plus important, c’est ce qui reste à faire » : la mise en place d’un « processus qui suscite beaucoup d’attentes ».
Il est 17 h 30. C’est au président du Faso de prononcer son discours de clôture. On pense que la journée est terminée et que tout est réglé. Ce n’était pas tout à fait vrai.
Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

Blaise Compaoré lance son « appel du 18 juin » à tous les Maliens pour construire la paix (2/2) - leFaso.net, l'actualité au Burkina Faso

Blaise Compaoré lance son « appel du 18 juin » à tous les Maliens pour construire la paix (2/2) - leFaso.net, l'actualité au Burkina Faso
samedi 22 juin 2013

Mardi 18 juin 2013. 17 h 30. Blaise Compaoré prononce son discours de clôture de « la cérémonie de signature de l’accord préliminaire à l’élection présidentielle et aux pourparlers inclusifs de paix au Mali ». C’est un discours plus politique que protocolaire. Blaise sait que, comme venait de me le dire Djibrill Y. Bassolé, « c’est maintenant que ça commence ».

Réagissez à cet article Réagissez

Blaise Compaoré lance son « appel du 18 juin » à tous les Maliens pour construire la paix (2/2)S’il en souligne le « caractère équilibré, réaliste et pragmatique », il note ses deux aspects essentiels. 1 - c’est d’abord un accord en vue de la « tenue de l’élection présidentielle » ; 2 - « il ouvre la voie à des pourparlers inclusifs visant l’établissement d’une paix définitive, la sécurité sur toute l’étendue du territoire national, la réconciliation de la nation malienne avec elle-même, l’avènement et la consolidation d’une bonne gouvernance dans toutes ses composantes politique, économique, sociale et culturelle, vecteur de développement et de bien-être partagés ».
C’est une vraie feuille de route pour l’ensemble de la classe politique malienne ; mais ce n’est pas là l’essentiel. L’essentiel sera dit quelques instants plus tard : « Le processus de sortie de crise par le dialogue que vous venez de matérialiser à travers le présent accord doit consolider et accélérer la dynamique d’édification d’une nation malienne prospère, riche de sa diversité, de son unité et de sa cohésion, d’une nation malienne mobilisée pour enrayer les fléaux de l’extrémisme religieux, du terrorisme, des trafics illicites et de la criminalité transfrontalière ». C’est reconnaître-là que la crise malienne a bien deux aspects.
Deux aspects soulignés par Blaise Compaoré lors de son point de presse à Vienne (cf. LDD Burkina Faso 0366/Lundi 17 juin 2013). Un double aspect bien oublié ces dernières semaines alors que l’attention est focalisée sur la négociation au sujet de Kidal, autrement dit la question Touareg. La région est confrontée à une situation sécuritaire difficile qui s’est aggravée non seulement du fait de l’impéritie du gouvernement de Bamako à l’égard de la situation qui prévalait dans le Nord-Mali mais également des « accommodements » (on pourrait même dire la « connexion ») entre certaines des « élites » du Nord et du Sud avec les… « islamistes radicaux », les « terroristes », les « mafieux ».
Il s’agit donc de changer la donne politique au Mali. Et ne pas penser que Bamako pourra perpétuer demain les pratiques d’hier une fois que l’élection présidentielle aura été organisée. Blaise Compaoré le dit fermement. Son discours est une « exhortation ». Et la « forte mobilisation de la communauté internationale » vient en renforcer l’impact. Il rappelle ainsi que, si la médiation a été menée sous la responsabilité des Burkinabè, l’UA, l’UE, l’OCI, l’ONU lui « ont apporté un appui constant et multiforme ». Il fait même référence à l’engagement de l’Ivoirien Alassane D. Ouattara, président de la Cédéao, et du Nigérian Goodluck Jonathan, médiateur associé, dont « l’engagement personnel » a permis « la réussite de cette mission ».
Il ajoute dans cet éloge le nom de Dioncounda Traoré et il sera le seul, tout au long de cette cérémonie, à faire référence au président par intérim de la République du Mali. Ce qui est aussi une façon de le placer en face de ses responsabilités. On ne peut pas être plus clair ? Si, et le président du Faso va également citer, sans en privilégier aucun, les Etats « dont l’implication à nos côtés à permis d’atteindre les objectifs que nous nous sommes assignés » : Algérie, France, Mauritanie, Niger, Tchad et Suisse. Il est 17 h 40. Bassolé arbore un énorme sourire de soulagement. Emmanuel Beth, l’ambassadeur de France (dont on dit qu’il est en fin de mission), me dit : « ça va mieux ; maintenant, c’est fini ». Tiébilé Dramé qui, depuis plusieurs semaines, en tant que conseiller spécial du président malien a été l’interlocuteur de la médiation et de la « communauté internationale », est assailli par une foule de journalistes.
Depuis qu’il a pris ses habitudes à Ouaga, il s’est imposé comme l’homme incontournable. Il poursuit dans ce rôle, évoquant « un tremblement de terre pendant dix huit mois », alors qu’il apparaît comme le « dindon de la farce » de cette cérémonie : aucun des intervenants n’a prononcé une seule fois son nom et après avoir été sur le devant de la scène le voilà remis dans la coulisse du fait de l’irruption inattendue du colonel Moussa Sinko Coulibaly, certes ministre de l’Administration territoriale (et à ce titre directement concerné par la présidentielle de juillet 2013), mais aussi un proche de l’ex-chef de la junte, le capitaine Sanogo… !
Faut-il parler d’éviction ou de mise sur la touche de Dramé ? On évoque son intransigeance, son absence le vendredi 7 juin 2013 qui a obligé à reporter la cérémonie d’ouverture (cf. LDD Burkina Faso 0362/Vendredi 7 juin 2013), son impréparation, le lendemain, alors qu’on s’attendait à une intervention structurée, son retour inattendu à Bamako le lundi 10 juin 2013, son retour « Inch Allah » à Ouaga qui n’aura lieu qu’en fin de semaine après que Bassolé ait rejoint Bamako pour mettre les pendules à l’heure burkinabè. Candidat à la présidentielle 2013, Dramé a pris en compte l’état d’esprit régnant à Bamako : homme de la médiation, il risquait d’apparaître comme l’homme de la capitulation face aux Touareg, abhorrés par la population depuis le massacre d’Aguelhok, en janvier 2012. Mais, manifestement, cette situation n’était pas perçue par les « spectateurs » de la cérémonie du 18 juin 2013.
Alors qu’on pensait la journée terminée, Dramé va réapparaître dans le scénario. Pas dans son meilleur rôle. L’article 24 de l’accord préliminaire stipule que tous les « groupes armés » qui s’y reconnaissent peuvent y adhérer s’ils s’engagent « à respecter toutes ses dispositions sans condition ». Blaise Compaoré avait souligné que c’était une « vertu cardinale de l’accord ». A 18 h, après une brève interruption de séance, MNLA et Haut Conseil de l’Azawad vont céder la place au Mouvement arabe de l’Azawad (MAA) et à la Coordination des mouvements des forces patriotiques de résistance du Mali. Ils étaient apparus à Ouaga alors que la phase finale de la médiation était entamée. La presse avait évoqué des « groupes retardataires ». Dans l’après-midi du 8 juin 2013, ils seront reçus par le président du Faso. Sans que l’on sache vraiment qui ils étaient ni ce qu’ils représentaient.
Ahmed Ould Sidi Mohamed, secrétaire général du MAA, avait d’ailleurs considéré qu’il s’agissait « plutôt d’une prise de contact avec le médiateur qui, apparemment, est de bonne fois, en nous conviant* ». Me Mohamed Bady, coordonnateur du MAA, était tout autant incertain dans ses déclarations : « A l’issue des négociations, nous verrons si nous allons prendre part ou non à l’élection prévue pour bientôt* ». On ne peut pas être plus désobligeant. A en croire la rumeur, ces groupes seraient inféodés à Dramé qui entendait ainsi ne pas avoir, face à lui, que le MNLA et le HCA, les « durs » du Nord.
Voilà donc les « retardataires » appelés à partager le repas pris en commun. Autrement dit à adhérer à l’accord préliminaire. Lecture par Bassolé de cet acte d’adhésion. Parole aux deux groupes qui se disent « groupes armés non terroristes non indépendantistes ». L’intervenant rend hommage à l’action de Tiébilé Dramé. On lui signale que le représentant du gouvernement est le ministre de l’Administration territoriale. Ah, il « n’avait pas constaté sa présence » mais le trouve très bien aussi. On pense rêver. Mais non. Fin d’intervention. Blaise va alors poser la question : une seule intervention pour les deux groupes ? Oui, affirme Ahmed Ould Mohamed, secrétaire général du MAA, qui n’est pas intervenu ; il se reprend et dit qu’au sujet du « respect sans condition » de l’accord, il a « un complément » à apporter. Il le cherche, ne le trouve pas ; ses collaborateurs non plus. Cela tourne au gag. Il s’arrête là. Ouf. Il est 18 h 20. Le président du Faso peut lancer son « appel du 18 juin ».
* Propos recueillis par Alban Kini, Sidwaya du 10 juin 2013.
Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique

La France et nous

La France et nous



Négociations de Ouaga: Pourquoi l’Etat doit s’abstenir d’envoyer l’armée à Kidal avant un accord global et définitif

Analyse des résultats et perspectives par le Bloc d’Intervention Populaire et pacifique pour la Réu...




  • Négociations de Ouaga: Pourquoi l’Etat doit s’abstenir d’envoyer l’armée à Kidal avant un accord global et définitif

    Dimanche, 23 Juin 2013
    Publish In:Actu
  • Mali: le MNLA pose des mines aux entrées de Kidal

    Vendredi, 21 Juin 2013
    Publish In:Actu
  • Dioncounda Traoré poursuit ses consultations sur l’avenir politique du Mali

    Vendredi, 21 Juin 2013
    Publish In:Actu
  • Militaires maliens et rebelles préparent le retour de l’armée à Kidal

    Jeudi, 20 Juin 2013
    Publish In:Actu


La France et nousImprimerEnvoyer
Lundi, 17 Juin 2013
Les interventions françaises, d’abord diplomatiques aux Nations Unies en septembre 2012 pour l’adoption d’une résolution en faveur du Mali, et surtout militaires sur le territoire malien depuis janvier 2013 suite à l’attaque de Konna dans la région de Mopti perpétrée par les jihadistes et narcotrafiquants, ont soulevé une vague de liesse, de grande estime et de reconnaissance envers la France et son président François Hollande.
Ces sentiments sont demeurés intacts durant tout le temps de l’opération Serval qui a abouti à la libération des principales villes des zones occupées et, en collaboration avec les troupes tchadiennes, à l’anéantissement des terroristes narcotrafiquants et jihadistes dans leur réduit des grottes de Tegharghar dans la région de Kidal.
Partout au Mali, à Bamako comme à l’intérieur du pays, des drapeaux français fleurissaient à côté des étendards maliens. On achetait drapeaux malien et français. Jamais l’un sans l’autre ! C’était de mode que d’arborer de façon ostentatoire les étendards malien et français sur les voitures, les motos, les bicyclettes et autres tricycles ainsi dans les cafés, bars, restaurants, etc.
Un jour, pendant que j’étais arrêté à un feu tricolore, un jeune homme vint me proposer les deux drapeaux. Je pris le nôtre et m’en tins à lui. Le jeune homme interloqué me demanda :
Et le drapeau français, mon père ?
Mon fils, je dis merci à la France, mais ma confiance en elle est peut-être moindre que celle que vouerait une souris à un chat. Je me contente du drapeau malien, tu le comprendras plus tard.
Malheureusement, l’histoire est en train de me donner raison. Entre la France et nous, c’est comme on le dit « je t’aime moi non plus ». Sinon comment comprendre l’attitude du gouvernement français dans cette affaire de Kidal ? Doit-on être étonné de cette position laxiste voire de complicité vis-à-vis du Mnla (Mouvement National de Libération de l’Azawad) ? Pour les Maliens de notre génération, qui ont eu à apprendre l’histoire de la France et particulièrement celle de sa conquête coloniale et les péripéties qui ont conduit à l’indépendance des Etats de l’Afrique francophone, notamment ceux de l’Afrique de l’ouest, l’attitude française ne prête point à surprise.
En effet, s’il existe une constance dans la politique française à l’égard des pays colonisés et ex-colonisés, c’est celle de « diviser pour régner ». Une politique vieille comme le monde. Sans entrer dans les détails, nous avons souvenance de certains faits qui ont illustré la conquête du Soudan Occidental, aujourd’hui Mali : exacerbation du conflit entre Samori Touré et les frères Tièba et Babemba Traoré du Kenedugu ; attisement des conflits entre Toucouleurs et Bamana, entre Bamana (on s’allie au beledugu pour anéantir wesebugu), entre Kunta et leurs alliés touarègues du Hoggar, et Touareg Oulliminden (on s’allie aux Kunta pour anéantir les Oulliminden), etc.
On rappelle que la puissante confédération oulliminden, qui a atteint son apogée sous l’Amenokal Kahoua au 18ème siècle et qui survécut jusqu’au 20ème siècle, fut détruite à l’issue de la bataille d’Andéramboukane le 9 mai 1916 contre l’armée coloniale. Un massacre sans discernement de la part de l’armée coloniale eut lieu. On n’épargna ni femmes ni enfants avec en bonus pour les vainqueurs, la spoliation d’animaux. Un massacre qui, de nos jours, aurait été sans doute qualifié de génocide, de crime contre l’humanité ! La confédération oulliminden ne s’en est jamais remise. Rappelons aussi que c’est suite à cette tragédie que plusieurs vassaux, dont les touaregs Ifoghas de la région de Kidal, ont obtenu « leur autonomie » made in France !
C’est cette idylle qui est sans cesse remise au goût du jour à la faveur des rebellions qu’on qualifie injustement de touarègues et qui sont toutes parties de Kidal. Ajouter à cela l’existence d’un lobby de rêveurs et de racistes impénitents européens qui fantasment sur les « hommes bleus », les « peuples libres, fiers du désert » et sur que sais-je encore. Mais derrière ces considérations que nous qualifierons de sentimentales, la véritable raison de cette accointance entre la France et le Mnla n’est-elle pas celle de l’acquisition de matières premières à bon marché ? J
e doute que oui, car aujourd’hui plus qu’hier, la lutte est de plus en plus rude entre les grandes puissances occidentales et les puissances émergentes pour l’obtention de la garantie de leurs sources d’approvisionnement en matières premières. Qui, mieux et même autant que la France peut connaître les potentialités de ce désert malien ? Et quid de la position stratégique de cette région ?
Est-ce par hasard que les alliés occidentaux (qui créeront plus tard l’Otan) de la 2ème guerre mondiale contre l’Allemagne nazie ont érigé une base aérienne à Tessalit ?
Contrairement à Olivier Zajec, chargé de recherches à l’Institut de Stratégie et des Conflits(ISC) qui pense « que faute de vision stratégique, la France, risque de s’enliser dans de vastes zones désertiques propices à la guérilla », (Monde diplomatique n°707 de février 2013 page 1 « Le Mali, l’inusable refrain de la guerre au terrorisme »), nous pensons que la vision stratégique de la France pour cette partie de l’Afrique est très claire. Quant aux risques qu’elle encoure pour la mise en place de cette stratégie, c’est un autre problème : l’histoire des hommes ne saurait être une science exacte.
Malgré les déclarations lénifiantes des politiques français, la complicité entre le Mnla et le gouvernement de François Hollande est évident, et l’objectif de ce mariage est aussi clair : il s’agit ni plus ni moins sous prétexte de ne pas ignorer « le fait touareg » de créer une république dans le nord du Mali prélude à la résurgence de l’Ocrs (Organisation Commune des Régions Sahariennes) qui n’a jamais pu voir le jour. Ce, suite au rejet par lesTouareg de cette entité voulue par le Général De Gaule lui-même.
Rendons grâce au doyen Amadou Seydou Traoré dit Amadou Djicoroni qui l’avait dénoncé dès les premières heures de l’intervention militaire française au Mali. A l’époque, nous lui avions dit, et nous en sommes encore persuadé, que nous n’avions pas le choix. A chaque étape son combat.
Les derniers évènements corroborent notre propos : à savoir la purification raciale, comme ça s’est produit en Mauritanie dans les années 1980, a commencé. On veut « blanchir » la région de Kidal sous les yeux des soldats de la patrie des Droits de l’Homme ! Quels gâchis !
Ne nous leurrons pas, le matraquage médiatique, la clameur itérative et la péroraison du groupe « la voix de la France » (RFI, TV5, France 24) voulant nous faire croire que la région de Kidal est occupée par le Mnla est une couleuvre indigeste. C’est la France qui occupe bel et bien la région de Kidal. A la lumière de ce qui se passe à propos de Kidal, deux questions essentielles taraudent l’esprit du citoyen malien lambda :
Est-ce un encouragement à une partition du Mali ? Tout laisse à le croire car, même dans le très sérieux journal Le Monde Diplomatique dans sa série « Manière de voir » n°128 avril/mai 2013 : « Faut-il abolir les frontières ? » en page 35, on montre une carte de l’Afrique avec les zones de conflits ; carte dans laquelle sur le territoire malien on porte de façon insidieuse la mention Azawad.
Est-ce une recolonisation qui ne dit pas son nom ? L’histoire nous édifiera. Mais, au juste, ce propos de ce grand intellectuel français ne mériterait-il pas une réflexion ? « Dans l’ADN de nos amis socialistes, il y a un gêne colonial et un gêne atlantiste » (cf. Régis DEBRAY page 6 du Monde Diplomatique n°708 de mars 2013 dans l’article, « Lettre ouverte à Hubert Védrine : La France doit quitter l’Otan »)
Hamidou ONGOÏBA B.P E 1045 BAMAKO

Bamako le 06 juin 2013

Publié le 14 Juin 2013
Lu sur afribone