Les groupes armés du nord-Mali, regroupés en Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA), viennent de faire mentir un homme aussi respectable que le Premier Ministre du Mali: Modibo Kéita. Celui-ci a, le 9 avril 2015, triomphalement rassemblé les chefs de partis politiques pour leur annoncer la décision de CMA de signer l’Accord d’Alger du 25 février 2015 déjà paraphé par le gouvernement malien.
Le Premier Ministre a même précisé que les rebelles voulaient que la cérémonie de paraphe, prévue pour le 15 avril 2015, soit organisée de concert avec le gouvernement malien mais que ce dernier, modeste, avait préféré que le médiateur algérien, en soit chargé. Modibo Kéita a ajouté, avec emphase, qu’aucun point n’avait été renégocié et que le document signé par le Mali ne changeait pas d’un pouce. L’annonce primatoriale s’est accompagnée d’un battage des médias publics; elle semblait consacrer une grande victoire du gouvernement sur des rebelles poussés dans leurs derniers retranchements diplomatiques et contraints de signer un accord dont ils ne voulaient pas.
Le CMA gâche la fête
Au moment où tout le monde pensait que l’affaire du nord était désormais dans le sac, la CMA, à travers un communiqué rendu public le vendredi 10 avril 2015, la CMA déclare qu’elle ne signera pas le texte si ses propositions d’amendements ne sont pas pris en compte. Ces amendements, au nombre de 21, ont été remis à la mission internationale qui s’est déplacée, le 17 mars 2015, à Kidal pour rencontrer l’état-major rebelle. Entre autres amendements, la CMA exige la « reconnaissance officielle de l’Azawad comme une entité politique et juridique ». Ce qui revient à reconnaître l’Azawad comme un Etat à part entière ou, à tout le moins, comme un Etat fédéré.
Raisons d’une volte-face
En vérité, le Premier Ministre malien n’a pas parlé au hasard; il avait de sérieuses assurances que l’Accord serait paraphé par le CMA. En effet, c’est le 4 avril 2015 que Bilal Ag Acherif, président du MNLA, a saisi le ministre algérien des Affaires Etrangères, RamtaneLamanra, d’une lettre faisant état de la « décision ferme de la CMA » de parapher l’Accord d’Alger. Par une lettre en date du 6 avril 2015, dont nous avons obtenu copie, le ministre algérien a « félicité » le CMA de la résolution de celle-ci à signer l’Accord lors d’une cérémonie prévue pour le 15 avril 2015. Le ministre indique: « Une fois le paraphe effectué, l’équipe de médiation souhaite tenir des consultations informelles de courte durée en vue de clarifier et d’arrêter la méthodologie et les modalités d’organisation relitives à la mise en oeuvre diligente de l’Accord sur la base des propositions des parties maliennes ainsi que des idées propres de l’équipe de médiation ». Derrière ce discours diplomatique (« clarifier », « arrêter », « idées propres », etc.) se cache, on l’aura remarqué, la promesse algérienne de prendre en compte, dans l’application de l’Accord, les 21 amendements émis par les groupes armés mais aussi les 12 amendements proposés par le Mali. Bref, le médiateur promet une renégociation de l’Accord après sa signature. Malgré tout, la base des rebelles se soulève, notamment à Kidal et à l’étranger. Le président du MNLA est accusé de trahison et désavoué par les siens à travers un communiqué rageur qui, le 10 avril 2015, exclut tout paraphe par la CMA. Dans un article publié le 11 avril 2015 Kidal Info, un organe médiatique rebelle, dénonce sans ambages « l’initiative irresponsable de certains dirigeants de la CMA qui ont, sans concertation, adressé une lettre au ministre des Affaires Etrangères de l’Etat algérien pour lui faire savoir que la CMA serait prête à parapher le document que les Algériens et la communauté internationale souhaitent imposer comme un accord de paix entre le Mali et l’Azawad »…
C’est sur la base des assurances donnes par l’Algérie que Modibo Kéita avait cru bon d’annoncer la décision des rebelles de signer l’Accord. Il oubliait qu’en langage rebelle, un oui franc équivaut très souvent à un non catégorique. Et inversement.
La médiation algérienne dans le dossier malien ne semble pas être appréciée par certaines parties, même si la communauté internationale soutient l’initiative algérienne d’œuvrer à la réconciliation entre maliens
Ali Zaoui, expert en questions sécuritaires et lutte antiterroriste, a affirmé, à ce propos, que le MNLA et la CMA jouent à un double jeu, soutenus par des parties étrangères. L’expert accuse le makhzen d’être derrière le refus du MNLA et la CMA de signer les accords de paix d’Alger. Il explique ces accusations par la visite d’une délégation du MNLA à Rabat reçue en grande pompe par le roi Mohammed VI. «Le roi du Maroc avait reçu au palais royal de Marrakech, Bilal AG Cherif, SG du mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), accompagné du porte-parole du mouvement, Moussa AG Attaher», a-t-il rappelé.
L’annulation des poursuites judiciaires contre Iyad Aghali
L’application de la charia à Kidal
Le retour de l’armée sans les éléments de Gamou
Mohamed Ag Intalla, nouvel aménokal de Kidal
Depuis le paraphe de l’accord d’Alger, Mohamed Ag Intalla, le nouvel Amenokal de Kidal, fait parler de lui. Il manie à souhait un double langage. Il a en effet soutenu un moment que Kidal fait bel et bien partie du Mali. Avant de renier ses propos dans une vidéo qui a fait encore bruit.
Mohamed Ag Intalla est actuellement à Bamako dans le cadre de la rentrée parlementaire. Pour rappel, il est député issu des rangs du Rassemblement pour le Mali (Rpm). Le fils du patriarche Intalla semble être dans un double jeu, puisqu’il a suivi toutes les activités des groupes armés du nord, notamment les réunions de la Coordination des mouvements armés de l’Azawad (Cma). Il est par ailleurs membre du Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (Hcua), comme son frère Alghabass Ag Intalla. Tous les deux entretiennent des relations très étroites avec le rebelle en chef et bandit de grand chemin, Iyad Aghali, dont ils appliquent à la lettre les décisions.
Mohamed Ag Intalla dit pourtant que le Mali restera un et indivisible. Mais il ne s’embarrasse guère d’assortir cette «conviction» de conditionnalités. S’il ne s’agit pas des recommandations issues de la réunion de Kidal, qui s’est essentiellement focalisée sur l’avenir des chefs rebelles. Selon nos sources, L’Amenokal de Kidal a avoué à certaines personnalités qu’il y a quelques propositions pour que le document d’Alger soit paraphé par les membres de la Coordination des mouvements armés de l’Azawad (Cma). Au nombre desquelles, il a cité la cessation des poursuites ou l’annulation du mandat d’arrêt contre Iyad Aghali. Cette condition semble être non négociable puisqu’il la qualifie de principale et la plus importante à remplir urgemment.
Sa deuxième proposition requiert l’application de la charia à Kidal et dans ses cercles. La troisième proposition admet le retour de l’armée malienne dans la région de Kidal mais purgée des éléments du groupe du général Gamou, des hommes du Gatia, et ceux du Mouvement arabe de l’Azawad (Maa), tous fidèles à Bamako. Si ces conditions venaient être réunies, à en croire Mohamed Ag Intalla, la Coordination des mouvements armés de l’Azawad devrait, sans réfléchir, parapher et signer l’accord d’Alger.
Pour ainsi dire, ces propositions de Mohamed Ag Intalla étaient déjà consignées dans un document qui avait provoqué à l’époque une mésentente entre le Hcua et le Mnla. D’autant que ce dernier groupe se dit opposé à l’application de la charia. Mais il ne désapprouve guère les deux autres propositions formulées par Intalla. Mieux, le Mnla n’a pas d’hommes pour faire le combat, il se rabat sur le Hcua qui a des connexions avec les terroristes et jihadistes.
L’information donnée par Mohamed Ag Intalla n’est point une surprise dans la mesure où les responsables de la Cma sont en train de chercher des points de chute. Sachant qu’ils ne peuvent pas continuer dans cette situation, ils sont allés rencontrer la médiation en lui faisant les mêmes propositions. Les Algériens leur ont fait savoir qu’ils ne pourront pas accepter de telles propositions sans l’aval des autres parties.
Le Mali vient d’être informé, tout comme la Minusma et la communauté internationale, des vraies intentions des groupes armés de Kidal. Lesquels cherchent à sauver la tête d’Iyad et à se ménager des portes de sortie. Un préalable au paraphe et à la signature de l’accord d’Alger 2015.
Cependant, les propositions de Mohamed Ag Intalla risquent de se heurter à un certain nombre de réalités tangibles. En effet, le nom d’Iyad Aghali figure sur la liste des terroristes à abattre. De plus, le Mali ne pourra pas parler d’application de la charia à Kidal dans un Etat laïc tout comme la communauté internationale.
Vue de la ville de Gao, sur les bords du fleuve Niger, le 4 avril 2013 (Photo Joel Saget. AFP)
Trois civils ont été tués mercredi près de Gao, dans le nord du Mali, dans une attaque suicide contre une base de l’ONU qui a fait 16 blessés, dont neuf Casques bleus nigériens, illustrant l’instabilité persistante dans cette région.
L’attaque la plus meurtrière contre la force de l’ONU, en octobre, s’était produite dans le même secteur d’Ansongo, frappant un convoi de ravitaillement du contingent nigérien, qui avait perdu neuf soldats.
En fin de matinée, «un véhicule suicide a explosé à l’entrée du camp de la Minusma à Ansongo dans la région de Gao, alors qu’il tentait d’y pénétrer», a affirmé la Mission de l’ONU au Mali (Minusma).
L’explosion a «provoqué la mort d’au moins trois civils», sept autres étant blessés, a ajouté la Minusma.
Le chef de la Minusma, Mongi Hamdi, a condamné cette attaque «lâche et odieuse», se disant «choqué que de valeureux soldats de la paix soient à nouveau pris pour cible ainsi que des civils innocents».
«Cet attentat ne détournera pas la Minusma de sa mission de rétablissement de la paix et de la sécurité au Mali», a assuré M. Hamdi.
La Minusma qui compte actuellement quelque 11.000 hommes sur le terrain, dont près de 10.000 militaires et policiers, est considérée comme la plus dangereuse des missions de l’ONU en cours, avec près de 40 Casques bleus tués depuis son déploiement en juillet 2013.
La plupart des attaques contre l’ONU ont été revendiquées par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), et le Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), deux des groupes qui ont contrôlé le nord du Mali pendant près d’un an, entre 2012 et début 2013.
Ils ont en été pour l’essentiel chassés par l’opération Serval, lancée en janvier 2013 à l’initiative de la France, remplacée depuis août 2014 par Barkhane, dont le rayon d’action s’étend à l’ensemble de la zone sahélo-saharienne.
Mais des zones entières du nord du Mali échappent encore au contrôle du pouvoir central où ces groupes continuent de mener des attaques, notamment des attentats suicide, de poser des engins explosifs et de perpétrer des enlèvements.
'Anarchie et insécurité généralisées'
Dans un rapport publié mardi, l’organisation Human Rights Watch (HRW) déplore que «deux ans après l’intervention militaire menée par la France dans le pays en crise, il règne toujours une anarchie et une insécurité généralisées».
«La criminalité endémique, les attaques perpétrées par les groupes armés et les abus commis par les forces de sécurité constituent un risque pour les citoyens ordinaires au centre et dans le nord du Mali», selon Corinne Dufka, directrice de recherches sur l’Afrique de l’Ouest à HRW, citée dans le document.
Cette nouvelle attaque coïncide avec une réunion prévue mercredi à Alger de l’équipe de médiation internationale au Mali conduite par la diplomatie algérienne.
La rébellion à dominante touareg du nord du Mali a rejeté la semaine dernière une invitation du médiateur algérien à parapher l’accord de paix déjà signé le 1er mars par le camp gouvernemental.
La Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA, rébellion) a expliqué ne pouvoir parapher ce document «dans son état actuel et à la date indiquée», exigeant de nouveau l’intégration des amendements qu’elle réclame.
Parmi ses revendications figurent la «reconnaissance officielle de l’Azawad comme une entité géographique, politique et juridique», en référence à l’appellation du nord du Mali par les rebelles, la création d’une assemblée interrégionale couvrant cette zone, et un quota de «80% de ressortissants de l’Azawad» dans les forces de sécurité.
La prise de contrôle du nord du Mali par les jihadistes avait été favorisée par la déroute de l’armée face à la rébellion, d’abord alliée à ces groupes qui l’ont ensuite évincée.AFP
refusent de parapher l’accord ce 15 avril : « Rien n’a encore été décidé au sein de la coordination pour parapher l’accord »
Contrairement aux propos ténus par le Premier ministre jeudi dernier à la primature, Attaye Ag Mohamed, membre du mnla, chargé des droits de l’homme, dément les propos selon lesquels la coordination des mouvements de l’azawad s’engage à parapher l’accord le 15 avril prochain.
Le chef de la délégation d’Ansar Dine, Algabass Ag Intalla (G) et Ahmed Ould Sidi Mohamed du Mouvement arabe de l’Azawad cosignent le protocole d’accord, le 28 août 2014 à Ouagadougou. AFP PHOTO / AHMED OUOBA15
Contacté par nos confrères de Reuters, Attaye le premier à réagir, affirmera que rien n’a encore été décidé pour que leur coordination paraphe l’accord. Et concernant le 15 avril avancé par le premier ministre Attaye confiera à Reuters qu’il ne sait pas d’où ce dernier a tire cette information dont son organisation et ses alliés ne sont pas au courant.
Pour lui, ils regrettent que le gouvernement malien ne veuille pas aller encore au débat, et par conséquent, ledit accord ne prend pas leurs aspirations en compte. Ce qui justifie leur refus de le parapher.
En conclusion, c’est le mnla en particulier, membre de la coordination qui ne voudrait pas parapher. Car jusque là, le HCUA semble acquis à la cause du Mali pour la paix.
Avant-hier samedi 10 avril, c’est de la Mauritanie que Moussa Ag Attaher, connu comme porte-parole du mnla, au nom de la coordination, s’est fendu d’un communiqué.
Dans le communiqué signé au nom de la commission de communication, on retrouve la CMA qui informe l’opinion nationale de l’Azawad et l’opinion internationale qu’en réponse à sa lettre du 04 avril 2015 le chef de file de la Médiation, par lettre officielle en date du 06 Avril 2015, l’a informée de l’organisation du paraphe, le 15 Avril 2015 à Alger, de « l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali».
La CMA, tout en réaffirmant sa disponibilité à donner toutes les chances à l’aboutissement d’un paraphe, réitère, encore une fois, son attachement à la prise en compte des amendements qu’elle a remis à la mission internationale, le 17 mars 2015 à Kidal, amendements qui constituent l’essentiel des revendications de l’AZAWAD.
Par conséquent, la CMA informe qu’elle ne pourra pas parapher « l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali » dans son état actuel et à la date indiquée.
La CMA remercie vivement la médiation et particulièrement son chef de file pour les efforts inlassables déployés avec dextérité et dévouement depuis bientôt une année. En même temps, elle réaffirme son ferme engagement à poursuivre le dialogue tout en sollicitant la médiation pour davantage d’efforts afin de prendre en compte les préoccupations issues de la volonté du Peuple de l’Azawad.
Ce qui est sûr, pour une fois, le nouveau Premier ministre Modibo Keïta vient de comprendre à son âge, qu’il existe encore sous nos cieux, des gens dont les propos ne tiennent que du beurre au soleil.
Unilatéralement paraphé le 1er mars dernier par le gouvernement malien et les mouvements armés d’autodéfense, l’accord proposé par la médiation algérienne n’a jusque là pas connu l’adhésion de la coordination des groupes armés autonomistes du nord. Or, selon le Premier ministre Modibo Keïta, jeudi dernier face à la classe politique et les acteurs de la société civile, la CMA qui a longtemps boudé le document algérien a décidé de le parapher le 15 avril prochain à Alger.
Toutefois, à noter que c’est une information à prendre e avec des pincettes. Pour la simple raison que les bandits armés du nord du Mali ont depuis début mars, refusé de parapher le projet d’accord sous prétexte qu’ils vont consulter leur base. Laquelle base, à leur entendement d’autonomistes, concerne les populations du nord qui ne les ont pourtant, jamais délégués à réclamer l’autonomie ou l’indépendance. Pire, à Kidal (avec moins de mille habitants) où ils font la loi (sous les yeux doux de l’armée française), la majorité de la population est soumise à leur diktat. Pratiquement, ici, tout le monde est obligé de se plier aux volontés de la famille Intala et de ses proches armés.
Par ailleurs, c’est après avoir dramatisé l’accord qu’ils ont affirmé avoir rejeté que les groupes armés décident de revenir adhérer à son contenu.
Quant à la médiation algérienne, aucune concertation n’est encore possible pour un éventuel amendement du document. C’est donc, si on s’en tient aux propos de Modibo Keita, un désaveu pour les groupes armés qui reviennent sur leur décision. Ce, après avoir marché sur le drapeau national malien la semaine dernière.
Par contre, dans certains milieux intellectuels, très sceptiques, on estime que la boude orchestrée par les groupes armés n’est autre qu’une manière pour eux de se convaincre que Bamako est bien prêt à signer l’accord qu’ils savent largement décrié par les Maliens.
Avant de voir le mnla et acolytes parapher le projet d’accord, prévu d’être définitivement signé à Bamako, il n’est permis d’être sûr de rien. Ces groupes armés qui auraient décidé de parapher le document n’ont aucune crédibilité pour rassurer les observateurs.
Joseph Brunet-Jailly, Consultant et enseignant en Sciences Po à Paris
L’accord dit d’Alger que le Gouvernement du Mali, ses amis de la communauté internationale et la foultitude de négociateurs veulent faire entériner , à coups de millions, par les populations à la base et par le MCA n’est plus ni moins qu’une vaste opération de
La rébellion à dominante touareg du nord du Mali a rejeté une invitation de la médiation algérienne à parapher, le 15 avril, l’accord de paix, a rapporté hier l’AFP.
Cet accord a été signé le 1er mars dernier par le gouvernement malien