jeudi 7 mars 2013

"Le conflit malien est depuis longtemps internationalisé"

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Encadrement strict des médias par les militaires, langue de bois et interdiction totale de se rendre dans les zones de combats... les journalistes français et étrangers au Mali se retrouvent dans l'impossibilité de couvrir convenablement cette guerre.
Encadrement strict des médias par les militaires, langue de bois et interdiction totale de se rendre dans les zones de combats... les journalistes français et étrangers au Mali se retrouvent dans l'impossibilité de couvrir convenablement cette guerre. | AFP/ERIC FEFERBERG

A la suite de la prise d'otages d'au moins une centaine de personnes sur le site gazier d'In Amenas, dans le centre-est de l'Algérie, près de la frontière libyenne, exploité par le groupe britannique BP, le norvégien Statoil et l'algérien Sonatrach, est évoquée chez les commentateurs une possible internationalisation du conflit malien commence à prendre une dimension internationale.

Christophe Châtelot, journaliste en charge de l'Afrique au Monde, a répondu a vos questions.
Arturo : N'est-il pas trop tôt pour parler d'internationalisation alors que de nombreux observateurs soulignent encore la solitude française ?
Le conflit est internationalisé depuis longtemps. La présence militaire sur place comporte outre une présence française, la mission de stabilisation du Mali, la Misma qui est une coalition de pays africains. Sur le plan militaire, elle est internationalisée, et du côté islamiste, on peut considérer qu'il y a déjà eu internationalisation de leurs actions vu qu'ils agissent depuis déjà lontemps à partir du Mali en dehors de ses frontières.
Quant à la solitude de la France, je pense que c'est une erreur de parler de solitude. Dans ce type d'intervention coup de poing, telle qu'elle a été déclenchée le 11 janvier, on peut difficilement imaginer l'implication de forces issues de pays différents. L'efficacité de ces opérations tient à sa capacité opérationnelle et à sa vitesse de réaction qui est généralement portée par un seul pays.
Deuxième point, la France n'est pas isolée dès lors qu'un certain nombre de pays européens la soutiennent diplomatiquement et lui offrent une aide logistique, sans parler du contingent africain qui interviendra au côté des Français.
Rémi : Quelles peuvent être les réactions des pays occidentaux suite à la prise d'otage en Algérie ? Une participation plus active dans l'intervention au Mali ?
La prise d'otages en Algérie illustre la nature des risques liés à l'enracinement de groupes islamistes armés dans le nord du Mali et montre leur capacité à agir en dehors de leur sanctuaire. A l'image de la réaction américaine après l'assassinat de leur ambassadeur en Libye, à Benghazi, on peut s'attendre à ce que les pays concernés par cette prise d'otages réévaluent le risque et décident de s'engager plus avant.
Jesus : Pouvez-vous nous dire pourquoi parmi les soutiens moraux reçu par la France ces derniers jours (les Etats Unis, le Royaume Uni, l'Otan...) aucun de ces pays ou organisations internationales determinés à lutter contre le terrorisme ne déploie des forces sur sol malien ?
Depuis le début de la crise, en 2012, il a été reconnu à la France le rôle de leader sur ce dossier. C'est la France qui a "porté" les différentes résolutions votées à l'ONU. C'est également la France qui a travaillé à l'organisation et à la mobilisation des troupes africaines.
Sept pays occidentaux se sont déjà engagés à apporter une aide logistique à la France et à la mission africaine. Et la France, pour le moment, n'a pas demandé à ses partenaires l'envoi de troupes.
Pour ce qui concerne la lutte contre le terrorisme, les Etats-Unis sont déjà très engagés dans la région sahélienne dans le cadre de formation de militaires de la région et de collecte de renseignements dont ils feront probablement bénéficier la France.
Tunisien : Vous ne craignez pas un transfert de conflit au sol français ?
Le gouvernement français a rehaussé son niveau d'alerte dans le cadre du plan Vigipirate. Preuve qu'il considère que le risques d'attentats liés à son engagement au Mali est plus important qu'avant.
Le risque n'est pas lié, semble-t-il, à l'existence de réseaux terroristes maliens non avérés à ce jour, mais plutôt à l'exacerbation d'un sentiment antifrançais au sein de réseaux islamistes originaires d'autres pays.
BP : Dans quelle mesure la prise d'otages changera-t-elle l'attitude de l'Algérie sur l'intervention au Mali ?
L'Algérie défendait jusqu'à récemment encore la voie de la négociation avec certains groupes islamistes armés du nord du Mali. Ils ont changé d'attitude depuis l'attaque menée par certains de ses partenaires de dialogue, le 10 janvier, au-delà de la ligne de démarcation virtuelle qu'ils s'étaient engagés à respecter auprès d'Alger. Cette opération a été ressentie comme une trahison par les Algériens qui ont décidé de fermer leurs frontières avec le Mali et d'autoriser le survol de leur territoire par les avions de chasse français.
C'était déjà le signe que l'Algérie ne croyait plus à cette voie négociée. La prise d'otages d'In Amenas devrait les conforter dans cette opinion. D'autant que certains des dirigeants de ces groupes islamistes sont des Algériens, qu'Alger avait réussi à chasser de son territoire et qui reviennent aujourd'hui y commettre des violences.
Bruno : La France est intervenue militairement au Mali avec 4 avions de combat, quelques hélicopteres et 800 hommes. Cela semble dérisoire. L'armée malienne est-elle si mal en point ? N'avait elle pas la capacité de le faire par elle-même ?
Il ne faut pas négliger la force de frappe de quelques avions de chasse et des hélicoptères français contre des colonnes de pick-up non protégés. On l'a vu en Libye au début de la guerre. L'aviation est d'une redoutable efficacité contre ces colonnes.
Par ailleurs, il ne s'agissait là que de la première phase de l'opération qui impliquera beaucoup plus de moyens en hommes et en matériel. Quant à l'armée malienne, elle a été mise en déroute en 2012 par les groupes rebelles. Démoralisée, mal équipée, elle est en plus divisée depuis le coup d'Etat du capitaine Sanogo le 22 mars 2012. Et depuis, elle ne s'est pas reconstituée et n'avait donc pas les moyens d'intervenir efficacement.
Alex : Pouvez-vous nous faire un point sur les forces africaines prêtes à intervenir au Mali en soutien de l'initiative française ?
Il y a deux composantes au sein des forces africaines qui ont commencé à se déployer au Mali. La première concerne la Misma. Huit pays se sont engagés et ont commencé à fournir des hommes. Il s'agit en premier lieu du Nigeria (900 hommes), dont un général dirige la Misma, le Togo (540 hommes), le Niger (500), le Burkina Faso (300), le Benin (300), le Ghana (180), la Guinée (145) et le Sénégal (450).
La deuxième composante concerne les pays qui ne sont pas membres de la Cédéao et on parle en premier lieu du Tchad qui s'est engagé aujourd'hui à envoyer un contingent de 2 000 hommes. Cette décision peut s'avérer essentielle pour cette intervention armée, connaissant la qualité des combattants tchadiens sur ce type de terrain.
Visiteur : Pourquoi les forces africaines mettent-elles du temps à se mettre en place ?
Elles n'ont pas mis autant de temps que cela à se mettre en place. La rébellion est apparue il y a un an seulement. Les semaines suivantes, le Mali a été plongé dans le chaos par un coup d'Etat. Il a donc fallu du temps aussi pour que le Mali, Etat souverain, formule ses demandes auprès de la communauté internationale. Il a fallu ensuite que les pays africains étudient ce qui leur été possible de faire sur le plan militaire ; ensuite définir l'objet et la nature de la mission à envoyer au Mali et franchir un certain nombre d'étapes à l'ONU.
Donc le double processus diplomatique et militaire prend nécessairement du temps. Quelques mois pour déployer plusieurs milliers de soldats originaires de neuf pays différents dépourvus pour certains de beaucoup de moyens, ce n'est finalement pas si long.
Etienne : Peut-on attendre des missions d'instruction et de formation de l'armée malienne de nets progrès par rapport aux missions de ce type que les Etats-Unis avaient mis en place depuis le début des années 2000 ? Si je ne me trompe pas ce sont ces troupes qui ont déserté en premier ou rejoint le camp de la rébellion djihadiste.
La formation des troupes maliennes est une nécessité, mais cela prendra énormément de temps. C'est essentiellement un argument politique. Ce conflit se déroule sur le sol malien, donc il est inenvisageable qu'il ne participe pas aux opérations. Ses programmes de formation consisteront probablement à identifier au sein de l'armée malienne les quelques unités réellement capables d'aller au combat, mais l'essentiel des opérations sera probablement conduit par la France et la mission africaine.
Marie-Hélène : Peut-on craindre un "enlisement"de plusieurs années comme ce fut le cas en Afganistan sur ce type de terrain ?
L'un des problèmes tient à l'évaluation des forces en présence au nord du Mali. Les premiers combats sembleraient démontrer qu'il existe un noyau de combattants bien entraînés et motivés qui seraient, en effet, difficile à déloger, sachant qu'ils évoluent sur un terrain plus grand que la France, terrain à la fois désertique et montagneux où ils peuvent se cacher.
La deuxième interrogation porte sur la motivation des sympathisants militants de cette cause. Vont-ils être dissuadés de se battre face à la violence des frappes françaises ou, au contraire, vont-ils percevoir cela comme une agression et de grossir les rangs de troupes armées ; ce qui compliquerait évidemment la tâche de reconquête du nord.
Visiteur : Est ce qu'il y a un risque de contagion à d'autres pays de la région (pays qui présentent les mêmes caractéristiques politico-socio-économiques : pauvreté, faible légitimité du pouvoir en place, inégalités, ...) ?
Les pays de la région n'ont pas été épargnés par l'activité de ces groupes islamistes. Donc on peut dire qu'ils sont déjà contaminés. La question est de savoir s'il existe un risque de propagation à large échelle. Et là, la question se pose, notamment, concernant l'attitude d'anciennes rébellions touareg au Niger, par exemple.
Par ailleurs, on peut se demander si en intervenant au Mali, la France et la coallition africaine ne donnent pas un coup de pied dans la fourmilière. Autrement dit, est-ce que de petits groupes ne peuvent pas tenter de fuir vers les pays frontaliers où ils pourraient à nouveau commettre des violences.
Visiteur : Que sait-on du soutien des différentes populations du nord Mali (arabes, touareg, etc.) aux islamistes ? Le Mouvement national de libération de l'Azawad-MNLA a-t-il encore un rôle à jouer ?
La présence d'Al-Qaida au Maghreb islamique, dans le nord du Mali, remonte à environ dix ans. Ils sont intégrés dans le tissu social. Ce sont souvent des Maliens, même si la direction du mouvement est plutôt algérienne. Donc, ils sont intégrés et jouent un rôle social. Les trafics auxquels ils s'adonnent sont générateurs de revenus qu'ils redistribuent dans une population désoeuvrée.
Par ailleurs, Ansar Eddine est un mouvement touareg malien, certes, islamiste, mais originaire du nord du Mali et partie intégrante de sa culture.
On peut donc supposer qui'il bénéficie d'un réel soutien auprès des populations arabes ou touareg. Quant au MNLA, il est vrai qu'il a été quasiment chassé du nord du Mali par les islamistes après l'offensive éclair de janvier et février 2012, mais il dispose encore de quelques forces, certes isolées, et d'un réseau de politiques établis à l'étranger qui peut être utilisé comme interlocuteur par certains pays.
Tom : Comment se déroulera l'après guerre ?
Il faut d'abord que la guerre se termine. Mais pour éviter la situation rencontrée en Libye par exemple, les responsables français et européens ont commencé à se pencher sur la question.
Le Mali, pays parmi les plus pauvres d'Afrique, aura besoin d'une aide financière massive pour reconstruire un Etat failli. Il faudra également que le Mali organise des élections et là aussi, la communauté internationale aura un rôle à jouer. Mais, dans tous les cas, je ne pense pas que le risque d'un néocolonialisme français existe réellement. Cela ne semble pas, en tous les cas, être le plan du gouvernement français.
Dandou : Est-ce rare d'avoir un conflit sans images ni vidéos ?
D'abord les conflits ne sont jamais faciles à couvrir. Parce que l'on se trouve souvent d'un côté ou de l'autre du front et que l'on a donc une vision parcellaire de la situation. Et au Mali, ce qui complique les choses, c'est que le nord est totalement inaccessible pour le moment à des journalistes occidentaux qui constituent autant d'otages en puissance.
Et le conflit est, pour le moment, d'une ampleur très limitée. Les routes sont facilement contrôlables par les armées présentes qui voient rarement d'un bon oeil la présence des journalistes. Sauf lorsqu'ils sont "embedded" [emarqué].
Chat modéré par Hélène Sallon

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Nombre d'hommes déployésL'évolution des troupes françaises au MaliSource: ministère de la défenseForces françaises déployées14. Jan16. Jan18. Jan20. Jan22. Jan24. Jan26. Jan28. Jan01000200030004000

Depuis le début de son intervention au Mali le 11 janvier, la France a déployé 3 500 hommes. Elle appuie les forces maliennes afin de reprendre aux djihadistes les villes au Nord du fleuve Niger. Selon l'IISS (Institut international des études stratégiques), les forces armées maliennes sont fortes de 7 350 hommes et soutenues par 1 800 gendarmes, 2 000 gardes républicains et une milice de 3 000 hommes.

La Communauté économique des états de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), qui a un rôle de maintien de la paix en plus de son rôle économique, a été chargée par le conseil de sécurité des Nations unies d'une mission internationale de soutien au Mali (Misma) qui vise à reconquérir le Nord du pays. Les différents pays de la Cédéao ont promis, au terme de leur déploiement, la présence de 4 000 hommes (récemment augmentée à 5 700 hommes) pour aider le gouvernement malien.
Nombre d'hommesMilitaires présents au Malisources : AFP, ministère de la défenseHommes présents au MaliPromessesNigerTogoNigeriaBurkinaFasoBéninSénégalGuinéeGhanaTchad*05001,0001,5002,000

(* le Tchad a fourni un contingent de 1 400 hommes, mais ne fait pas partie de la Cédéao)
Le reste de la communauté internationale s'est surtout engagée politiquement, en soutenant l'opération Serval à l'ONU et dans les médias. Aucun n'a encore fourni d'hommes, et seuls quelques-uns ont d'ores et déjà proposé une aide logistique (transports de troupes, ravitaillement en vol, etc.) ou de surveillance. C'est le cas du Canada, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, mais aussi de la Belgique et du Danemark.
Lire également le compte rendu d'un chat avec Christophe Châtelot organisé le 17 janvier 2013 : Le conflit malien est depuis longtemps internationalisé

Mali Lettre ouverte au Président de la République / Les soldats au front révoltés par les avantages accordés au Capitaine Sanogo - Malijet

Mali Lettre ouverte au Président de la République / Les soldats au front révoltés par les avantages accordés au Capitaine Sanogo - Malijet

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Lettre ouverte au Président de la République / Les soldats au front révoltés par les avantages accordés au Capitaine Sanogo

Six semaines après sa signature, le décret fixant les avantages accordés aux membres et au Secrétaire général du Comité militaire de suivi de la Réforme des forces de défenses et de sécurité indigne des soldats maliens au front qui ont demandé son annulation à travers une lettre au Président de la République. Dans un document déposé à la rédaction du Républicain, le message est clair : la décision a créé une révolte dans les rangs des combattants. Un ultimatum de deux semaines est lancé par ces soldats au front qui demandent « des explications claires et nettes » au Président de la République.
« Monsieur le Président, nous avons appris, pendant que nous mourons, nous, dans le grand désert, que le Capitaine Sanogo, pour avoir fait un coup d’Etat, et mis le pays dans la situation que nous connaissons, doit bénéficier d’un salaire de quatre millions. Et les autres de son groupe, c’est-à-dire son clan, qui refusent de venir combattre, bénéficient également des mêmes traitements », peut-on lire dans la lettre ouverte au Président de la République et signée par le Capitaine Touré (dont nous taisons le prénom). Ces soldats de l’armée malienne déclarent leur incompréhension et exigent du Président du République « des explications claires et nettes ». Ils veulent savoir s’il faut faire un coup d’Etat pour être récompensé et reconnu comme bon soldat, chose qu’ils affirment ne jamais accepter. Et « si cette décision n’était pas annulée avant dans les deux semaines suivantes, nous cesserons, nous, c’est-à-dire moi et mes éléments, de combattre et nous sommes prêts à en subir toutes les conséquences », soutiennent les auteurs de la lettre ouverte.
Le Décret n 2013-043 /P-Rm du 22 janvier 2013 fixe les avantages accordés aux membres et au Secrétaire général du Comité militaire de suivi de la Réforme des forces de défenses et de sécurité. Son président, le Capitaine Amadou Aya Sanogo, bénéficie d’un traitement de 2 500 000 Fcfa et d’autres avantages comme l’indemnité de responsabilité et la prime de sujétion pour risque qui sont de 300 000 et 250 000 Fcfa, une indemnité de logement de 500 000 Fcfa, une indemnité forfaitaire d’entretien au titre de la consommation d’eau, d’électricité et de téléphone de 400 000 Fcfa, une Prime d’installation de 2 500 000 Fcfa, un véhicule de fonction, la gratuité des soins et examens médicaux, une Assurance couvrant les accidents de transport par voie aérienne ou de surface.
La Rédaction
///////
La lettre ouverte au Président de la République :
Monsieur le Président,
Nous avons appris, pendant que nous mourons, nous, dans le grand désert, que le Capitaine Sanogo, pour avoir fait un coup d’Etat, et mis le pays dans la situation que nous connaissons, doit bénéficier d’un salaire de quatre millions. Et les autres de son groupe, c’est-à-dire son clan, qui refusent de venir combattre, bénéficient également des mêmes traitements. Nous ne comprenons pas cela et nous exigeons de vous, nous autres soldats de l’armée malienne des explications claires et nettes. Nous voulons savoir s’il faire un coup d’Etat pour être récompensé et reconnu comme bon soldat ? Nous n’accepterons jamais cela. Si cette décisions n’était pas annulée avant dans les deux semaines suivantes, nous cesserons, nous, c’est-à-dire moi et mes éléments, de combattre et nous sommes prêts à en subir toutes les conséquences.
Fait à Gao, le 1er mars 2013
Le Capitaine TOURE
 
Source: Lerepublicainmali

«C’en est fini pour longtemps de l’indépendance du Mali» Réflexions Boubacar Boris Diop sur la question malienne - maliweb.net

«C’en est fini pour longtemps de l’indépendance du Mali» Réflexions Boubacar Boris Diop sur la question malienne - maliweb.net

«C’en est fini pour longtemps de l’indépendance du Mali» Réflexions Boubacar Boris Diop sur la question malienne

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L’écrivain sénégalais Boubacar Boris Diop refuse d’applaudir la France officielle qu’il qualifie de «pompier pyromane». Dans l’entretien donné le 2 février 2013 au journal «Pays au Quotidien», il analyse les différentes implications de la guerre au Mali.
Peut-on dire que le Nord-Mali, c’est encore la Françafrique dans ses œuvres ?
Réponse : Oui et non. Au Mali, la France est certes dans son pré-carré et, à l’exception du Nigeria, les pays engagés avec elle sur le terrain font partie de son ancien empire colonial mais dans le fond on est plutôt ici dans une logique de guerre globale. Le modèle serait plutôt l’invasion américaine en Irak. En outre, les interventions françaises en Afrique ont toujours été faites avec une certaine désinvolture, presque sans y penser, alors que celle-ci, ponctuée de conseils de guerre à l’Élysée, a été conçue comme un grand spectacle médiatique. Elle fait l’objet de sondages réguliers et deux ministres, ceux de la Défense et des Affaires étrangères, n’ont jamais été aussi bavards.
Comment expliquez-vous ce changement d’attitude ?
Quelques jours après le début des combats, tous les hebdos français ont titré : «Hollande en chef de guerre». Le Nord-Mali, ça a été l’occasion pour un président jugé terne, mou et indécis de se donner à peu de frais l’image d’un dirigeant volontaire et capable de préserver le rang de son pays dans le monde. Le contraste n’en est pas moins frappant avec la précipitation peu glorieuse de Paris à se retirer d’Afghanistan suite à des attaques mortelles des Talibans contre un certain nombre de ses soldats.
Mais les problèmes d’image de Hollande ne peuvent pas à eux seuls expliquer une intervention aussi coûteuse…
: C’est évident, mais il ne pouvait pas rater la si belle occasion de se refaire une santé. L’objectif déclaré de cette guerre, c’est d’aider le Mali à recouvrer son intégrité territoriale mais sans la prise de Konna par les islamistes, rien ne se serait sans doute passé. La chute de Konna, c’est le moment où Paris, qui ne perd jamais de vue ses otages et l’uranium d’Areva, comprend que ses intérêts économiques et sa position dans la région sont gravement menacés. Et à partir de là, les acteurs ne sont plus les mêmes.
Cette guerre est suivie de près par des pays comme l’Algérie, la Mauritanie, le Nigeria, sans parler des autres puissances occidentales et du Qatar, cette monarchie du Golfe qui se livre ici comme en Syrie et partout ailleurs à un drôle de jeu. Vous savez aussi que depuis l’attaque d’In Amenas, Américains et Anglais se sentent bien plus concernés et que le Japon, important partenaire économique du Mali et dont dix ressortissants sont morts lors de la prise d’otages, a accordé une contribution de 120 millions de dollars en soutien à la Misma, lors de la conférence des donateurs que vient d’organiser l’Union africaine à Addis.
Etes-vous d’accord avec l’ambassadeur de France à Dakar quand il déclare que si son pays n’était pas intervenu personne d’autre ne l’aurait fait ?:

On peut le lui concéder et c’est en fait cela le coup de génie de Paris dans cette histoire où la France peut se présenter comme l’ennemi des «méchants». J’utilise ce dernier mot à dessein, car la politique internationale me fait très souvent penser à un film hollywoodien, le tout étant de savoir être du côté des bons. Lorsque vous apprenez par exemple que des narco-terroristes occupent les deux tiers du Mali et qu’ils détruisent les mosquées et les tombeaux de saints, mettent le feu à la bibliothèque Ahmed Baba et coupent les mains des gens, votre premier mouvement est d’approuver ceux qui essaient de les mettre hors d’état de nuire. Et lorsqu’on écoute ces jours-ci les prises de position des uns et des autres sur le Mali, on se rend compte de notre difficulté à penser cette énième intervention française en Afrique. J’ai vu l’autre soir sur la 2STV Massaer Diallo l’approuver sans ambages et deux jours plus tard Gadio et Samir Amin en ont fait de même. N’est-ce pas troublant ? Après tout, il s’agit là, quand on en vient à l’analyse des dérives criminelles de ­la Françafrique, de trois intellectuels au-dessus de tout soupçon…­
Est-ce à dire que vous êtes d’accord avec eux ?
: Ah non ! Certainement pas. Je les comprends, je n’ai aucun doute quant à leur sincérité mais je ne partage pas leur point de vue. Le danger, à mon humble avis, c’est d’analyser cette guerre comme un fait isolé. Tout le monde la relie à l’agression contre la Libye, mais pas avec autant d’insistance qu’il faudrait. Il ne suffit pas de dire que l’agression contre la Libye est en train de déstabiliser la bande sahélienne et toute l’Afrique de l’Ouest. Il faut la placer, de même que le «printemps arabe», au cœur de la réflexion sur le Nord-Mali. Nous devons peut-être même aller plus loin et nous demander si nous n’aurions pas dû hausser la voix dès le jour où des chars de combat français ont forcé les grilles du palais de Gbagbo. Il était possible, sans forcément soutenir Laurent Gbagbo, de bien faire savoir à Paris qu’une ligne rouge venait d’être franchie. Mais nous avons trop bien appris notre leçon sur la démocratie, on a inventé exprès pour nous des termes comme «bonne gouvernance»- qui donc a jamais entendu parler de la «bonne gouvernance» en Belgique ? -et nous en sommes venus à perdre tout sens des nuances et surtout la capacité d’inscrire des évènements politiques particuliers dans une logique globale.
Dans cette affaire, quels reproches très précis peut-on formuler aujourd‘hui contre la France ?
: Ici aussi, il suffit de remonter le fil des évènements. Après avoir assassiné Kadhafi dans les conditions scandaleuses que l’on sait, l’Etat français a cru le moment venu de confier la sous-traitance de la guerre contre Aqmi et le Mujao à la rébellion touarègue. Comme vient de le rappeler Ibrahima Sène dans une réponse à Samir Amin, Paris et Washington décident alors d’aider les Touareg présents en Libye à rentrer lourdement armés au Mali mais, détail important, pas au Niger où on ne veut prendre aucun risque à cause d’Areva. Les Touareg sont ravis de pouvoir concrétiser enfin leur vieux rêve d’indépendance à travers un nouvel Etat de l’Azawad, allié de l’Occident.
Certains médias français se sont alors chargés de «vendre» le projet de ces «hommes bleus du désert» qui se préparent pourtant tout simplement à entrer en guerre contre le Mali. Il suffit de faire un tour dans les archives de France 24 et de RFI pour voir que le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) en particulier a été créé de toutes pièces par les services de Sarkozy. Ces stratèges savaient très bien que cela allait se traduire par l’effondrement de l’Etat malien et la partition de son territoire. Ça ne les a pourtant pas fait hésiter une seconde.
Juppé s’est ainsi permis de minimiser l’égorgement collectif par les Touareg d’une centaine de soldats et officiers maliens le 24 janvier 2012 à Aguelhok et suggéré la possibilité d’un Azawad souverain au nord. Mais au bout du compte, le MNLA qui n’a pas été à la hauteur des attentes de ses commanditaires face aux jihadistes, s’est pratiquement sabordé, ce qui est d’ailleurs sans doute une première dans l’histoire des mouvements de libération. Dans cette affaire, la France est clairement dans le rôle du pompier pyromane. Tout laisse croire qu’elle va défaire les jihadistes, mais sa victoire coûtera aux Maliens leur Etat et leur honneur.
Question : Qu’entendez-vous par là ?
Réponse : Je veux juste dire que c’en est fini pour longtemps de l’indépendance du Mali et de sa relative homogénéité territoriale. Il faudrait être bien naïf pour s’imaginer qu’après s’être donné tant de mal pour libérer le Nord, la France va remettre les clefs du pays à Dioncounda Traoré et aux Maliens et se contenter de grandes effusions d’adieu. Non, le monde ne marche pas ainsi. La France s’est mise en bonne position dans la course aux prodigieuses richesses naturelles du Sahara et on la voit mal laisser tomber la rébellion touarègue qui reste entre ses mains une carte précieuse.
Un épisode de cette guerre est passé inaperçu, qui mérite pourtant réflexion : la prise de Kidal. On en a d’abord concédé la «prise» à un MNLA qui n’a plus aucune existence militaire et quelques jours plus tard, le 29 janvier, les soldats français sont entrés seuls dans la ville, n’autorisant pas les forces maliennes à les y accompagner.
Iyad Ag Ghali, patron d’Ançar-dine, discrédité par ses accointances avec Al-Qaïda au Maghreb islamique et le Mouvement pour l’unité et le jihad en Afrique de l’ouest (MUJAO), est presque déjà hors jeu et son rival «modéré» Alghabasse Ag Intalla, chef du Mouvement islamique de l’Azawad (MIA), est dans les meilleures dispositions pour trouver un terrain d’entente avec Paris. En somme, les indépendantistes Touareg vont avoir après leur débâcle militaire un contrôle politique sur le nord qu’ils n’ont jamais eu. C’est un formidable paradoxe, mais l’intérêt de l’Occident, c’est un Etat central malien sans prise sur la partie septentrionale du pays. Les pressions ont commencé pour obliger Dioncounda Traoré à négocier avec des Touareg modérés sortis de la manche de Paris et on ne voit pas un président aussi affaibli que Dioncounda Traoré résister à Hollande. Que cela nous plaise ou non, le «printemps arabe» est en train de détacher définitivement l’Afrique du Nord du reste du continent et la «nouvelle frontière» c’est en quelque sorte le Nord-Mali. Cela correspond à un projet stratégique très clair, très cohérent, de l’Occident et il est en train de le mettre en œuvre.
Qu’avez-vous pensé en voyant ces jeunes Maliens brandissant des drapeaux français ?
Réponse : Certains disent que c’est un montage. Je ne suis pas du tout de cet avis. Ces images disent au contraire l’immense soulagement des Maliens. Ce sont des images particulièrement perturbantes et c’est pour cela que nous devons oser les affronter. La vraie question c’est moins ce qu’il faut penser de l’Etat Français que de nous-mêmes, je veux dire de nous les intellectuels et les politiciens africains. Comment se fait-il que nos populations soient laissées dans un tel état d’abandon ? Ce qui doit nous interpeller tous, ce sont ces images-là : les troupes françaises qui ont occupé ce pays voisin, le Mali, pendant des siècles d’une colonisation barbare, y reviennent cinquante ans après l’indépendance et sont accueillis comme des libérateurs. N’est-ce pas là un sérieux motif de perplexité ?
Que pouvait bien valoir, finalement, l’indépendance du Mali ? Qu’a-t-il fait de l’héritage de Modibo Keita ? La question qui se pose en définitive à nous tous, et sans doute avec une force particulière aux anciennes colonies françaises d’Afrique subsaharienne, c’est celle de notre souveraineté nationale. Certains retournements historiques sont durs à avaler et nous y avons tous une part de responsabilité. Mais il m’arrive d’en vouloir surtout à nos historiens ; j’ai parfois l’impression que la plupart de ces brillants esprits ne mettent pas leur connaissance intime de notre passé au service de la compréhension des enjeux du présent. Beaucoup d’entre eux ont pour ainsi dire le nez dans le guidon tandis que d’autres répètent les mêmes phrases depuis des décennies sans paraître se rendre compte des mutations qui n’en finissent pas d’intervenir.
Question : Quelles sont les autres images qui vous ont frappé dans cette guerre ?
Réponse : Une en particulier : celle de ces gamins maliens au bord des routes, regardant passer les militaires Toubab un peu comme ils le faisaient à l’occasion du Paris-Dakar. Je me suis plusieurs fois demandé ce que ça doit faire dans la tête d’un enfant de voir ça. On a rarement vu une population à ce point ébahie par ce qui se passe chez elle et ne comprenant rien à ce qui est pourtant censé être sa propre guerre. On a parfois le sentiment qu’ils ne savent pas si ce qu’ils ont sous les yeux, et qui est si fou, c’est de la réalité ou juste de la télé.
Question : L’opération Serval ne va-t-elle pas, malgré tout, redorer le blason de la France en Afrique ?
Réponse : Ce n’est pas impossible mais cela m’étonnerait. Les transports amoureux en direction des soldats français viennent du cœur, mais ils sont passagers. Les véritables objectifs de cette guerre vont être de plus en plus clairs pour les Maliens et, pour eux, le réveil risque d’être douloureux. Ça n’existe nulle part, des forces étrangères sympa. Les medias français peuvent toujours se bercer d’illusions, mais à leur place, je me dirais que la mariée est quand même trop belle ! Et puis, vous savez, l’opération Serval a lieu au moment même où la presse parisienne révèle chaque jour des faits de plus en plus précis prouvant le rôle actif des services français dans l’attentat du 6 avril 1994 qui a déclenché le génocide des Tutsi du Rwanda. L’implication résolue de la France dans le dernier génocide du vingtième siècle est une tâche indélébile sur son honneur, les vivats momentanés de Gao et Tombouctou ne vont pas l’effacer.
Question : Quelles leçons le Mali peut-il tirer de ce conflit ?
Réponse : Tout d’abord, cela doit être extrêmement dur ces temps-ci d’être un militaire malien. Voici une armée nationale se battant dans son propre pays et dont les morts ne comptent même pas, à l’inverse de celle du pilote français d’hélicoptère, Damien Boiteux, abattu au premier jour des combats. Ce que toutes ces humiliations doivent montrer au Mali, c’est ce qu’une certaine comédie démocratique, destinée surtout à plaire à des parrains étrangers, peut avoir de dérisoire. Le Mali est un cas d’école : cité partout en exemple, il a suffi d’un rien pour qu’il s’effondre. Et on y voit déjà à l’œuvre des mécanismes d’exclusion qui peuvent devenir de plus en plus meurtriers : tout Touareg ou Arabe risque d’être désormais perçu comme un complice des groupes jihadistes ou de la rébellion touarègue.
Conscients de ce danger, des intellectuels maliens comme Aminata Dramane Traoré n’ont cessé de tirer la sonnette d’alarme au cours des derniers mois, mais personne n’a voulu les écouter. Les relations entre les différentes communautés du Mali ont toujours été fragiles et la menace d’affrontements raciaux n’a jamais été aussi sérieuse. C’est le moment de dépasser les vieilles rancœurs. Peu de temps après le carnage d’Aguelhok, j’ai eu l’occasion de parler dans un lycée de Bamako. Il y avait des jeunes Touareg dans l’assistance et ils avaient manifestement peur de ce qui pourrait leur arriver un jour ou l’autre. Rien, justement, ne doit leur arriver. Ils n’ont pas à payer pour les crimes de quelques politiciens ambitieux, qui sont d’ailleurs surtout laquais de Paris.
Question : Il se dit partout que la lenteur de la réaction africaine a ouvert un boulevard à la France et l’a même légitimée. Comment peut-on éviter qu’une telle situation ne se reproduise ?
Réponse : Oui, on a beaucoup critiqué, à juste titre, les atermoiements des Etats africains, mais il faut tout de même comprendre qu’il est suicidaire de s’engager à mains nues dans une guerre aussi complexe. C’est toutefois précisément le reproche qu’on peut faire à nos pays : de ne s’être pas dotés des moyens de se défendre, individuellement ou collectivement.
Et ici, on en revient à ce que Cheikh Anta Diop a toujours dit : «La sécurité précède le développement et l’intégration politique précède l’intégration économique.» Son parti, le RND, vient d’ailleurs de le rappeler dans une déclaration sur la guerre au Mali. Sa vie durant, Cheikh Anta Diop a insisté sur la nécessité d’une armée continentale forte. Sa création ne peut évidemment pas être une affaire simple, mais en voyant tous ces soldats ouest africains redevenus des «tirailleurs sénégalais», on a un peu honte et on se dit que sur cette question aussi Cheikh Anta Diop avait vu juste avant tout le monde. Je pense qu’il n’est pas trop tard pour méditer ses propos. Et, soit dit en passant, le président Sall ferait bien de s’en souvenir au moment où il semble vouloir donner une seconde vie au NEPAD.
Propos recueillis par Souleymane Ndiaye, «Le Pays au Quotidien»

Un quatrième soldat français tué au Mali

JournalDuMali.com: Un quatrième soldat français tué au Mali

Le décès de ce brigadier-chef est survenu mercredi matin alors qu'il participait à une opération dans l'Est du Mali.

Il est le quatrième soldat français emporté dans la guerre menée par l'armée française contre les islamistes armés du Nord-Mali. Wilfried Pingaud, 37 ans, brigadier-chef du 68e régiment d'artillerie d'Afrique de La Valbonne (Ain), a été tué mercredi matin alors qu'il «participait à une opération dans l'Est du Mali, à 100 kilomètres de Gao», a annoncé l'Elysée.

Il intervenait «dans des opérations de sécurisation menées par les forces maliennes, africaines et françaises autour de Gao», quand il a été «mortellement touché dans un accrochage avec des groupes terroristes locaux près de Tin Keraten», une localité située à l'est du pays, a précisé le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, dans un communiqué. Lors d'une conférence de presse, le porte -parole de l'état-major des armées, Thierry Burkhard, a précisé que le soldat était mort «peu avant midi, des suites de ses blessures». «Parallèlement, quatre soldats maliens ont été blessés» dans l'opération, a-t-il ajouté. Il a par ailleurs annoncé que «dans la région de Tessalit, une demi-douzaine de terroristes se sont rendus» aux forces françaises», et qu' «une dizaine d'autres» ont été neutralisés près de Gao.

Détermination «totale» de la France

Dans un communiqué, le président François Hollande «rend hommage au sacrifice de ce militaire qui a accompli avec courage et dévouement sa mission pour libérer le Mali des groupes terroristes. Il adresse à sa famille et ses proches ses très sincères condoléances et les assure de la pleine solidarité de la Nation». Le 11 janvier dernier, au premier jour de l'opération Serval, un pilote d'hélicoptère avait péri dans la région de Sévaré, aux premières heures de l'opération militaire française. Les 19 février et 2 mars, un sergent-chef de la Légion étrangère et un caporal parachutiste étaient à leur tour tués lors d'accrochages dans le massif de l'Adrar des Ifoghas.

Près de 4000 militaires français sont actuellement déployés au Mali. Le ministre de la Défense a rappelé ce mercredi la détermination «totale» de la France à mener «jusqu'à leur terme» les opérations militaires pour éliminer les groupes islamistes armés et restaurer l'intégrité du Mali.

Mali: «Ceux qui ont pris les armes contre l’Etat seront combattus» - maliweb.net

Mali: «Ceux qui ont pris les armes contre l’Etat seront combattus» - maliweb.net
La ville de Gao, la plus importante du nord du Mali, a été libérée le 26 janvier dernier. Elle est aujourd’hui contrôlée par les armées malienne et française. Des bataillons nigériens sont aussi présents, ainsi que « les hommes d’Ag Gamou », le colonel touareg resté fidèle à l’Etat malien. Farouche opposant des indépendantistes touaregs, le colonel Ag Gamou est devenu un homme clé dans le nord du Mali. Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), exactions de l’armée malienne, ambitions politiques pour l’après-guerre, le colonel El Hadj Ag Gamou s’explique.
RFI : Vous êtes entré à Gao avec vos hommes après la libération de la ville. Aujourd’hui combien de soldats comptez-vous dans la ville de Gao ?
Colonel El Hadj Ag Gamou : J’ai plus de 500 hommes dans la ville de Gao aujourd’hui.
Est-ce que vous en avez aussi ailleurs, à Kidal, à Ménaka, dans l’Adrar des Ifoghas où concentrent aujourd’hui les combats ?
J’ai une section renforcée à Ménaka et à Sango. J’ai d’autres éléments aussi qui sont avec les unités françaises dans l’Adrar.
Ils sont nombreux là-bas ?
Ce sont juste des éléments qui connaissent le terrain, une vingtaine.
Est-ce qu’ils participent aux combats de ces derniers jours ?
Bien sûr, parce que ce sont eux qui guident les unités. Ce sont des gens des lieux qui connaissent parfaitement le terrain.
Le 9 février dernier, vos hommes ont arrêté quatre combattants du MNLA dont un cadre, Abdoul Karim ag Matafa, près de Ménaka. Aujourd’hui, où ces hommes se trouvent-ils ?
Dans l’armée, la tradition est très claire : les militaires arrêtent et se mettent à disposition de la gendarmerie. C’est elle qui est spécialisée pour les enquêtes. On les a mis à disposition de la gendarmerie, à partir de Gao.
Ca veut dire qu’ils sont à la gendarmerie de Gao actuellement ? Ou ils ont été transférés à Bamako ?
Je ne sais pas. Je les ai mis à la disposition de la gendarmerie, depuis Ménaka d’ailleurs. Une mission de la gendarmerie est venue là-bas et les a mis à leur disposition.
Le président de transition, Dioncounda Traoré, dit qu’il est possible de discuter avec un groupe comme le MNLA ? Qu’en pensez-vous ?
C’est trop politique. Je n’ai aucune réponse par rapport à cela.
C’est trop politique mais vous avez peut-être quand même une opinion ? Est-ce que vous ne pensez pas que discuter avec un groupe comme le MNLA, que vous combattez, est malgré tout inévitable pour une sortie de crise ?
Selon moi aujourd’hui, on mène une opération. Tous ceux qui sont sur le terrain en armes, on va les combattre. On ne fait pas de différence entre tel ou tel groupe. Pour moi, ce sont les mêmes. Ils ont pris les armes contre nous, contre l’Etat et c’est cela que je vois.
De nombreuses associations de défense des droits de l’homme pointent la responsabilité de l’armée malienne dans des exactions commises contre des populations du Nord, en particulier contre des populations touaregs. En tant que soldat malien et en tant que touareg, vous en pensez quoi ?
Il y a beaucoup de choses qui se disent et qui ne sont pas vraies. J’ai participé aux opérations de Gao, du Niger jusqu’à Gao. Je n’ai en tout cas jamais vu un soldat qui a montré ce comportement. Donc les gens parlent, mais je n’ai pas vu. Je pense que c’est une campagne et qu’il faut vraiment faire attention parce que les gens en parlent trop pour encore nous créer des problèmes. Ce n’est pas la peine que les gens continuent à dire que les Touaregs, les Arabes, sont ceci, que l’armée a fait cela. Non. En tout cas, ce qui est sûr, tous les soldats qui vont commettre ces erreurs-là, on va les mettre à disposition de la justice.
Après les attaques qui ont visé le MNLA à In-Khalil, est-ce que vous craignez des tensions intercommunautaires entre Arabes et entre Touaregs dans le pays ?
Là aussi il faut faire attention. Il ne faut pas créer un problème là où il n’y en a pas. Moi par exemple, je suis Touareg. Je n’ai aucun problème avec les Arabes. Ce sont mes frères, ce sont des Maliens. Ceux qui sont de vrais citoyens maliens, il faut les protéger. C’est la même chose que pour les Touaregs. Les Touaregs qui sont bons, il faut les protéger. Les Touaregs qui sont mauvais, il faut les traiter. Ceux qui doivent être mis en prison, doivent être mis en prison, qu’ils soient Touaregs, Bambara, Songhai et Arabes. Ca c’est les méchants, ceux qui sont complices avec les vrais ennemis. Maintenant, ceux qui sont bons, il faut les protéger.
Ces attaques d’In-Khalil ont été revendiquées par le Mouvement arabe de l’Azawad (MAA). Est-ce que vous pensez que derrière ce mouvement, il se cache vraiment un mouvement de revendication arabe ou est-ce que vous pensez qu’il s’agit d’un prête-nom pour des combattants du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest, le Mujao ?
Je ne connais pas grand-chose sur ce mouvement. Ce que je sais, les Arabes ne sont pas tous des terroristes. Les gens qui ont fait tous ces différents attentats sont tous noirs. A In-Khalil, c’est une fraction Idnan et une famille touarègue qui a ont des petits problèmes avec les commerçants arabes sur place. Mais ça ne veut pas dire que ce sont les Touaregs. Cette famille ne représente pas les Touaregs. Les Arabes qui ont été aussi impliqués, ils ne représentent pas les Arabes. Il faut faire la part des choses.
Est-ce que vous avez des ambitions politiques pour l’après-guerre ?
Non, pas du tout. Je n’ai aucune ambition politique. Je suis soldat, les soldats sont hors politique. Je suis là pour la défense de l’intégrité du territoire du Mali parce que je suis militaire, je suis formé pour cela. Et c’est ça ma mission. Normal.
On vous prête des ambitions dans la ville d’Aguelhok où vous avez de la famille.
J’avais mes parents partout : Aguelhok, Tessalit, Kidal, Tinzawaten, Ménaka, Gao, Tombouctou.
Donc pas de politique. Ca ne vous intéresse pas.
Non, la politique ne m’intéresse pas. Pas du tout.
On parle de la mort de deux grands chefs d’al-Qaïda, Abou Zeid et Mokhtar Belmokhtar, est-ce que vous avez des informations à ce sujet ?
Je n’ai aucun détail sauf ce que j’ai entendu à la radio comme tout le monde.
Par David Baché rfi.fr
SOURCE: du 6 mar 2013.