lundi 30 septembre 2013

Au Mali, Kidal sous tension

Au Mali, Kidal sous tension
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Des rebelles du MNLA, le 26 juillet à Kidal.
Des rebelles du MNLA, le 26 juillet à Kidal. | AP/Rebecca Blackwell

Fief historique des rébellions touareg, Kidal, la grande ville du nord malien, a été le théâtre ces derniers jours de plusieurs incidents violents dont des échanges de tirs entre des membres du MNLA et des soldats de l'armée malienne. Ces affrontements restent circonscrits et n'ont jusqu'ici fait que des blessés, mais ils témoignent d'un regain de tension alors que les négociations entre le gouvernement central de Bamako et les groupes rebelles sont au point mort.

 
 
Le premier incident s'est produit vendredi 27 septembre, dans la soirée, lorsque des militaires maliens ont été visés par une attaque à la grenade devant la Banque malienne de solidarité (BMS), un symbole de l'Etat central, dans cette ville de 15 000 habitants. L'un des projectiles a explosé, blessant deux soldats. La deuxième grenade a été détruite par des éléments de la force française Serval. Moins de quarante-huit heures plus tard, dimanche 29 septembre, des affrontements entre les troupes régulières maliennes et de jeunes combattants touareg ont débuté après un incident survenu à nouveau devant le bâtiment de la BMS.
PANIQUE DANS LA VILLE
Selon l'un de ses proches joint par Le Monde, un cadre du MNLA, Inkenane ag Attaher, a été arrêté à bord de son véhicule par des soldats maliens en faction devant l'établissement bancaire, alors qu'il n'était pas armé, et fouillé lorsque, sans sommation, un soldat malien posté sur le toit de la BMS ouvre le feu. Touché par trois impacts de balle, dont un dans le dos, il est grièvement blessé ainsi que deux autres personnes qui l'accompagnaient. Le colonel Diaran Koné, porte-parole du ministère de la défense malien, a démenti que l'armée malienne ait fait feu en premier, déclarant à l'agence de presse AP que le MNLA "a fait feu sur nos soldats".
La nouvelle de cet accrochage a en tous cas vite fait le tour de Kidal et déclenché, selon des témoignages, une forme de panique dans cette cité qui a été gérée tout le premier semestre 2013 par le seul MNLA. Au cours de l'été, Bamako a fait revenir son armée à la faveur des accords de Ouagadougou, signés, le 18 juin, entre le précédent pouvoir malien, issu du putsch du 22 mars 2012, et deux composantes du nord du Mali, le MNLA et le Haut Conseil pour l'unité de l'Azawad (HCUA). Panique qui aurait été amplifiée par l'explosion d'un hangar plein de munitions, situé à la périphérie de la ville.
INTERVENTION DES TROUPES FRANÇAISES
L'intervention des troupes françaises de l'opération Serval et des casques bleus de la Minusma a évité l'affrontement direct entre les combattants touareg sortis avec leurs armes et l'armée malienne. Des échanges de tirs ont à nouveau éclaté lundi matin. Ils ont mis aux prises les forces maliennes et "une douzaine d'individus armés non identifiés", indique une source militaire française qui confirme que des soldats français, qui patrouillaient dans la ville, ont également essuyé des tirs.
Du côté des rebelles touareg, on incrimine le pouvoir central. "La situation est extrêmement tendue", estime Moussa ag Acharatoumane, le représentant du MNLA en France. "Contrairement à ce que peut laisser croire l'élection du nouveau président malien, le pays n'est absolument pas stabilisé, poursuit-il, la question du règlement de la question politique du Nord-Mali reste entière et l'ensemble des processus de discussions sont suspendus".
Du côté de Bamako, on estime avoir été fidèle aux engagements des accords de Ouagadougou, notamment sur la remise en liberté de combattants touareg ou sur le respect du cessez-le-feu. Ce que conteste le MNLA. "Seuls 36 prisonniers ont été libérés sur les 300 encore détenus, l'armée envoie des hommes à Menaka, Gao et Kidal et a brisé le cessez-le-feu", assure le porte-parole du MNLA à Paris. Ce dernier dénonce, enfin, les fausses nouvelles laissant croire que des alliés d'Al-Qaida, le groupe Ansar Eddine, auraient envoyé des renforts au MNLA à Kidal.
NÉGOCIATIONS ROMPUES AVEC BAMAKO
Cette dégradation sécuritaire à Kidal intervient alors que les trois groupes rebelles touareg et arabe – le MNLA, le HCUA et le MAA – ont annoncé suspendre leur participation aux négociations avec Bamako sur le statut du Nord-Mali, problématique à l'origine de la crise traversée par le pays. Selon une source régionale, très au fait des questions du Nord-Mali, plusieurs facteurs expliquent ce recul général et ces tensions, notamment les "énormes contradictions et divisions" au sein du MNLA, ou encore la position très ferme du président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, "IBK", qui a dès son entrée en fonction fermé la porte à toute idée d'autonomie de la région.
En outre, poursuit cette source, "les négociations supposent une certaine confiance entre les parties. Le fait que l'armée malienne essaie d'occuper des positions dans la ville met à mal cette confiance". Ce bon connaisseur du dossier ne pense toutefois pas à un risque de reprise généralisée des hostilités. Le sujet sera en tous cas à l'ordre du jour de l'entretien prévu mardi matin 1er octobre, à l'Elysée entre le chef de l'Etat malien, en visite officielle à Paris, et le président François Hollande.

Au Mali, les attaques contre l'armée se multiplient dans le Nord

Au Mali, les attaques contre l'armée se multiplient dans le Nord
Monde.fr avec AFP et Reuters | • Mis à jour le
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Soldats maliens en patrouille entre les villes de Kidal et Gao, dans le nord du Mali, en juillet 2013.
Soldats maliens en patrouille entre les villes de Kidal et Gao, dans le nord du Mali, en juillet 2013. | AFP/KENZO TRIBOUILLARD

Le Mali était sous forte pression en ce début de semaine après une escalade de violences dans le Nord. Des affrontements ont opposé soldats maliens et hommes du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA) pour la deuxième journée consécutive, lundi 30 septembre à Kidal, fragilisant un peu plus la situation dans ce bastion de la rébellion touareg. Ces échanges de tirs se produisent à nouveau dans cette grande ville du nord, chef-lieu de région à plus de 1 500 km au nord-est de Bamako et fief du MNLA.

La veille, deux civils avaient été tués dans une attaque-suicide à Tombouctou, revendiquée lundi par AQMI selon des médias mauritaniens, et des soldats avaient échangé des tirs avec des hommes armés. Des militaires maliens ont affirmé avoir été attaqués en fin d'après-midi par des hommes armés, sur lesquels ils ont réussi à prendre le dessus après deux heures d'échanges de tirs. Des militaires de l'opération française Serval et de la mission de l'ONU, la Minusma, sont venus en renfort, mais sans intervenir, selon un responsable du gouvernorat de Kidal.
Dimanche soir, le MNLA a toutefois accusé les soldats maliens d'"actes de provocation", et annoncé que trois de leurs hommes avaient été blessés dans les tirs. "Des soldats maliens ont délibérément ouvert le feu sur une unité mobile du MNLA alors que celle-ci circulait dans le centre de Kidal", "en tirant des rafales de mitraillettes", affirme le groupe. Selon lui, le chef de l'unité, qui figure parmi les blessés, était "descendu de son véhicule en levant les mains pour bien montrer que son unité n'était nullement dans une position de belligérance". "Cette flagrante agression a poussé le reste de l'unité à riposter", ajoute-t-il dans un communiqué publié sur son site Internet.
DIALOGUE SUSPENDU AVEC LE GOUVERNEMENT
Ces violences se sont déroulées non loin d'une banque où, deux jours auparavant, des militaires maliens avaient été visés par une attaque à la grenade, qui avait blessé deux soldats. Ils ont aussi été précédés, dans l'après-midi, d'une explosion, imputée dans un premier temps à un kamikaze qui aurait manipulé accidentellement sa ceinture explosive. Mais dimanche soir, le gouverneur de Kidal a infirmé ces informations, indiquant que l'explosion avait eu lieu "dans un magasin où se trouvaient des armes qui n'appartiennent pas à l'armée régulière", et avait fait un blessé grave.
Démonstration de soutien au MNLA par des touaregs à Kidal, en juillet.
Démonstration de soutien au MNLA par des touaregs à Kidal, en juillet. | AFP/KENZO TRIBOUILLARD

Kidal est un fief du MNLA, le mouvement de rébellion touareg qui avait déclenché, en janvier 2012, une offensive contre l'armée malienne dans le Nord. Après l'intervention française, un an plus tard, le MNLA, qui avait été entre temps évincé du terrain par les djihadistes, a repris le contrôle de Kidal en février, y refusant la présence des armées et administrations maliennes. Jusqu'à la signature, en juin, d'un accord avec le gouvernement malien et deux autres groupes armés (un touareg, un arabe) ayant leurs bases dans le Nord.
Cet accord paraphé à Ouagadougou avait permis le cantonnement des hommes du MNLA et l'arrivée, début juillet, de soldats maliens, puis de l'administration. Mais le 26 septembre, les trois groupes armés signataires de l'accord ont annoncé qu'ils suspendaient leur participation aux discussions avec le gouvernement malien, l'accusant de ne pas respecter ses engagements. Les autorités maliennes ont assuré être toujours disposées au dialogue.

vendredi 27 septembre 2013

INFO OBS. Mali : les rebelles touaregs du MNLA se retirent du processus de paix - Le Nouvel Observateur

INFO OBS. Mali : les rebelles touaregs du MNLA se retirent du processus de paix - Le Nouvel Observateur
Ils accusent Bamako de ne pas tenir ses engagements.
Les rebelles gardent néanmoins la porte entrouverte à une reprise des discussions : ils annoncent avoir envoyé "une correspondance à la Médiation pour la tenue d’une réunion extraordinaire". (DR)
Les indépendantistes touaregs du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), ainsi que deux autres groupes rebelles du Nord du Mali, le Haut Conseil pour l’Unité de l’Azawad (HCUA) et le Mouvement Arabe de l’Azawad (MAA), ont annoncé, jeudi 26 septembre dans la soirée, qu'ils suspendaient leur participation au processus de négociations avec l'Etat malien.
Dans un communiqué, ils déclarent informer "l’opinion nationale et internationale que suite aux multiples difficultés de mise en œuvre de l’accord de Ouagadougou, causées notamment par le non respect par la partie gouvernementale malienne de ses engagements", la coordination qui rassemble ces trois groupes "a décidé de suspendre sa participation aux structures de mise en œuvre du dit accord."
Les accords de Ouagadougou, conclus en juin dernier entre Bamako et les rebelles sous l'égide de la communauté internationale, jetaient les bases d'une future négociation entre les deux belligérants. Mais les groupes rebelles ne cessent depuis d'accuser l'Etat malien de s'être rendu coupable de multiples violations de cet accord, signé dans la précipitation, sous la pression internationale, afin de permettre la tenue de l'élection présidentielle les 28 juillet et 11 août.

Réunion d'urgence

Contacté par "le Nouvel Observateur", Moussa ag Acharatouman, l'un des fondateurs du MNLA (qui nous avait déjà déclaré, la semaine dernière, que les rebelles faisaient pression sur leur chef pour se retirer des négociations), assure que la décision de "remettre en cause le processus de paix" a été prise "à l'unanimité" par les trois groupes rebelles. En cause : "le non respect par Bamako de ses engagements", explique-t-il. "Il faut maintenant qu'on remette tout à plat, que le fond même de ces accords soit rediscuté", poursuit-il.
Dans leur communiqué signé par Mossa Ag Attaher pour le MNLA, Ahmada ag Bibi pour le HCUA et Boubacar Taleb pour le MAA, les trois mouvements rebelles précisent que "cette suspension est intervenue depuis le 18 septembre 2013 à l’occasion de la deuxième réunion du Comité de suivi et d’évaluation du dit accord." Mais ce n'est que ce soir qu'elle est rendue publique.
Les insurgés prennent cependant soin de garder la porte entrouverte à une reprise des discussions : ils annoncent avoir envoyé "une correspondance à la Médiation pour la tenue, à Ouagadougou, dans l’urgence, d’une réunion extraordinaire de toutes les parties impliquées dans l’accompagnement de l’accord de Ouagadougou en vue d’évaluer la mise en œuvre de cet accord."
Sarah Halifa-Legrand - Le Nouvel Observateur

Mali : les rébellions touareg et arabe suspendent les négociations avec Bamako, la paix s’éloigne - France-Monde - www.lavoixdunord.fr

Mali : les rébellions touareg et arabe suspendent les négociations avec Bamako, la paix s’éloigne - France-Monde - www.lavoixdunord.fr

Les rébellions touareg et arabe ont annoncé jeudi soir qu’elles suspendaient les négociations avec le gouvernement malien portant sur les territoires du Nord, où vivent essentiellement ces communautés, ce qui fragilise les perspectives de paix durable au Mali. La question du statut du nord malien, que les mouvements touareg appellent Azawad, hérisse les deux camps. Les rebelles souhaitent l’autonomie, dont Bamako ne veut pas entendre parler.
 

Le conflit au Mali est loin d’être réglé malgré les efforts de François Hollande. PHOTO AFP

AFP
Le conflit au Mali est loin d’être réglé malgré les efforts de François Hollande. PHOTO AFP
« Suite aux multiples difficultés de mise en oeuvre de l’accord de Ouagadougou causées notamment par le non-respect par la partie gouvernementale malienne de ses engagements », le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), le Haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA) et le Mouvement arabe de l’Azawad (MAA), ont « décidé de suspendre (leur) participation aux structures de mise en oeuvre dudit accord ». Les trois mouvements, dans un communiqué commun, appellent à la tenue d’une « réunion extraordinaire, dans l’urgence, de toutes les parties ».
Les Touaregs disent tout et son contraire
Le MNLA, le HCUA et le MAA datent la prise de cette décision au 18 septembre, « à l’occasion de la deuxième réunion du Comité de suivi et d’évaluation dudit accord », expliquent-ils. Après trois jours de réunion à Bamako, ces groupes, dont certains se sont combattus durant la crise qui a meurtri le Mali entre 2012 et 2013, s’étaient également dits « soucieux de préserver l’unité nationale et l’intégrité territoriale de la République du Mali » et avaient promis de « ne pas utiliser la violence comme moyen d’expression ».
Mais quelques heures plus tard, le MNLA, via son vice-président Mahamadou Djeri Maïga, affirmait à l’AFP que son mouvement « ne négocierait rien (d’autre) que l’autonomie de l’Azawad », « ou il n’y (aurait) pas de négociations avec les autorités maliennes ».
Des positions diamétralement opposées
Dans le même temps, le président malien Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) assurait qu’il ne « (négocierait) jamais l’intégrité territoriale du Mali ainsi que l’unité nationale ». Deux positions diamétralement opposées.
Que dit l’accord de Ouagadougou, aujourd’hui remis en question ?
L’accord de Ouagadougou, qui a mis fin à 18 mois de crise politico-militaire au Mali, a permis l’organisation de l’élection présidentielle du 28 juillet ayant porté IBK au pouvoir. Un volet de l’accord, dans lequel rebelles et responsables gouvernementaux s’engageaient à respecter l’intégrité territoriale du pays, garantissait la tenue de pourparlers de paix soixante jours après l’installation du nouveau gouvernement malien, notamment afin de décider du statut de la région nord.
Vivant essentiellement dans le Nord, la communauté touareg — quelques centaines de milliers de personnes sur une population totale d’environ 15 millions d’habitants — s’estime mise à l’écart du développement du reste du pays. Le MNLA, allié à divers groupes armés dont des jihadistes, a lancé en janvier 2012 des attaques contre l’armée dans le nord du Mali, qui ont servi de prétexte à des militaires pour renverser le 22 mars 2012 le président Amadou Toumani Touré en l’accusant d’incurie dans la gestion de cette offensive. Le putsch a précipité la chute du nord du Mali aux mains des groupes armés. Les jihadistes ont fini par évincer du terrain leurs ex-alliés touareg et ont occupé ces régions pendant plusieurs mois en 2012, avant d’être chassés à partir de janvier 2013 par une intervention militaire franco-africaine.
Mi-septembre, la rébellion touareg a menacé d’« anéantir » l’armée malienne après un accrochage entre les deux camps, qui a fait plusieurs morts, sans précision

jeudi 19 septembre 2013

L'avenir du Mali suspendu à la question touareg

L'avenir du Mali suspendu à la question touareg

Bamako – Ouaga : Des brouilles persistantes, malgré les apparences | Mali Actualités

Bamako – Ouaga : Des brouilles persistantes, malgré les apparences | Mali Actualités

Bamako – Ouaga : Des brouilles persistantes, malgré les apparences


Bamako – Ouaga : Des brouilles persistantes, malgré les apparences

Le Président du Faso, Blaise Compaoré, assistera, en principe, ce jeudi 19 septembre 2013, à l’intronisation en grande pompe, du nouveau président malien élu, Ibrahim Boubacar Kéita. C’est devenu presque une tradition pour les chefs d’Etat de la sous-région de participer à l’investiture de leurs pairs. Mais, au-delà de ces salamalecs de bon voisinage, force est de reconnaître que les relations au sommet entre le Mali et le Burkina ne sont vraiment pas au beau fixe.

 

En tout cas, pas comme au temps du pouvoir du président Amadou Toumani Touré (ATT), où les chefs d’Etats malien et burkinabè se rendaient souvent visite, participaient régulièrement à des événements dans l’un ou l’autre pays.


Aujourd’hui, avec la présence attendue du président Compaoré à l’investiture d’IBK, l’on ne peut pas dire que c’est toujours le même parfait amour entre Bamako et Ouagadougou. Certes, le présent déplacement du chef de l’Etat burkinabè intervient après la visite que lui a rendue IBK le 31 août dernier afin de le remercier pour sa médiation sur la crise malienne ; toute chose qui a permis la tenue de la présidentielle du 28 juillet 2013, suite notamment à la conclusion de l’accord préliminaire de Ouagadougou du 18 juin. Mieux, le président de la transition malienne avait fait le déplacement du palais de Kossyam pour décorer le médiateur burkinabè de la CEDEAO pour les énormes services rendus à son pays.


Les apparences peuvent tromper


Mais, ce ne sont là que des apparences qui ne disent pas tout sur les relations malo-burkinabè.

La preuve, ce 17 septembre 2013, le nouvel ambassadeur de la République du Mali Drissa Coulibaly était attendue à Kossyam pour la présentation de sa lettre de créance au président Compaoré. Finalement, il ne s’est pas présenté à la cérémonie. Drissa Coulibaly a été nommé ambassadeur par le président de la transition en fin de mission, en remplacement de l’ambassadeur Mamadou Traoré qui a passé moins de deux ans en poste à Ouaga. Cette absence de l’ambassadeur Coulibaly à la cérémonie de présentation des lettres de créances ce 17 septembre à la Présidence burkinabè témoigne, si besoin en est, les persistantes brouilles diplomatiques entre le Mali et le Faso.


Crainte du nouvel ambassadeur malien


Tout se passe comme si l’ambassadeur Coulibaly craignait d’être rappelé par le nouveau président. Cela d’autant plus que l’arrivée de Coulibaly à Ouagadougou n’aurait pas été bien accueilli par son prédécesseur Traoré qui, apparemment, n’avait pas encore fini de faire ses valises pour le vol retour sur Bamako.


Ces difficultés dans les relations malo-burkinabè, remontent au putsh du 22 mars 2012. Les militaires putshistes étant foncièrement anti- ATT, ils ne pouvaient pas de prime à bord garder les mêmes rapports bilatéraux avec le Faso. Le dicton est bien connu, « l’ami de ton ennemi est ton ennemi ».


Et l’embargo sous régional imposé au pouvoir de Sanogo et auquel les autorités burkinabè ont souscrit, ne pouvait que contribuer à dégrader l’axe Bamako – Ouaga. Même avec l’entrée en fonction de Dioncoundé Traoré, les relations bilatérales n’ont pas beaucoup bougé. Le président intérimaire semblait plus proche de Paris ou de N’Djamena que de Ouaga, ne serait-ce que du fait de l’action des forces françaises et tchadiennes, qui ont permis de libérer le Mali du joug des djihadistes.


Aujourd’hui, encore, le ciel entre Bamako et Ouagadougou est loin d’être totalement dégagé. Même avec l’installation d’IBK, que l’on dit proche du Capitaine, pardon du Général Sanogo, au palais de Koulouba. En cela, l’on peut souhaiter que les retrouvailles ce 19 septembre au sommet entre Maliens et Burkinabé contribuent à renforcer davantage les liens de bon voisinage qu’ont souvent entretenus le Burkina Faso et le Mali. Grégoire B. BAZIE

Source: Lefaso 

Mali : la rébellion ne négociera que sur l’autonomie du Nord (responsable MNLA) | Mali Actualités

Mali : la rébellion ne négociera que sur l’autonomie du Nord (responsable MNLA) | Mali Actualités

mercredi 18 septembre 2013

Mali : complots et trahisons, retour sur 17 mois de chaos - maliweb.net

Mali : complots et trahisons, retour sur 17 mois de chaos - maliweb.net

Mali | Investiture d'IBK : le jour du sacre est arrivé | Jeuneafrique.com - le premier site d'information et d'actualité sur l'Afrique

Mali | Investiture d'IBK : le jour du sacre est arrivé | Jeuneafrique.com - le premier site d'information et d'actualité sur l'Afrique
04/09/2013 à 17:47
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Le président malien IBK, le 21 août. Le président malien IBK, le 21 août. © AFP
Le nouveau président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, a prêté serment mercredi en présence de l'ancien président Moussa Traoré et des principaux candidats du premier tour. Une heure plus tôt, au Palais de Koulouba, s'était déroulée la cérémonie de passation de pouvoirs entre le président de transition, Dioncounda Traoré, et son successeur.
Depuis ce matin, le Mali a retrouvé un président élu. Le dernier en date, Amadou Toumani Touré, avait été contraint à la démission en avril 2012 suite au putsch commis un mois plus tôt par des militaires emmenés par le capitaine Amadou Haya Sanogo. Après la cérémonie de passation de pouvoirs, qui s'est déroulée au Palais de Koulouba, le président par intérim Dioncounda Traoré, qui aura assumé la délicate transition ouverte au printemps 2012, regagnait sous escorte réduite sa résidence privée, tandis qu'Ibrahim Boubacar Keïta se rendait au Centre international de conférence de Bamako (CICB) pour y prêter serment devant la Cour suprême.
>> À lire : "Dossier : qui est vraiment IBK ?"
Sur place, tout ce que la capitale malienne compte de VIP l'avait précédé dans ce palais des congrès d'un millier de places, archi-comble pour l'occasion. Représentants des corps constitués, de l'armée et des forces de sécurité, des congrégations religieuses, de la société civile, des institutions internationales ou des chancelleries étrangères au Mali se côtoyaient en ce jour particulier censé marquer le réveil du Mali au terme – comme le dira IBK dans son discours d'investiture – d'"une longue nuit noire peuplée des pires cauchemars".
Les symboles et les grands absents
De cette cérémonie relativement convenue ont tout de même émergé quelques symboles intéressants. D'abord, la présence en bonne place des principaux challengers d'IBK au premier tour, dont Soumaïla Cissé, qui a dû s'incliner au second tour face au raz-de-marée électoral (77,62 % des suffrages) qui a porté au pouvoir l'ancien premier ministre malien (1994 à 2000). Une illustration du fameux "consensus à la malienne", dans ce pays sans véritable opposition, aux clivages idéologiques introuvables, où les principaux ténors ont fait leurs armes au sein du même parti (l'Adema-Pasj) et où la transhumance perpétuelle brouille la carte des engagements partisans.
La présence de l'ancien président Moussa Traoré, assis à la place d'honneur au côté du Premier ministre de transition, Diango Cissoko et du président de l'Assemblée nationale, Younoussi Touré, pouvait également surprendre. Car dans le programme officiel de la cérémonie, au chapitre du "profil d'Ibrahim Boubacar Keïta", on pouvait lire ceci : "Dès 1986, IBK participe dans la clandestinité au mouvement démocratique malien à l'origine de la révolution de 1991, qui met fin à 23 ans de dictature". Ce mercredi 4 septembre, l'ancien dictateur était honoré par le nouveau chef de l'État, qui débuta son allocution en saluant "le grand républicain" assis au premier rang, à quelques mètres de lui.
À l'inverse, trois grands absents manquaient à cet aréopage. Les anciens présidents Alpha Oumar Konaré (AOK) et Amadou Toumani Touré (ATT), qui se sont succédé à la tête du Mali entre 1992 et 2012, et le désormais général de corps d'armée Amadou Haya Sanogo, ancien chef du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDRE). Si le Mali semble avoir tourné la page de la dictature (comme en ont témoigné les applaudissements nourris adressés par la salle à Moussa Traoré), le bilan des deux décennies AOK-ATT, dont le bilan catastrophique en termes de gouvernance a conduit une partie de l'armée, en mars 2012, à prendre les armes contre le pouvoir civil, reste manifestement un sujet sensible.
Nul n'est et ne sera au-dessus de la loi (...)
Hommage au "grand frère"
La cérémonie s'est déroulée dans une ambiance bon enfant, entrecoupée par les louanges, lancées depuis la salle par la chanteuse Bako Dagnon, une djéli (griotte) du Manden chère à IBK. Venue célébrer, drapée dans une robe à l'effigie de son mentor, le digne descendant de Soundiata Keïta, fondateur de l'empire du Mali, elle venait rappeler l'histoire millénaire de la République du Mali, demeurée un pays mosaïque dont les frontières s'étendaient autrefois de l'Atlantique à la boucle du Niger et du Sahara à la forêt équatoriale. "Je suis contente qu'un Keïta soit élu, explique-t-elle à Jeune Afrique. C'est une grande famille, ce sont des gens honnêtes, épris de justice, qui disent la vérité. "
Le discours d'investiture d'IBK a commencé par un hommage appuyé à son "grand frère", Dioncounda Traoré. Exprimant ensuite sa gratitude à la Cedeao, au président de la République française (évoquant avec lyrisme "les Rafales de François Hollande fendant le ciel depuis leur base de Saint-Dizier" pour venir défaire les djihadistes), aux forces armées tchadiennes ou encore à son rival Soumaïla Cissé, venu reconnaître sa défaite à son domicile privé au lendemain du deuxième tour, le nouveau président, visiblement ému, a réaffirmé les engagements que chacun à Bamako s'accorde à considérer comme une incontournable feuille de route : "restaurer l'autorité de l'État" ; "lutter sans répit contre la corruption" ; "veiller à la bonne gestion des deniers publics". "Nul n'est et ne sera au-dessus de la loi, martèle IBK. Je mettrai fin à l'impunité, aux passe-droits. Nul ne pourra s'enrichir de manière illicite sur le dos du peuple malien."
Plus inattendues, les réquisitions du procureur général de la Cour suprême, quelques minutes plus tôt, faisaient figure de véritable discours politique. Enjoignant le nouveau capitaine du "bateau Mali" de mettre un terme à "la gestion patrimoniale de l'État", de promouvoir "une justice réhabilitée, indépendant et crédible", de "punir les auteurs de crimes" perpétrés durant le conflit de 2012-2013, de combler les lacunes du pays en matière d'éducation, de santé, d'accès à l'eau ou à l'énergie, le haut magistrat achevait son allocution par ce conseil avisé au nouveau président : "Méfiez-vous des rats des palais présidentiels."
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Mehdi Ba, envoyé spécial à Bamako


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Mali | Mali : complots et trahisons, retour sur 17 mois de chaos | Jeuneafrique.com - le premier site d'information et d'actualité sur l'Afrique
18/09/2013 à 11:52
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Le président de transition Dioncounda Traoré (c.), le 11 avril 2012 à Kati, la veille de son inve Le président de transition Dioncounda Traoré (c.), le 11 avril 2012 à Kati, la veille de son inve © AFP/ Habibou Kouyaté
Du putsch de mars 2012 à l'élection d'IBK, que de péripéties ! Un chef d'État a frôlé la mort, le pays est passé à deux doigts de la dictature militaire... Retour sur dix-sept mois de chaos, à la veille de l'investiture du nouveau président.
Des législatives cruciales pour l'avenir du pays doivent encore avoir lieu, mais la page qui s'est ouverte avec le coup d'État de mars 2012 semble s'être définitivement refermée avec l'élection à la présidence d'Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), le 11 août 2013. Le Mali revient de loin. Pas seulement du fait de l'agression touarègue et jihadiste dans le Nord. Le putsch lui-même aurait pu avoir des conséquences beaucoup plus désastreuses sur la stabilité du pays s'il avait abouti à la mise en place d'une transition militaire dont le succès était plus qu'incertain.
Sanogo, au bon moment et au bon endroit
Selon la plupart des témoignages, le 22 mars 2012, les mutins prennent le pouvoir un peu par hasard et ne savent qu'en faire. Même si IBK apparaît déjà comme un recours tant il est populaire dans les casernes, impossible pour lui d'entamer une carrière de dictateur... "Il a toujours voulu le pouvoir, mais de manière démocratique et pacifique", explique l'un de ses proches collaborateurs. Même lorsque le capitaine Amadou Haya Sanogo, dans la nuit du 21 au 22 mars, le harcèle au téléphone, IBK tient bon et ne décroche pas. Mieux : dès le lendemain, il condamne clairement le coup d'État.
Les militaires tentent alors d'imposer leur propre style avec la proclamation d'une loi fondamentale, le 26 mars. Sanogo assume lui-même la fonction de chef de l'État, avant de reculer et de rétablir la Constitution, le 1er avril, devant les menaces d'embargo diplomatique et financier de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao). Aurait-il lâché si facilement du lest si les militaires avaient été mieux préparés ? Rien n'est moins sûr. Et la communauté internationale aurait vraisemblablement eu beaucoup plus de mal à rétablir un semblant d'ordre constitutionnel.
"Sanogo est arrivé au bon endroit au bon moment. Ce n'était ni le plus populaire ni le plus charismatique, il était juste le plus gradé. Le coup d'État était spontané, même si, après, on a appris qu'une "petite chose" avait été organisée..." confie Yamoussa Camara, nommé ministre de la Défense du ­deuxième gouvernement de Cheick Modibo Diara, en août 2012, et reconduit dans ses fonctions dans celui de Diango Cissoko, en décembre. Ce général proche des putschistes fait référence à deux sous-officiers de l'ex-junte, le major Djinama Fomba et l'adjudant-chef Seyba Diarra, qui ont été, selon plusieurs sources, les cerveaux de la révolte.
Il n'est pas interdit non plus de penser qu'on a frôlé l'instauration d'une dictature militaire avec la tentative d'assassinat du président de la transition, le 21 mai 2012. Ce jour-là, une foule de manifestants en colère se dirige sur le palais de Koulouba. Objectif : protester contre la reconduction au poste de président de Dioncounda Traoré (investi le 12 avril) au-delà des quarante jours d'intérim constitutionnel pour engager une transition d'un an, selon le souhait de la Cedeao, qui prévoit aussi l'envoi de troupes étrangères pour sécuriser les organes de la transition. Alors que le dispositif renforcé instauré par Tiéfing Konaté, le ministre de la Sécurité intérieure, a été démobilisé - vraisemblablement à la suite d'un contrordre venu du camp militaire de Kati, quartier général de la junte -, aucun policier ni gendarme n'est visible dans Bamako. Les militaires en faction au palais, dont certains sont hilares, ne tireront même pas un coup de semonce pour protéger le président. Qui est lynché et laissé pour mort.
En convalescence à l'hôtel Pullman-Montparnasse, à Paris, après avoir été évacué en France le 23 mai, Dioncounda Traoré confie à ses proches qu'il est persuadé que Sanogo (qu'il nommera pourtant plus tard général quatre étoiles) est responsable de son agression. "Il y a bien eu complot, mais mené par qui ?" fait mine de s'interroger Tiéman Hubert Coulibaly, l'ex-ministre des Affaires étrangères. Les responsables de la junte, eux, avancent tous la même explication : "Les gardes ont été débordés et n'ont pas voulu tirer sur la foule..."
>> Lire aussi : Comment Diango Cissoko a supplanté Modibo Diarra
"Rouyer a déjoué le coup d'État"
Ce n'est pas la seule fois où Dioncounda Traoré l'aura échappé belle. Le 10 janvier 2013 au soir, alors que l'armée malienne subit une lourde défaite face aux jihadistes à Konna (au centre du pays), la résidence du président à Bamako est envahie par des militaires menaçants, qui prétextent un renforcement de sa sécurité pour le mettre aux arrêts. Sentant que "c'est la fin", celui-ci passe alors des coups de fil pour appeler à l'aide. Informé de la situation, Christian Rouyer, l'ambassadeur de France à Bamako, prévient Paris. "Cette nuit-là, Rouyer a déjoué le coup d'État", assure un collaborateur de Traoré. De fait, les frappes de l'opération Serval commencent dès le lendemain, le 11 janvier.
Mais pour bien saisir le contexte et les enjeux de l'intervention française, il faut considérer en détail la chronologie des événements au tournant de l'année 2012-2013. Les 9 et 10 janvier, en pleine offensive jihadiste, des groupes proputschistes manifestent violemment à Bamako et à Kati contre Dioncounda Traoré, dont ils réclament le départ. Ils protestent en particulier contre sa récente décision d'annuler l'organisation de concertations nationales avec les différents partis et contre la résolution 2085 du Conseil de sécurité de l'ONU du 20 décembre 2012, qui autorise le déploiement de la Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine (Misma).
Des écoutes françaises prouveraient la collusion de certains manifestants proches de la junte avec les jihadistes, dont l'offensive aurait pu fournir un prétexte à l'instauration d'un régime militaire de type comité de salut public. Des mouvements antiputsch regroupés dans le Front uni pour la sauvegarde de la démocratie et de la République (FDR) vont jusqu'à accuser IBK d'être complice de ce qui est, selon eux, une évidente tentative de coup d'État. "Il est vrai que des responsables du RPM [Rassemblement pour le Mali, le parti de Keïta] faisaient partie des manifestants, mais c'était contre l'avis d'IBK qui, bien qu'il se sentît trahi par Dioncounda après l'annulation des concertations nationales, savait qu'il y aurait des infiltrations et des manipulations, témoigne Mahamadou Camara, son porte-parole de campagne. Nous avons mal communiqué, nous ne pensions pas que ces accusations pourraient se propager !" IBK ne se démarquera vraiment des manifestants que le 12 janvier. Trop tard : le mal est fait. Le nouveau chef de l'État devra redoubler d'efforts pour regagner la confiance d'opposants qui le considèrent comme "le président de la junte". 


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Mali 2 : Transition « piège à cons » (1/2) - leFaso.net, l'actualité au Burkina Faso

Mali 2 : Transition « piège à cons » (1/2) - leFaso.net, l'actualité au Burkina Faso

Mali 2 : Transition « piège à cons » (1/2)

lundi 16 septembre 2013
C’était un des slogans majeurs des « événements de mai 1968 » en France : « Elections, piège à cons ». Charles De Gaulle avait mis fin aux manifestations des étudiants et à la grève générale des travailleurs en organisant, en juin 1968, des élections législatives. Qui avaient provoqué un tsunami de la droite à l’Assemblée nationale. Après la « révolution » (avortée), la « réaction » (affirmée) ! Faudra-t-il porter le même jugement sur la transition menée au Mali par Dioncounda Traoré ? « Transition, piège à cons » !


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Mali 2 :  Transition « piège à cons » (1/2) Il y a eu cette promotion au généralat des officiers qui, le 22 mars 2013, ont dégommé le régime d’Amadou Toumani Touré (ATT). Et puis voilà que la presse malienne se fait l’écho d’une promotion anachronique de « diplomates ». A la veille du premier tour de la présidentielle, le jeudi 4 juillet 2013, Dioncounda Traoré, président de la République intérimaire, et son ministre des Affaires étrangères, Tiéman Hubert Coulibaly, auraient organisé un vaste mouvement diplomatique. « En vrac et dans la précipitation » selon la presse malienne. Une douzaine d’ambassadeurs et de consuls généraux sont rappelés, priés de « préfinancer le voyage » de retour au pays, les caisses de l’Etat étant vides, tandis que les nouveaux promus sont invités à « rallier vite les postes d’affectation pour éviter une remise en cause par le nouveau président ». C’est ce que rapporte la presse malienne.
Le 4 juillet 2013, plus de trois semaines avant le premier tour de la présidentielle, personne ne sait encore qui accédera au pouvoir. Tiéman Coulibaly a été l’homme-clé des relations internationales du Mali quand le pays allait à vau-l’eau ; ou, plus exactement, quand on avait cessé de croire qu’il était capable, par lui-même, d’aller quelque part. Cet homme d’affaires, qui est également un homme politique, a été nommé ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement formé le 23 août 2012 par Cheick Modibo Diarra. Il prenait alors la suite de Sadio Lamine Sow, conseiller de… Blaise Compaoré à la présidence du Faso. Coulibaly restera en charge de la diplomatie malienne quand Diango Cissoko accédera à la primature en se hissant sur les épaules du capitaine Amadou Haya Sanogo à la fin de l’année 2012. Dans le premier gouvernement de Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), Tiéman Coulibaly a perdu le portefeuille des affaires étrangères mais ne quitte pas, pour autant, le gouvernement : il est désormais en charge des Domaines de l’Etat et des Affaires foncières (numéro 10 du gouvernement). Drôle d’emploi pour un entrepreneur privé… ! Mais il y trouve sûrement son compte.
C’est donc lui qui aurait organisé, avec la caution de Dioncounda Traoré, ce chambardement diplomatique. Qui viserait à placer, dans un certain nombre de capitales, ses hommes (et ses femmes) liges. New York, Washington, Bruxelles, Genève, Rome, Tunis, Ouagadougou, Accra… seraient quelques unes des capitales concernées. Un chambardement qui provoque nécessairement de l’étonnement : à quelques semaines d’un changement de pouvoir, un président intérimaire et son ministre des Affaires étrangères entreprennent de bouleverser les affectations diplomatiques. Non pas pour nommer des diplomates d’expérience ; mais pour placer des copains. On dit que c’est Robert Sékou Tassé, le « bras droit » de Tiéman Coulibaly, qui a débarqué à New York, pour diriger la représentation malienne aux Nations unies. Ce serait Siragata Traoré, son chef de cabinet, qui se retrouverait à Tunis. Le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, Sekouba Cissé, se verrait octroyer Bruxelles. Une cousine, Mariam Coulibaly aurait été promue consule générale à Bouaké (Côte d’Ivoire), etc.
C’est encore la presse malienne qui raconte les affrontements que ce « mouvement » bien peu diplomatique provoque. Evoquant même des pugilats, ici et là. Notamment à Ouagadougou. Le mardi 3 septembre 2013, Djibrill Y. Bassolé a reçu les copies figurées des lettres de créance du nouvel ambassadeur de la République du Mali au Burkina Faso. Le diplomate malien a pour nom Drissa Coulibaly. Rien de choquant dans tout cela. En la matière, la diplomatie est de mise. Bassolé dit ce qu’il a à dire : réussite de la sortie de crise et de l’élection présidentielle ; réussite du dialogue institué par la Cédéao ; vigilance et rigueur pour éviter « toute surprise désagréable » concernant la résurgence du « terrorisme »... Coulibaly, de son côté, transmet les salutations des uns et des autres, exprime sa gratitude au peuple burkinabè qui a accueilli des milliers de réfugiés maliens, remercie les autorités burkinabè pour leur implication dans la résolution de la crise et les assure de la volonté de Bamako « de continuer à travailler avec l’ensemble de ses partenaires, dont le Burkina Faso, pour retrouver toutes ses marques ».
Tout cela est normal. Sauf, bien sûr, que l’on relèvera que le précédent ambassadeur de la République du Mali, Mamadou Traoré, n’était en fonction que depuis moins d’un an et demi. Il avait remis à Bassolé les copies figurées de ses lettres de créance le 15 mars 2012. Et devait remettre ses lettres de créance au président du Faso le… 22 mars 2013. Le jour même où le capitaine Sanogo allait renverser ATT. Autant dire que, ce jour-là, Traoré ne foulera pas le tapis rouge du palais de Kosyam. Mais il s’imposera, par la suite, comme un interlocuteur significatif dans le cadre de la médiation menée au titre de la Cédéao. C’est à Ouaga que, début décembre 2012, s’est tenu le premier « sommet » sur le Mali (cf. LDD Burkina Faso 0313/Lundi 3 décembre 2012).
Le gouvernement est alors représenté par Tiéman Coulibaly, ce qui ne manquait pas de mettre à mal la susceptibilité des uns et des autres. Et notamment de Modibo Diarra, premier ministre, partisan d’une implication militaire rapide et totale (forces spéciales, aviation, etc.) des « occidentaux ». Un discours qui tendait à l’isoler sur la scène politique et diplomatique où les « va-t-en guerre » étaient en perte de vitesse même s’ils trouvaient des échos du côté de Paris et d’Abidjan. Lors de ce sommet, Traoré va être un interlocuteur écouté. Ce n’est pas un diplomate de formation ; ingénieur et économiste, il a été le conseiller diplomatique d’ATT de 2004 à 2010. Il est surtout un parfait connaisseur de la situation qui prévaut dans le Nord-Mali pour s’être, depuis plusieurs années, mis à l’étude de la question des tribus nomades touareg des régions de Gao, Tombouctou et Kidal.
Traoré avait une réelle maîtrise des prolégomènes de la question touareg qu’il connaît bien. Et une vision quelque peu apocalyptique de la situation qui était alors celle de son pays (qui, me disait-il, tendait à devenir, en tant qu’Etat, aussi incontrôlable que l’est actuellement le Mexique, soumis à la volonté des cartels de la drogue). Il ne se voilait pas la face et ne tirait pas un trait sur les responsabilités des leaders politiques maliens au cours des dernières décennies. Il n’hésitait pas à mettre le doigt sur les contradictions qui minent non seulement le pays mais également l’Afrique de l’Ouest des rives de la mer Méditerranée aux rives de l’océan Atlantique. Il stigmatisait les comportements des uns et des autres : MNLA, Ansar Dine, AQMI, MUJAO… mais aussi d’ATT et de Paris (notamment dans le cadre de « l’affaire Pierre Camate »), de Doha aussi… On pouvait partager ou ne pas partager son point de vue ; on ne pouvait pas ne pas l’écouter alors que l’on entendait si peu les Maliens s’exprimer sur leur pays*. Ajoutons que Mamadou Traoré, peu prolixe sur son CV, est présenté parfois comme un ancien responsable de la Direction générale de la sécurité d’Etat, la DGSE.
* Je me suis entretenu longuement, le lundi 10 décembre 2012, avec l’ambassadeur Mamadou Traoré, à Ouagadougou, et j’ai eu accès aux divers textes en français et en anglais qu’il a rédigé sur la question touareg (cf. LDD Mali 054 et 055/Mercredi 12 et Jeudi 13 décembre 2012). Le mardi 11 décembre 2012, le premier ministre malien, Cheick Modibo Diarra, sera arrêté puis démissionné par le capitaine Sanogo et aussitôt remplacé par Diango Cissoko, originaire de Djidian, cercle de Kita, dans l’Ouest du Mali.
Jean-Pierre BEJOT

Mali 2013 : Transition « piège à cons » (2/2) - maliweb.net

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Mali 2013 : Transition « piège à cons » (2/2)


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Ibk_Sanogo_DioncoundaLe 4 juillet 2013, un décret du président intérimaire de la République du Mali, a rappelé à Bamako une douzaine d’ambassadeurs et de consuls généraux. Parmi les rappelés, Mamadou Traoré, en poste à Ouagadougou depuis moins d’un an et demi. Un spécialiste de la question touareg (cf. LDD Mali 0105/Jeudi 12 septembre 2013).
 

Deux mois plus tard, le mardi 3 septembre 2013, dans la capitale burkinabè, Drissa Coulibaly présente à Djibrill Y. Bassolé, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération régionale, les lettres de rappel de son prédécesseur et les copies figurées de celles l’accréditant comme ambassadeur au Burkina Faso.


C’est, selon la presse malienne, l’épilogue d’une crise malo-malienne bien peu diplomatique. Coulibaly, débarqué à Ouagadougou avant que Traoré ne soit, administrativement, en capacité de quitter son poste, n’aurait pas apprécié de devoir attendre qu’on lui cède la place. Un pugilat aurait opposé les deux hommes. Le personnel de l’ambassade, débordé, aurait fait appel à la police burkinabè. Mais l’ambassade étant territoire malien, celle-ci n’était pas en mesure d’intervenir. Une anecdote, une simple anecdote ? Sûrement pas. On peut s’étonner que le président par intérim, Dioncounda Traoré, et son ministre des Affaires étrangères, Tiéman H. Coulibaly, aient entrepris, quelques semaines seulement avant l’élection d’un nouveau chef d’Etat et la mise en place d’un nouveau gouvernement, de bouleverser la carte diplomatique du Mali. On s’étonne plus encore que les nouveaux promus ne semblent pas être des diplomates de carrière mais des hommes et des femmes liges de Coulibaly. Après « l’affaire Sanogo », on ne peut que se poser des questions sur les objectifs de la « transition ».


Drissa Coulibaly, le nouvel ambassadeur du Mali à Ouagadougou, est présenté comme « diplômé de l’Ecole nationale d’administration et titulaire d’une maîtrise en sciences économiques ». Coulibaly n’est pas une tête d’affiche au Mali. Enfin, pas vraiment. Il a émergé sur la scène politique à la mi-mars 2010, lors du 5ème congrès de l’Union pour la démocratie et le développement (UDD). Ce jour-là, il était promu secrétaire général du parti prenant la succession de… Tiéman H. Coulibaly élu à sa présidence. De Drissa Coulibaly, on ne savait pas alors grand-chose. C’est un administrateur civil en poste à la présidence de la République ; il était coordinateur du parti dans le cercle de Kita (celui dont est originaire le premier ministre Diango Cissoko qui a accédé à la primature à la suite de l’éjection de Cheick Modibo Diarra par le capitaine Amadou Haya Sanogo).


L’UDD, quant à elle, a été fondée le 25 avril 1991. Son fondateur est l’ancien « patron des patrons » maliens : Moussa Balla Coulibaly*. Qui n’est autre que le papa de Tiéman H. Coulibaly. L’UDD n’a pas été dans la meilleure relation avec Alpha Omar Konaré. Mais s’est rattrapée par la suite sous le règne d’Amadou Toumani Touré (ATT), Tiéman H. Coulibaly espérant ainsi se mettre, progressivement, en orbite en vue de la présidentielle. Dans son « Manifeste pour l’avenir », publié avant les événements de 2012, il affichait ses ambitions, dénonçait un « Mali envahi par la vermine des pirates du désert et des narcotrafiquants », stigmatisait « l’environnement vicié du Nord-Est de notre pays ». Le Nord-Est du Mali c’est, bien évidemment, Kidal, le fief des Touareg. Il escomptait alors que le Mali allait devenir rapidement un pays producteur de pétrole. Mais pour y parvenir et sécuriser la zone de production, il fallait d’abord éradiquer la « vermine ».


Tiéman H. Coulibaly étant au gouvernement, c’est Drissa Coulibaly qui va devenir l’interlocuteur « politique » de la présidence du Mali. Le 25 juin 2013, il sera ainsi reçu au palais de Koulouba par le président intérimaire Dioncounda Traoré. A cette occasion, il réaffirmera le soutien de l’UDD « à l’accord de Ouagadougou qui est un accord préliminaire qui ouvre la voie au retour vers la normalité institutionnelle. Le Mali, a-t-il ajouté, a toujours été un pays de dialogue qui est quasiment institutionnalisé à travers les hommes de caste ». Le voilà ambassadeur à Ouagadougou sur cette ligne politico-diplomatique « minimaliste ».


Ouaga, c’est la capitale de « l’accord de Ouagadougou » signé le mardi 18 juin 2013 et qui fixe à « 60 jours après la formation du gouvernement » l’ouverture du dialogue entre le Sud et le Nord du Mali. C’est aussi la capitale africaine la plus proche de Gao ou de Tombouctou, dans le Nord-Mali. Plus proche encore que ne l’est Bamako ! C’est à Ouaga, et nulle part ailleurs, que ça se passe. Au lendemain de la formation du premier gouvernement IBK/Oumar Tatam Ly, le lundi 9 septembre 2013, dans la capitale du « Pays des hommes intègres », les leaders et cadres de l’Azawad se sont réunis pour « harmoniser les points de vue » des différents participants dans la perspective des « dialogues inclusifs » qui doivent conduire à un « règlement définitif du problème dit du Nord » (pour reprendre la formulation employée par IBK pour annoncer la prochaine tenu des « Assises nationales du Nord »).


Bilal Ag Charif, secrétaire général du MNLA et président du Conseil transitoire de l’Etat de l’Azawad (CTEA), a annoncé, à cette occasion, qu’un forum des leaders et cadres de l’Azawad sera organisé prochainement dans un lieu non encore déterminé. C’est que le Mali reste, pour les leaders du MNLA, une zone à risque. Tandis que les camps de réfugiés, en territoire burkinabè, demeurent des pôles d’ancrage pour les Touareg (Bilal Ag Cherif dénonce ainsi l’arrestation à Hombori – à environ 150 km au Nord-Est de Douentza – de Samba Maïga et des siens qui avaient quitté le camp de Djibo, capitale de la province du Soum dans le Nord du Burkina Faso, pour gagner le Nord-Est du Mali).


Le lundi 10 décembre 2012, commentant la situation qui était celle du Mali, l’ambassadeur Mamadou Traoré me déclarait : « C’est pathétique. Le Mali est devenu le tombeau de notre espérance ». Le Mali, me disait-il en substance, s’est fait dévorer par les trafiquants ; et tout le monde a participé au festin, l’Afrique et les autres. L’axe Niafounké/Goundam/Tombouctou a été celui de tous les trafics en provenance de Gambie, de Guinée Bissau, du Liberia, de Côte d’Ivoire (depuis le port de San Pedro), du Togo et du Nigeria.


Les mafieux montaient les trafics et, en bons gestionnaires, organisaient les approvisionnements et les débouchés, tandis que les Touareg sécurisaient les circuits, organisaient les réseaux, encaissaient les « droits de passage » et que les notables maliens arboraient leurs passeports diplomatiques, vrais ou faux, pour réclamer leurs commissions.


La problématique qui était celle d’avant les événements de 2012 reste la même. Seul le contexte a changé. Et dans ce contexte, il y a les « accords de Ouagadougou ». Qui positionnent la capitale du Burkina Faso comme un acteur essentiel dans le suivi de la résolution de la « crise malo-malienne ». Et comme un commentateur privilégié.


Les journaux du « Pays des hommes intègres » ont fait l’impasse sur le pugilat Traoré/Coulibaly. Pour « ne pas injurier l’avenir » ? Cependant, Pousdem Pickou, dans le quotidien burkinabè privé Le Pays de ce matin (vendredi 13 septembre 2013) écrit que « les nouvelles autorités maliennes ne peuvent pas passer par pertes et profits les accords de Ouagadougou qui ont l’avantage d’être un cadre de référence consensuel pour les protagonistes de la crise du Nord-Mali ». C’est donc penser que ce pourrait être une tentation du nouveau pouvoir. La veille (jeudi 12 septembre 2013), le même quotidien n’écrivait-il pas dans son éditorial, paraphrasant le théoricien de la stratégie prussienne, Karl Von Clausewitz, « que la rupture tant annoncée par IBK se révèle être une continuation de l’ancien système politique mais par d’autres moyens ».


* Moussa Balla Coulibaly a présidé l’Union pour la démocratie et le développement (UDD) de 1991 à 2003. Il a été remplacé, ensuite, dans cette fonction, par Me Hassane Barry. A la suite de la nomination de Barry comme ambassadeur en Guinée (+ Sierra Leone et Liberia), un « intérimaire » a assuré la présidence du parti jusqu’à l’élection, en 2010, de Tiéman H. Coulibaly.


Jean-Pierre BEJOT
La Dépêche Diplomatique